Article publié dans rue89.com le 7 Février 2010 L'inventeur du microcrédit rencontrait journalistes et blogueurs à Paris, lors d'une séance contrôlée de près par Danone. Une rencontre éclair, un blogueur audacieux rembarré pour avoir tenté de poser deux questions, une séance « photo souvenir » à la fin de l'entretien, des fans tentant de l'approcher et lui réclamant des autographes, le passage jeudi de Muhammad Yunus en rock star au Grand Rex, à Paris profite-t-il au débat sur le micro-crédit ? « Vous, vous voulez l'interroger sur ses impressions lors de son séjour à Paris ? » Avant la rencontre, la question de l'attachée de presse de Danone nous avait un peu surpris, à la rédaction. Merci, mais on voudrait plutôt l'interroger sur les questions que soulève le micro-crédit, et ses risques de dérive. A la fin de la rencontre, une photo souvenir pour les « interviewers » Pour approcher le prix Nobel de la paix et fondateur de la Grameen Bank à l'occasion du point presse « nouveaux médias » organisé par Danone à l'issue d'un débat au Grand Rex, je ne devais donc ne poser qu'une seule question, envoyée à l'avance. La séance n'aura duré que neuf minutes… C'est donc Danone qui organise l'opération. Logique : Muhammad Yunus a créé avec le groupe en 2006 la Grameen Danone Food, une usine de yaourts « sociale », dans le Nord du Bangladesh. « Danone Communities a organisé cette soirée. Ils n'ont pas de service presse, on s'en est donc chargé », répond Marie-Liesse Calmejane, responsable des relations presse de Danone. L'envoi des questions à l'avance ne constituait pas du tout, selon elle, une volonté d'éviter les critiques : « Ce n'était pas du tout une volonté de validation ! Il y avait peu de temps, c'était juste une question d'organisation, pour éviter des frustrations et pour que tout le monde puisse poser sa question. » Interrogé sur sa relation avec Danone, Muhammad Yunus répond : « On me demande souvent si Danone m'utilise, mais c'est moi qui utilise Danone. Avant de travailler avec eux, personne ne connaissait le “social business”, maintenant tout le monde sait ! » « Il y a un “black out” sur les dérives du microcrédit » Alors que Muhammad Yunus est devenu la figure du micro-crédit, dans les ONG attachées à son développement, on s'inquiète que le « Yunus Show » n'éclipse les interrogations de ce secteur en développement. Un responsable d'une ONG de micro-crédit s'inquiète du silence du prix Nobel sur les risques de dérives du microcrédit : « Muhammad Yunus a développé le microcrédit, c'est génial mais il y a un “black out” sur les dérives. La clé du microcrédit, c'est le suivi de l'activité économique de ceux à qui on prête. De plus en plus de prêts sont utilités comme du crédit à la consommation. Il faut faire attention à ne pas se retrouver avec des familles en situation de surendettement. Beaucoup d'agents d'organismes de microcrédit sont payés à la quantité de prêts qu'ils octroient. Ils les multiplient sans se préoccuper du suivi ! » Yunus : « Tout le micro-crédit s'en est trouvé sali » Il préfère que son nom et le nom de son ONG ne soient pas mentionnés. « Ce serait compromettre nos chances de développement auprès de tous ceux qui ne jurent que par Yunus. » J'ai demandé à Muhammad Yunus si les institutions de microcrédit s'écartaient de leur mission sociale. Sa réponse, qu'on voit dans la vidéo : « Oui, je suis d'accord avec vous et je m'en plains. Le microcrédit est devenu populaire, tout le monde l'a apprécié et certains ont exploité cette popularité dans leur propre-intérêt. Ils ont commencé à mal l'utiliser, à en abuser. Et tout le micro-crédit s'en est trouvé sali. Ce n'est plus très clair. Il faut qu'on trace une ligne. Qu'est-ce qui est du ressort du micro-crédit, qu'est-ce qui ne l'est pas. Cette ligne doit être déterminée clairement. » _____________________________________________ Zineb Dryef
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Article publié dans lemonde.fr le 19 Janvier 2010 Marcher dans le sable du désert est une expérience rare. Après avoir progressé sous le soleil, vient le temps du bivouac, à la fraîche et sous les étoiles. Mais à quoi bon traverser des paysages de rêve si c'est pour y subir le bavardage de compagnons obsédés par leurs problèmes de chaudière ou la grippe du petit dernier ? Pour éviter ces désagréments, un nombre croissant de touristes optent pour un circuit en famille, avec des amis, ou des personnes partageant les mêmes affinités. "Les voyages sur mesure constituent une part croissante de notre activité", témoigne Elisabeth Verret, fondatrice de l'association L'Ami du vent, qui propose des randonnées dans le Sahara. La nature austère du désert a la vertu de souder les marcheurs face à l'adversité. C'est un lieu idéal pour réunir une famille divisée ou une équipe de cadres en quête de motivation. L'Ami du vent a emmené dans les paysages du Sud tunisien et du Hoggar algérien des consultants lassés de leur train-train quotidien, des aristocrates britanniques prêts à se désintoxiquer de la société de consommation ou une femme qui rêvait de fêter ses 85 printemps au milieu des dunes et parmi ses proches. L'excursion sur mesure séduit aussi des cercles à la recherche d'une spiritualité plus ou moins convenue : une femme pasteur et ses fidèles, un professeur de gymnastique chinoise qi gong avec ses élèves ou des passionnés de réflexologie plantaire qui apprennent, à l'issue de leur marche du jour, à se masser mutuellement les pieds. Certains poussent l'amour du désert jusqu'à vouloir s'y marier ("option" prêtre incluse), tandis que d'autres, friands d'insolite, ont préféré s'unir "au bord du cratère d'un volcan en activité à Vanuatu", raconte Guy de Saint-Cyr, fondateur d'Aventure et volcans. Cette agence dispose d'une liste de 350 mordus prêts à s'embarquer pour le bout du monde dès qu'un cratère se réveille. "Nous les prévenons aussitôt puis montons trois groupes de douze personnes", indique M. de Saint-Cyr. La fascination pour les lieux mythiques n'épargne pas les responsables politiques dont ce groupe de députés qui se retrouve chaque hiver dans les dunes du Sahara. "Ils se jurent de ne pas parler politique et ils y parviennent", observe Elisabeth Verret, l'organisatrice. Mais contrairement à une règle en vigueur chez les randonneurs, ils n'hésitent pas à emporter leur flasque de whisky. Sans doute pour supporter une toujours possible "traversée du désert". _____________________________________________ Olivier Razemon
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Article publié dans lemonde.fr le 11 Janvier 2010 Le microcrédit est, sans aucun doute, l'innovation qui a fait le plus parler d'elle dans la lutte contre la pauvreté. Il y a un peu plus de trente ans, Mohammed Yunus consentait ses premiers prêts à un groupe de femmes du Bangladesh. Il y a aujourd'hui plus de 150 millions de micro-emprunteurs à travers le monde. Le programme a essaimé jusqu'aux Etats-Unis et en France. La grande majorité de ces clients n'avaient auparavant aucun accès au crédit bancaire et étaient contraints d'avoir recours aux usuriers de village, qui pratiquent des taux faramineux (en Inde, les vendeurs de légumes qui empruntent à la journée paient jusqu'à 5 % par jour, et dans les villages, des taux de 20 % par mois ne sont pas rares). Or, presque tous doivent bien, un jour ou l'autre, avoir recours au crédit : en effet, les pauvres vivent dangereusement... Ils sont très souvent à leur compte : au Pérou, 69 % des ménages urbains les plus pauvres ont leur propre entreprise. En Inde, au Pakistan, au Nicaragua, cette proportion se situe entre 47 % et 52 % (dans les pays de l'OCDE, la proportion d'entrepreneurs n'est que de 12 %). Dans les régions rurales, la part des ménages à leur compte est encore plus importante. Le moindre choc (une mauvaise récolte, une maladie, un vol...) les laisse extrêmement vulnérables. Les filets de sécurité auxquels nous sommes habitués, Sécurité sociale, retraite et même la possibilité de déposer le bilan, n'existent pas. Epargner est difficile et dangereux : les banques ne veulent pas gérer des petites sommes et les économies laissées sous le matelas disparaissent facilement. C'est pourquoi rares sont les pauvres qui n'ont aucune dette. Au Pakistan, 93 % des ménages les plus pauvres sont endettés, souvent à la suite d'un choc, parfois pour financer leur activité ; au Rajasthan, ils sont plus de deux tiers et en Afrique du Sud, un tiers. Alors que ces ménages avaient auparavant forcément recours à l'usurier local ou au propriétaire terrien, ils ont aujourd'hui la possibilité d'emprunter à des institutions de microfinance. Les taux d'intérêt, bien qu'élevés si nous les comparons à ceux qui sont pratiqués dans les pays développés (de 20 % à plus de 100 % par an selon les pays), sont nettement plus faibles que ceux auxquels ils étaient habitués. Cela représente une réussite importante, dans des pays où les services à l'intention des plus pauvres, privés ou publics, brillent par leur absence. Les essais des décennies antérieures pour distribuer des crédits subventionnés par l'intermédiaire des banques nationales se sont écroulés, sous le poids des non-remboursements et de la corruption. Les institutions de microcrédits sont dirigées par des entrepreneurs qui maîtrisent parfaitement la distribution d'un service de qualité à très grande échelle : par leur dynamisme et leur capacité d'innovation, ils ont réussi là où des tentatives bien mieux financées et soutenues par des gouvernements locaux ou étrangers avaient échoué. Mais beaucoup voient dans le microcrédit bien plus qu'un simple instrument financier. Pour eux, le microcrédit devrait favoriser une transformation en profondeur de la vie des plus pauvres. Donner cet outil financier à des familles - et souvent à des femmes, ce qui est sans doute encore plus important - leur assurerait non seulement un moyen de vivre mais une dignité, les conduirait à investir plus pour leur santé ou l'éducation et à réduire la discrimination contre les femmes et les petites filles. Certains sont allés jusqu'à suggérer qu'en accordant aux femmes l'accès à un capital, le microcrédit permettrait de lutter contre le sida... La vision du monde de Mohammed Yunus est profondément optimiste : selon lui, chacun de nous est un entrepreneur en puissance et la seule chose séparant une femme pauvre du Bangladesh d'un directeur d'entreprise serait l'accès au capital (et peut-être à un téléphone pour savoir où vendre ses produits !). La lutte contre la pauvreté n'a pas besoin de charité : il suffit de créer les bonnes opportunités que les pauvres sauront saisir pour faire croître leur entreprise et rembourser emprunts et intérêts. Ce message est très séduisant : il semble dévoiler les clefs d'une richesse humaine cachée qu'un produit financier bien fait débloquerait. Il rejoint les conclusions de l'économiste péruvien Hernando de Soto, pour qui la barrière fondamentale à la réussite des plus pauvres est l'absence de droits de propriété sur leur maison et leurs terrains, les empêchant de capitaliser sur leur richesse. Il trouve un écho important chez les sceptiques de l'aide et du rôle des gouvernements : la clé de la fin de la pauvreté reste le marché. Cet enthousiasme n'est pas sans susciter des retours de bâton. Certains sont sceptiques, voire hostiles. Ils considèrent les banquiers du microcrédit comme de nouveaux usuriers qui exploitent l'incapacité des plus pauvres à résister à la tentation de l'emprunt ; ils soulignent que les taux d'intérêt, souvent présentés de manière obscure, restent très élevés par rapport à ce que paient les plus riches. Ces critiques attribuent même au microcrédit les suicides de paysans surendettés, soumis à une pression indue exercée par les agents de prêts. En effet, ceux-ci, rémunérés en fonction du nombre de clients et de leur taux de remboursement, sont incités à pousser à l'emprunt d'abord, et à forcer au remboursement par tous les moyens ensuite. Ces derniers temps, cette vision négative a gagné du terrain : on la voit s'exprimer dans de nombreux blogs et articles de presse, qui vont jusqu'à accuser le microcrédit de ruiner les économies locales. Le fait que le microcrédit soit souvent présenté comme l'alternative aux programmes de redistribution traditionnels et les profits importants réalisés par certaines des institutions ne sont certainement pas étrangers à ces critiques. Le microcrédit, miracle ou désastre ? Malheureusement, en dépit de l'importance du débat, il n'y avait pas jusqu'à récemment d'étude rigoureuse de part ou d'autre. Partisans et adversaires se battaient à coup d'anecdotes ou d'études difficiles à interpréter, parce qu'elles comparaient des pommes et des oranges (c'est-à-dire des emprunteurs et des non-emprunteurs). Chaque camp avait beau jeu de critiquer les données imparfaites des autres. Mais cela est en train de changer grâce au courage et à la vision de certaines institutions particulièrement novatrices : Spandana en Inde, Al Amana au Maroc, First Macro Bank aux Philippines, Compartamos au Mexique ont permis à des chercheurs (dont j'ai eu la chance de faire partie) d'évaluer rigoureusement l'impact de leurs programmes dans le cadre d'expérimentations : des personnes similaires en tous points, mais dont certaines ont eu la possibilité d'emprunter et d'autres non, sont comparées. Nous avons aujourd'hui les résultats des évaluations réalisées aux Philippines et en Inde. Ces deux programmes sont très différents. Aux Philippines, First Macro Bank propose des emprunts à des entreprises qui existent déjà, sur une base individuelle. En Inde, Spandana utilise le modèle canonique de la Banque Grameen (l'institution créée par Mohammed Yunus): un petit emprunt solidaire, réservé à des femmes. Pourtant, les résultats concordent : dans les deux pays, les emprunteurs acquièrent plus de biens durables (télévision, réfrigérateur, etc.) pour leur foyer. Ceux qui ont une petite entreprise investissent dans celle-ci : ils acquièrent des actifs productifs (bicyclette, machine à coudre) ou augmentent leurs stocks. En Inde, un emprunt sur huit conduit à la création d'une nouvelle activité indépendante (aux Philippines, tous les emprunteurs avaient déjà une entreprise). Ces études semblent donc nous dire que le microcrédit rend exactement les services attendus d'un bon produit financier : il permet à ses clients d'effectuer des achats importants, pour leur activité ou pour leur ménage, qu'ils n'auraient pas pu engager autrement. Mais, dix-huit mois plus tard, on ne constate aucun signe d'une transformation profonde de la vie de ces familles : ni l'une ni l'autre de ces études ne démontre d'impact sur la santé, la scolarisation ou le pouvoir de décision des femmes. En revanche, contrairement aux prédictions pessimistes des sceptiques de la microfinance, on ne constate aucune frénésie de consommation irresponsable provoquée par l'argent facile : au contraire, en Inde, les familles abandonnent certaines des petites tentations de la vie courante (thé, snacks, noix de bétel, tabac) pour rembourser l'emprunt qui leur a permis d'acheter des biens durables. Il ne s'agit bien sûr que d'effets à court terme. L'impact dans trois ans ou plus sera peut-être tout à fait différent. Les revenus supplémentaires de l'activité financeront-ils la scolarisation des enfants ? Ou bien le poids des remboursements hebdomadaires se fera-t-il sentir davantage ? Les données sont en cours de collecte. Le monde rêve d'une recette miracle contre la pauvreté et le microcrédit était un candidat tout à fait plausible. Ces études suggèrent qu'il est temps de revenir à une description plus nuancée de ses avantages possibles. Mais reprocher au microcrédit d'être inutile ou dangereux parce qu'il ne se révèle pas être cette recette miracle n'a pas grand sens. Laisser de côté le discours polémique a aussi l'avantage de nous inciter à dépasser un débat binaire pour remettre en question le modèle canonique du microcrédit et nous demander comment il pourrait encore mieux servir ses emprunteurs. Une des limites du microcrédit est qu'il finance essentiellement des activités à toute petite échelle, de très faible croissance, bien éloignées de l'image d'Epinal d'un Bill Gates démarrant Microsoft dans son garage : dans les rues des villes d'Inde, d'Indonésie ou du Bangladesh, on voit d'innombrables petites épiceries, vendant toute la même chose, dont les bénéfices suffisent à peine à payer un salaire minimal à leur propriétaire, en dépit des dix à douze heures de travail quotidien. Ces micro-entreprises ont beaucoup de mal à passer à la vitesse supérieure : plus de 90 % des entreprises des clients de Spandana que nous avons étudiées n'ont pas d'employé ; aucune n'en a plus de trois. Dans quelle mesure la structure même du microcrédit contribue-t-elle à cet état de chose ? Un premier aspect est la responsabilité solidaire, marque de fabrique du microcrédit. Elle décourage la prise de risque, car les autres femmes du groupe ne veulent pas prendre le risque de devoir rembourser en cas d'échec, alors qu'en cas de succès, elles n'empocheront pas les gains supplémentaires : elles auront donc tendance à empêcher les autres membres de se lancer dans des activités risquées, mais plus rentables. Or une étude récente aux Philippines montre que le prêt solidaire n'est pas essentiel au bon remboursement : les taux de remboursements sont tout aussi élevés dans les succursales traditionnelles que dans celles où les clientes sont seulement responsables de leur propre emprunt. Le remboursement hebdomadaire et immédiat, autre pierre angulaire du microcrédit, a lui aussi ses limites. Au Bengale-Occidental, l'organisation Village Welfare Society a permis à certaines clientes de ne commencer à rembourser que quelques semaines après avoir perçu l'argent du prêt. Cela leur a permis de faire des investissements plus ambitieux et plus rentables : par exemple, celles qui voulaient se lancer dans la vente de vêtements ont acheté une machine à coudre plutôt qu'un stock de saris à revendre. Ce niveau de risque plus élevé a, bien sûr, conduit à plus d'échecs et donc à plus de non-remboursement. Ainsi paradoxalement, le microcrédit, par ses règles actuelles, est plus adapté à financer des activités familiales qui vivotent que de véritables entreprises créant des emplois. Mais le mouvement est en train de se renouveler : certaines institutions de microcrédit (dont Grameen Bank,) ont discrètement abandonné le prêt solidaire. Elles continuent à demander à leurs clientes de se rencontrer chaque semaine, ces réunions créant des liens sociaux forts, facilitant l'entraide en cas de crise. Mais elles ne sanctionnent plus une cliente lorsqu'un membre du groupe ne rembourse pas. Par ailleurs, des organismes comme Accion aident les institutions de microfinance à proposer à leurs meilleurs clients des produits individuels, adaptés au financement d'entreprises un peu plus importantes. D'autres groupes proposent des formations en comptabilité ou en gestion à leurs clients. Mais le financement n'est pas la seule barrière à la croissance des micro-entreprises. Dans de nombreux cas, les clients de la microfinance sont entrepreneurs faute de mieux. A la suite de la crise asiatique par exemple, le nombre d'entreprises familiales a explosé en Thaïlande. Mais contrairement aux périodes antérieures, ces entreprises n'ont pas prospéré. Leurs propriétaires les ont abandonnées dès que la situation économique s'est améliorée et qu'ils ont pu retrouver un emploi salarié. Ces entrepreneurs forcés rêvent, pour eux et pour leurs enfants, d'un emploi stable, qui semble, lui, enclencher une vraie dynamique de transformation : sa sécurité permet d'investir dans la scolarisation des enfants, la santé ou une maison plus accueillante. Cela ne remet bien évidemment pas en cause l'utilité du microcrédit, puisque ces emplois stables n'existent pas ou pas en assez grand nombre. Une activité, même modeste, constitue déjà un revenu essentiel. Toutefois la vision romantique d'un milliard d'entrepreneurs aux pieds nus est probablement une illusion. Savoir distinguer ceux de leurs clients qui ont réellement le goût du risque et de l'entreprise de ceux qui y sont contraints, et offrir à chacun des services adaptés est le nouveau défi de la microfinance. Parallèlement, le développement d'un vrai secteur salarial (industriel ou de service) doit rester une priorité pour une politique économique dans les pays pauvres. _____________________________________________ Esther Duflo est professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et cofondatrice de la chaire Abdul LatifJameel Poverty Action Lab (J-PAL) sur la réduction de la pauvreté et le développement, elle a été, en 2009, titulaire de la chaire Savoirs contre pauvreté au Collège de France.
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Article publié dans lemonde.fr le 9 Janvier 2010 Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se dégrade, se désintègre ou alors il est capable de susciter un meta-système à même de traiter ses problèmes : il se métamorphose. Le système Terre est incapable de s'organiser pour traiter ses problèmes vitaux : périls nucléaires qui s'aggravent avec la dissémination et peut-être la privatisation de l'arme atomique ; dégradation de la biosphère ; économie mondiale sans vraie régulation ; retour des famines ; conflits ethno-politico-religieux tendant à se développer en guerres de civilisation. L'amplification et l'accélération de tous ces processus peuvent être considérées comme le déchaînement d'un formidable feed-back négatif, processus par lequel se désintègre irrémédiablement un système. Le probable est la désintégration. L'improbable mais possible est la métamorphose. Qu'est-ce qu'une métamorphose ? Nous en voyons d'innombrables exemples dans le règne animal. La chenille qui s'enferme dans une chrysalide commence alors un processus à la fois d'autodestruction et d'autoreconstruction, selon une organisation et une forme de papillon, autre que la chenille, tout en demeurant le même. La naissance de la vie peut être conçue comme la métamorphose d'une organisation physico-chimique, qui, arrivée à un point de saturation, a créé la méta-organisation vivante, laquelle, tout en comportant les mêmes constituants physico-chimiques, a produit des qualités nouvelles. La formation des sociétés historiques, au Moyen-Orient, en Inde, en Chine, au Mexique, au Pérou constitue une métamorphose à partir d'un agrégat de sociétés archaïques de chasseurs-cueilleurs, qui a produit les villes, l'Etat, les classes sociales, la spécialisation du travail, les grandes religions, l'architecture, les arts, la littérature, la philosophie. Et cela aussi pour le pire : la guerre, l'esclavage. A partir du XXIe siècle se pose le problème de la métamorphose des sociétés historiques en une société-monde d'un type nouveau, qui engloberait les Etats-nations sans les supprimer. Car la poursuite de l'histoire, c'est-à-dire des guerres, par des Etats disposant des armes d'anéantissement, conduit à la quasi-destruction de l'humanité. Alors que, pour Fukuyama, les capacités créatrices de l'évolution humaine sont épuisées avec la démocratie représentative et l'économie libérale, nous devons penser qu'au contraire c'est l'histoire qui est épuisée et non les capacités créatrices de l'humanité. L'idée de métamorphose, plus riche que l'idée de révolution, en garde la radicalité transformatrice, mais la lie à la conservation (de la vie, de l'héritage des cultures). Pour aller vers la métamorphose, comment changer de voie ? Mais s'il semble possible d'en corriger certains maux, il est impossible de même freiner le déferlement techno-scientifico-économico-civilisationnel qui conduit la planète aux désastres. Et pourtant l'Histoire humaine a souvent changé de voie. Tout commence, toujours, par une innovation, un nouveau message déviant, marginal, modeste, souvent invisible aux contemporains. Ainsi ont commencé les grandes religions : bouddhisme, christianisme, islam. Le capitalisme se développa en parasite des sociétés féodales pour finalement prendre son essor et, avec l'aide des royautés, les désintégrer. La science moderne s'est formée à partir de quelques esprits déviants dispersés, Galilée, Bacon, Descartes, puis créa ses réseaux et ses associations, s'introduisit dans les universités au XIXe siècle, puis au XXe siècle dans les économies et les Etats pour devenir l'un des quatre puissants moteurs du vaisseau spatial Terre. Le socialisme est né dans quelques esprits autodidactes et marginalisés au XIXe siècle pour devenir une formidable force historique au XXe. Aujourd'hui, tout est à repenser. Tout est à recommencer. Tout en fait a recommencé, mais sans qu'on le sache. Nous en sommes au stade de commencements, modestes, invisibles, marginaux, dispersés. Car il existe déjà, sur tous les continents, un bouillonnement créatif, une multitude d'initiatives locales, dans le sens de la régénération économique, ou sociale, ou politique, ou cognitive, ou éducationnelle, ou éthique, ou de la réforme de vie. Ces initiatives ne se connaissent pas les unes les autres, nulle administration ne les dénombre, nul parti n'en prend connaissance. Mais elles sont le vivier du futur. Il s'agit de les reconnaître, de les recenser, de les collationner, de les répertorier, et de les conjuguer en une pluralité de chemins réformateurs. Ce sont ces voies multiples qui pourront, en se développant conjointement, se conjuguer pour former la voie nouvelle, laquelle nous mènerait vers l'encore invisible et inconcevable métamorphose. Pour élaborer les voies qui se rejoindront dans la Voie, il nous faut nous dégager d'alternatives bornées, auxquelles nous contraint le monde de connaissance et de pensée hégémoniques. Ainsi il faut à la fois mondialiser et démondialiser, croître et décroître, développer et envelopper. L'orientation mondialisation/démon-dialisation signifie que, s'il faut multiplier les processus de communication et de planétarisation culturelles, s'il faut que se constitue une conscience de "Terre-patrie", il faut aussi promouvoir, de façon démondialisante, l'alimentation de proximité, les artisanats de proximité, les commerces de proximité, le maraîchage périurbain, les communautés locales et régionales. L'orientation "croissance/décroissan-ce" signifie qu'il faut faire croître les services, les énergies vertes, les transports publics, l'économie plurielle dont l'économie sociale et solidaire, les aménagements d'humanisation des mégapoles, les agricultures et élevages fermiers et biologiques, mais décroître les intoxications consommationnistes, la nourriture industrialisée, la production d'objets jetables et non réparables, le trafic automobile, le trafic camion (au profit du ferroutage). L'orientation développement/envelop-pement signifie que l'objectif n'est plus fondamentalement le développement des biens matériels, de l'efficacité, de la rentabilité, du calculable, il est aussi le retour de chacun sur ses besoins intérieurs, le grand retour à la vie intérieure et au primat de la compréhension d'autrui, de l'amour et de l'amitié. Il ne suffit plus de dénoncer. Il nous faut maintenant énoncer. Il ne suffit pas de rappeler l'urgence. Il faut savoir aussi commencer par définir les voies qui conduiraient à la Voie. Ce à quoi nous essayons de contribuer. Quelles sont les raisons d'espérer ? Nous pouvons formuler cinq principes d'espérance. 1. Le surgissement de l'improbable. Ainsi la résistance victorieuse par deux fois de la petite Athènes à la formidable puissance perse, cinq siècles avant notre ère, fut hautement improbable et permit la naissance de la démocratie et celle de la philosophie. De même fut inattendue la congélation de l'offensive allemande devant Moscou en automne 1941, puis improbable la contre-offensive victorieuse de Joukov commencée le 5 décembre, et suivie le 8 décembre par l'attaque de Pearl Harbor qui fit entrer les Etats-Unis dans la guerre mondiale. 2. Les vertus génératrices/créatrices inhérentes à l'humanité. De même qu'il existe dans tout organisme humain adulte des cellules souches dotées des aptitudes polyvalentes (totipotentes) propres aux cellules embryonnaires, mais inactivées, de même il existe en tout être humain, en toute société humaine des vertus régénératrices, génératrices, créatrices à l'état dormant ou inhibé. 3. Les vertus de la crise. En même temps que des forces régressives ou désintégratrices, les forces génératrices créatrices s'éveillent dans la crise planétaire de l'humanité. 4. Ce à quoi se combinent les vertus du péril : "Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve." La chance suprême est inséparable du risque suprême. 5. L'aspiration multimillénaire de l'humanité à l'harmonie (paradis, puis utopies, puis idéologies libertaire /socialiste/communiste, puis aspirations et révoltes juvéniles des années 1960). Cette aspiration renaît dans le grouillement des initiatives multiples et dispersées qui pourront nourrir les voies réformatrices, vouées à se rejoindre dans la voie nouvelle. L'espérance était morte. Les vieilles générations sont désabusées des faux espoirs. Les jeunes générations se désolent qu'il n'y ait plus de cause comme celle de notre résistance durant la seconde guerre mondiale. Mais notre cause portait en elle-même son contraire. Comme disait Vassili Grossman de Stalingrad, la plus grande victoire de l'humanité était en même temps sa plus grande défaite, puisque le totalitarisme stalinien en sortait vainqueur. La victoire des démocraties rétablissait du même coup leur colonialisme. Aujourd'hui, la cause est sans équivoque, sublime : il s'agit de sauver l'humanité. L'espérance vraie sait qu'elle n'est pas certitude. C'est l'espérance non pas au meilleur des mondes, mais en un monde meilleur. L'origine est devant nous, disait Heidegger. La métamorphose serait effectivement une nouvelle origine. _____________________________________________ Edgar Morin : Sociologue et philosophe. Né en 1921, est directeur de recherches émérite au CNRS, président de l'Agence européenne pour la culture (Unesco) et président de l'Association pour la pensée complexe. En 2009, iI a notamment publié "Edwige, l'inséparable" (Fayard). A lire également, "La Pensée tourbillonnaire - Introduction à la pensée d'", de Jean Tellez (éditions Germina)
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Article publié dans sendeveloppementlocal.com le 1er Octobre 2009 L’Allemagne a accordé mercredi un don de 37,4 milliards de francs CFA au gouvernement du Sénégal pour soutenir sa politique du microcrédit et des énergies renouvelables. Le gouvernement sénégalais a obtenu ce don au terme de négociations intergouvernementales entre les deux pays, mardi et mercredi à Bonn, précise l’ambassade d’Allemagne au Sénégal dans un communiqué transmis jeudi à l’APS. Par ce don couvrant la période 2009-2011, ‘’l’Allemagne souhaite rendre davantage visible sa contribution à la sortie de crise dans le domaine énergétique. En complément de l’engagement dans l’électrification rurale déjà en cours, l’alimentation en électricité produite à partir des énergies renouvelables sera renforcée’’, ajoute le communiqué. Ce financement doit permettre d’alimenter plusieurs villages en énergie solaire par la construction d’une centrale photovoltaïque ou d’un parc éolien, indique la même source. ’’Dans un pays où la grande majorité des familles dépend du charbon de bois pour se préparer un repas chaud, souligne le gouvernement allemand, une mesure pareille contribue à la protection de la forêt au Sénégal’’. Dans le domaine du microcrédit, Berlin affirme qu’elle veut ‘’offrir à plus d’hommes et de femmes la possibilité de développer leurs propres activités économiques’’. Il est prévu, avec ce financement, la création d’une ‘’banque de distribution de microcrédits’’ au Sénégal, en vue d’‘’atteindre plus de clients dans le monde rural’’.
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Oscar et Lorena, un couple de jeunes espagnols, ont séjourné à l’Auberge Félicité du 19 juillet au 14 août 2009. A la veille de leur retour chez eux, ils acceptent de répondre à nos questions et de nous livrer leurs impressions sur leur voyage avec Ecosen. E. D. : Comment avez-vous découvert notre association ? Oscar et Lorena : Par l’intermédiaire de Patricia, une amie, qui est aussi une connaissance de Julien, le coordinateur d’Ecosen. E. D. : Qu’est-ce qui a motivé votre choix de voyager en Afrique ? O. et L. : C’est la première fois que nous venons en Afrique de l’Ouest. Nous souhaitions faire l’expérience de travailler dans un pays en voie de développement, et qui soit francophone, pour nous permettre de pratiquer et perfectionner notre français. E. D. : Pour quelle formule de voyage avez-vous opté ? O. et L. : Nous avons passé 26 jours à travailler à l’infirmerie située à la pouponnière de Vivre Ensemble (N.b. : une ONG installée à Mbour avec laquelle ECOSEN développe un partenariat pour ses voyageurs). Le domaine pédiatrique était nouveau pour nous. Même si la première semaine nous avons eu un peu de mal à trouver notre place, nous sommes parvenus à apporter une aide aux infirmiers dans leur tâche. E. D. : Que pensez-vous de l’organisation de l’accueil des voyageurs et des activités proposées au programme du séjour ? O. et L. : Nous avons beaucoup apprécié les visites proposées, et nous nous sommes bien imprégnés de la philosophie et des actions de l’association. Ici dans la famille, nous nous sommes sentis comme chez nous, adoptés. E. D. : Quel est le sentiment le plus fort que ce voyage vous a inspiré? O. et L. : C’est une question difficile, car nous éprouvons beaucoup de choses profondes. La gentillesse et la proximité des gens que nous avons rencontrés nous ont particulièrement touchés. Le choc des cultures est très fort et cette expérience de la différence nous a marqués. E. D. : Comment vous sentez-vous à la veille de votre départ ? O. et L. : Lorsque nous avons dû quitter les enfants à la pouponnière lors de notre dernier jour de travail, nous avons ressenti de la tristesse. Mais nous sommes aussi contents de rentrer et reprendre notre vie de tous les jours après cette expérience ; nous ressentons tout de même de la fatigue après cette expérience! E. D. : A votre retour chez vous, allez-vous parler de votre voyage à vos proches et amis et leur conseiller une expérience similaire ? O. et L. : Bien sûr, et nous leur conseillerons, comme nous, de trouver un travail plutôt que de passer de simples vacances, pour mieux s’imprégner de la culture locale. E. D. : Allez-vous revenir en Afrique ? O. et L. : Nous avons envie de revenir au Sénégal, et aussi de découvrir maintenant un pays d’Afrique de l’Est, car nous savons que cela sera très différent. E. D. : Souhaitez-vous continuer à soutenir Ecosen et ses différents projets ? O. et L. : Nous avons proposé notre aide pour réaliser les traductions en espagnol du nouveau site internet de l’association et comptons bien apporter ce que nous pourrons. Propos recueillis par Sophie Bour.
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ECOSEN DJaM : Peux-tu te présenter ? Yadwane Ngom : Je m’appelle Yadewane Ngom et je suis né le 4 août 1952. E. D. : Depuis quand fais-tu parti du GIE ? Y. N. : Avec le commissaire aux comptes, nous faisons parti du NQEL JAB depuis 2002. E. D. : Quel est ton rôle ? A-t-il toujours été le même ? Y. N. : Je suis Trésorier Général depuis 2002 : j’ai été nommé car j’avais déjà eu des expériences de trésorier par le passé. E. D. : En quoi consiste-t-il ? Y. N. : Je suis responsable de la gestion de l’argent et des relations avec la banque. E. D. : Comment sont gérés les comptes du GIE ? Y. N. : Nous faisons des réunions groupe par groupe pour savoir comment prêter l’argent. Le groupe décide à quels membres doit être prêté l’argent. Certains groupes commencent à pouvoir faire leurs emprunts eux-mêmes car ils ont atteint un certain montant d’épargne. Il y en a 5 exactement: E. D. : Quelles sont les principales difficultés que tu rencontres au quotidien ? Les déplacements sont très difficiles car certains groupes sont à 2 ou 4 kilomètres et quand je leur rends visite, je dois y passer la nuit. E. D. : Quelles sont les principaux changements que tu as pu remarquer depuis la création du GIE ? Y. N. : Il y a eu beaucoup de changements. La collaboration de Julien nous a beaucoup soutenus : sans lui, le groupe ne pourrait pas avoir ce niveau. Il a apporté des classeurs qui sont des outils de gestion pour chaque groupe : ils nous permettent de voir chaque mois où le groupe en est et également d’avoir une transparence sur nos activités. E. D. : Trouves-tu cette évolution positive ? Y. N. : Le GIE NQEL JAB a pris une bonne orientation. E. D. : Que penses-tu d’ECOSEN et de son partenariat avec le GIE NQEL JAB ? Trouves-tu que la venue de voyageurs au village est favorable pour le développement du village ? Y. N. : Depuis que nous avons commencé à travailler avec ECOSEN, l’organisation de nos groupes s’est améliorée. E. D. : Que souhaites-tu pour le futur du GIE NQEL JAB et d’ECOSEN? Nous souhaitons travailler main dans la main et aller le plus loin possible. ECOSEN est notre partenaire privilégié et nous souhaitons que cela dure. Nous ne cherchons pas d’autres partenaires, celui-ci marche très bien. Propos Recueillis par Natacha Bordier.
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ECOSEN DJaM : Peux-tu te présenter ? Khangel Ngom : Je m’appelle Khangel Ngom. E. D. : De quel groupe fais-tu parti ? Depuis quand fais-tu parti du GIE ? K. N. : Je fais parti du groupe Mbin Niar. J’ai rejoint le GIE NQEL JAB en 2000. Avant, je faisais des travaux saisonniers à Mbour et à Dakar (laver le linge, aide-ménagère…), comme le font les jeunes aujourd’hui. E. D. : Peux-tu me décrire tes activités dans ton groupe ? K. N. : Au début, j’ai acheté des arachides, des haricots, du mil et quelques fois du petit bétail pour faire du commerce. Aujourd’hui, je m’occupe d’un poulailler et je fais du petit commerce à côté. E. D. : Quel est ton rôle au sein de ton groupe ? En quoi consiste-t-il ? K. N. : Depuis mars 2008, je m’occupe de gérer un poulailler qui a démarré en octobre. (n.b : il y a 3 poulaillers). La gestion du poulailler est un travail bénévole. Nous gérons le poulailler et la vente en collaboration avec Yadwane. L’objectif est d’être autonome quand nous maîtriserons la gestion. E. D. : Depuis que vous avez commencé le poulailler, l’activité a-t-elle augmenté ? Avez-vous plus de volailles ? K. N. : Depuis que nous avons commencé, l’activité a augmenté : en octobre 2008, nous avions 78 poulets et aujourd’hui, nous en avons 100. E. D. : Comment assurez-vous la vente de votre production ? K. N. : De temps en temps, nous les vendons au marché, d’autres fois, ce sont des gens qui viennent au village qui achètent. Nous avons actuellement eu un début de partenariat avec la mission catholique Marie Médiatrice qui nous a acheté notre dernière production. E. D. : Quelles sont les principales difficultés que tu rencontres au quotidien ? K. N. : La vente des poulets n’est pas toujours facile car nous n’avons pas d’acheteur fixe. E. D. : Qu’est ce que cette activité t’apporte ? K. N. : Avant le poulailler, il y avait ECOSEN et le microcrédit pour faire du petit commerce. E. D. : Quelles sont les principaux changements que tu as pu remarquer depuis la création du GIE ? K. N. : Ca a changé : la pauvreté a diminué. Le microcrédit permet d’avoir de l’argent sans aller faire les travaux saisonniers en ville. E. D. : Que penses-tu d’ECOSEN et de son partenariat avec le GIE NQEL JAB ? K. N. : J’en pense du bien et de la paix : j’espère que ce partenariat ira de l’avant. E. D. : Trouves-tu que la venue de voyageurs au village est favorable au développement du village ? E. D. : Que pouvez-vous souhaiter pour l’avenir de nos organisations ? K. N. : Je demande et souhaite la santé, la paix et une longue vie, que la richesse et la chance augmentent pour nos deux organisations. Propos Recueillis par Natacha Bordier.
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Après plusieurs mois de sécheresse, les pluies tant attendues sont revenues. Poussés par le vent, de lourds nuages ont assombri le ciel, les feuilles séchées ont été emportées. Le tonnerre a grondé. La pluie a martelé le sol pendant plus de deux heures. Maintenant, tout reverdit dans la nature. L’eau est remontée dans les puits. Finies les corvées à la source lointaine ! la rivière , qui n’était plus qu’un mince filet d’eau, déborde maintenant. Les arbres s’égouttent, mais la route disparaît encore sous l’eau. Un petit coin du ciel apparaît timidement. Nous nous amusons à sauter à pieds joints dans l’eau boueuse qui recouvre la route. Nous nous éclaboussons et nous sommes couverts de taches rouges. Vivement la pluie ! Jean-Marie – 16 ans Jean-Marie Sène est le fils de Birame Sène, coordinateur du GIE ECOSEN au Sénégal et de Félicité Dione, la gérante de notre auberge partenaire. Jean-Marie a participé à un concours, réalisé par d’anciens voyageurs canadiens d’ECOSEN. Son oeuvre a été publiée avec les textes d’autres enfants, comme sa soeur Delphine, dans un livre intitulé « Mots de Terre ».
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ECOSEN DJaM : Peux-tu te présenter ? Yvette Dione : Je m’appelle Yvette Dione et j’ai 36 ans. Je suis la sœur de Félicité, la gérante de l’auberge partenaire d’ECOSEN. E. D. : Où travailles-tu actuellement ? Y. D. : Je travaille à Saly dans l’hôtellerie. E. D. : Quelle formation as-tu suivie ? Y. D. : J’ai fait une formation informatique et, actuellement, je fais une formation en comptabilité que je vais finir cette année. E. D. : L’association ECOSEN t’a proposé de devenir comptable du GIE ECOSEN, qu’en penses-tu ? Y. D. : Je veux bien. C’est une bonne chose pour moi. Merci de m’avoir choisie. E. D. : Qu’attends-tu de cette mission (appréhensions, ambitions,…) ? Y. D. : J’espère qu’ECOSEN pourra augmenter son activité pour que je devienne comptable à plein temps et arrêter mon travail à Saly. C’est vraiment mon rêve et c’est quelque chose qui peut se réaliser. E. D. : Depuis le début de l’aventure ECOSEN, tu suis de près son évolution…Que penses-tu de celle-ci ? Y. D. : Ca continue, ça a progressé, la structure commence à être plus organisée, on commence à avoir plus de voyageurs. E. D. : Qu’est-ce qu’ECOSEN et son approche différente du voyage apporte aux membres et à la famille ECOSEN Sénégal ? Y. D. : Cela nous apporte du travail, de la connaissance. Les voyageurs sont différents : ils s’intéressent à notre culture. C’est un vrai échange et une aide pour les enfants aussi. E. D. : Que pourrais-tu souhaiter pour le futur d’ECOSEN ? Y. D. : Une bonne continuation et une augmentation du nombre de voyageurs pour offrir nos services plus réguliers et profiter plus souvent des échanges entre cultures. E. D. : Aimerais-tu ajouter quelque chose ? Y. D. : Merci à ECOSEN et aux voyageurs. A bientôt ! Propos Recueillis par Natacha Bordier.
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Un nouveau trimestre s’est donc écoulé, l’occasion pour ECOSEN de faire quelques pas de plus vers une activité plus pérenne et soutenue. L’occasion d’accueillir 12 voyageurs entre Juillet et Septembre, et de nous réjouir de ce fabuleux trimestre plein d’échanges et d’émotions ! Les travaux de structuration d’ECOSEN au Sénégal continuent leurs cours et les formations dispensées commencent à porter leurs fruits. Si notre nouveau site Internet tarde à voir le jour, nous avançons là aussi pas à pas et nous serons bientôt capable de vous présenter nos actions de développement économique en partenariat avec le GIE NQEL JAB. A ce sujet nous saluons Sophie Bour, une voyageur ECOSEN qui a fait son retour au pays de la Teranga, afin de monter un projet de maraîchage au sein de nos villages partenaires. Et qu’aurait été ce trimestre sans nos amis espagnols et notre amie argentine, qui sont venus nombreux cet été et qui, nous l’espérons, permettront de proposer aux hispanophones de découvrir le Sénégal avec ECOSEN ! Aventure à suivre... au Sénégal ! Julien Potron
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Un été s’est écoulé... Une nouvelle saison est arrivée. Celle des pluies qui alimentent les champs de leur plus riche tribut : l’eau. L’occasion pour Yadwane, trésorier du GIE NQEL JAB, de vous présenter le fonctionnement du contrôle de gestion au sein de la communauté villageoise. C’est cette communauté qui est la source ne notre engagement, et qui a fait germer l’envie d’y apporter notre soutien en créant Ecosen. Vous découvrirez aussi au travers de ce nouveau numéro de la Newsletter ECOSEN DJaM, le ressenti de Oscar et Lorena. Nous envisageons d’ailleurs d’élargir notre offre dans ce sens: donner à ceux qui sont au Nord l’occasion de venir travailler au Sud. Avis aux intéressés et à bientôt au Sénégal... Pierre Potron
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Article publié dans La Presse du 26 Septembre 2009 Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a insisté samedi à New York sur l'urgence de la lutte contre la faim, rappelant que la malnutrition s'était aggravée dans le monde depuis 2008. «Il y a dans le monde plus de nourriture que nécessaire, et pourtant plus d'un milliard de gens ont faim», a souligné M. Ban lors d'une réunion organisée pour suivre les engagements du G8 de L'Aquila (Italie) en juillet dernier. Les pays les plus riches avaient alors promis de consacrer 20 milliards de dollars sur trois ans au développement agricole dans les pays où sévit la malnutrition. Cette initiative a été lancée par le gouvernement américain, qui y contribuera à hauteur de 3,5 milliards de dollars. Elle fait suite à un premier engagement d'un milliard d'euros de la part de la Commission européenne en 2008 et à un autre engagement de la même somme de la part de l'Espagne. Ces différentes tentatives de soulager la crise alimentaire tentent de répondre à la hausse spectaculaire des prix de la nourriture survenue au début de 2008. «Nous devons nous assurer que l'argent sera dépensé rapidement et efficacement», a lancé M. Ban devant un parterre d'experts, d'organisations non gouvernementales et de ministres représentant quelque 130 pays. Selon l'ONU, la production agricole devra augmenter de 50% pour nourrir la population de la Terre dans 20 ans. Et le réchauffement du climat va compliquer ce défi: les experts des Nations unies estiment que chaque degré supplémentaire de température moyenne à la surface de la Terre conduira à une baisse de 10% de la production agricole. La secrétaire d'État, Hillary Clinton, a en outre souligné lors de la réunion la baisse des fonds mondiaux attribués au développement agricole, au profit de l'aide alimentaire d'urgence. Les délégués ont cependant entendu samedi l'exemple encourageant du Rwanda, présenté par son président Paul Kagame. L'effort d'irrigation, d'accès au micro-crédit des paysans, de développement de débouchés locaux a permis «d'avoir depuis trois ans une production excédant les besoins», a-t-il rapporté. Selon le gouvernement, 95% des foyers rwandais atteignent désormais le niveau recommandé par les Nations unies de 2100 calories par jour et par personne.
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Article paru dans La Presse du 23 Septembre 2009 En août dernier, de retour chez moi après cinq semaines en Europe, j'étais à la fois bronzée, ruinée et exténuée. Cinq vols intérieurs et autant de pays visités, une centaine de photos m'immortalisant dans une douzaine de lieux et un vague souvenir de mon périple m'ont donné envie de... prendre des vacances de mes vacances. Le récit de mes péripéties en Croatie, à Berlin, à Vienne et à Amsterdam avait beau susciter les «ah, chanceuse!» des copains qui avaient passé leur été à Montréal, moi, j'enviais ceux qui avaient glandé tout l'été. C'est ainsi qu'a surgi en moi une nouvelle résolution: à l'avenir, je voyagerai autrement, je voyagerai lentement!Il semblerait que je ne sois pas la seule à lorgner le slow travel, une tendance à opter pour le less is more quand on prend le large. L'émergence du tourisme solidaire, de l'écotourisme, des circuits de cyclotourisme ou de voyages pédestres sont autant de manifestations d'une nouvelle mentalité dans l'art de voyager. Même que cette année, récession oblige, une nouvelle tendance est née, le staycation, qui consiste à prendre des vacances... sans bouger de chez soi! L'histoire d'Ed Gillespie et sa compagne Fiona King qui, en 2007-2008, ont entrepris un tour du monde en vitesse «petit V», est un exemple intéressant de slow travel. Virage crucial Grand voyageur, Gillespie était pourtant conscient de la nécessité de modérer ses transports afin de minimiser sa contribution aux changements climatiques. Ainsi, pendant 381 jours, Ed et Fiona ont fait le tour du monde sans prendre l'avion. Ils ont donné la priorité aux transports en commun, navigué dans l'océan et vu du pays en train, en cargo, à vélos ainsi qu'à dos de chameau et de cheval. «Nous avons redécouvert les joies du voyage terrestre. L'objectif de notre tour du monde était de voyager comme on le faisait autrefois, en prenant le temps d'apprécier les paysages, les cultures, la cuisine de chaque endroit visité.» Consultant en communication dans le domaine des changements climatiques, Ed Gillespie tient désormais un blogue sur le slow travel. Pour lui, l'approche «lente» est un virage crucial pour freiner la dégradation de la planète. Intelligent, quand on sait que le transport aérien génère 13% des émissions de gaz carbonique (C02). Carl Honoré, l'auteur de L'éloge de la lenteur et du récent Under Pressure, est souvent invité à donner des conférences sur le slow travel. Joint à son domicile de Londres, l'ex-journaliste d'origine canadienne estime que le concept s'inscrit en réaction au «rythme effréné qui a contaminé chaque aspect de nos vies». «À l'image des autres domaines du mouvement (le slow food, le slow parenting, le slow design, etc.), le slow travel s'inscrit en réaction contre une culture où la quantité a préséance sur la qualité, indique Carl Honoré. Le slow travel met l'accent sur la joie, le plaisir et la magie du voyage, plutôt que de se concentrer sur la seule destination.» Soulignons que Carl Honoré prône aussi la contemplation comme antidote à la consommation. Voyager lentement, mais comment? Pour se convertir au slow travel, il est recommandé de bouder l'avion et de redécouvrir la langueur des longs voyages en train de Montréal à New York ou des balades en vélo dans la campagne autrichienne. Carl Honoré recommande aussi de réduire sa liste de «sites à visiter» ou encore d'opter pour un mode d'hébergement qui permet une immersion dans le quotidien. «L'échange de maisons ou la location d'un appartement peut être une expérience très riche. Par exemple, cela permet de découvrir un quartier de Paris, de rencontrer ses habitants au café du coin. C'est le genre d'expérience qui reste gravée dans nos souvenirs», estime Carl Honoré, qui dit se rappeler davantage de ses vacances depuis qu'il s'adonne au slow travel. Honoré encourage les aspirants à abandonner leur dépendance aux appareils photo, téléphones portables, Facebook et autres Twitter. «Avant l'ère technologique, l'une des joies de voyager était de délaisser son quotidien et de découvrir un nouvel endroit. Mais si on passe son temps à texter ses amis, à télécharger ses photos ou à relater ses moindres faits et gestes sur Facebook, on ne décroche jamais. Si on est pour passer son temps en ligne, on pourrait tout aussi bien rester chez soi!» Dans la foulée, Carl Honoré déplore que les voyages soient devenus aujourd'hui des attributs pour rehausser son statut social. «On se vante de son dernier voyage à Barcelone comme on parle de sa nouvelle robe Prada ou de sa veste Armani», souligne-t-il. Certaines agences de voyages comme Virtuoso ont commencé à proposer des forfaits aux voyageurs intéressés par l'idée du slow travel. L'auteur de guides de voyage Alastair Sawday a lancé une série d'ouvrages axés sur l'option lente (par exemple Go Slow Italy, etc.). Carl Honoré organise quant à lui des week-ends de retraite slow en Italie. Le webzine Faster Times publie désormais une chronique slow travel. Et des blogues sont consacrés à ce mode de voyage. «Comme l'a écrit Marcel Proust, voyager est moins la découverte de différents pays qu'une façon de changer notre regard sur les choses», philosophe Ed Gillespie. À méditer, la prochaine fois qu'on sera tenté de surcharger nos vacances...
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Article paru dans Le Soleil du 1er Avril 2009 De plus en plus, l’espace de la micro-finance s’enrichit de nouveaux acteurs, offrant ainsi aux usagers plus de possibilités d’accès aux crédits. Certains, reconnaissant l’importance du rôle de ces institutions, considèrent cependant que les taux appliqués restent encore élevés. Le paysage de la micro-finance s’est considérablement développé en l’espace d’une quinzaine d’années. En 2006, les institutions de micro-finance avaient mobilisé une épargne de 70 milliards de francs Cfa. Leur multiplication a permis aux populations, surtout urbaines, de voir leurs offres de services s’élargir. Poussant ces institutions non seulement à diversifier leurs offres, mais également à assouplir les conditions des prêts pour faire face à la concurrence de plus en plus rude. Au Pamecas par exemple, il faut être adhérent et avoir épargné pendant un certain temps -généralement trois mois-, pour pouvoir prétendre à un prêt. La condition demeure, mais elle est assouplie. « Après avoir ouvert un compte, le client peut prétendre aussitôt à un crédit s’il dispose dans son compte du quart du montant sollicité », renseigne M. Gassama, en faisant remarquer toutefois que le demandeur doit présenter des garanties. Lesquelles, précise-t-il, sont très souples. « Si vous avez un frère salarié ou exerçant une activité qui peut se porter garant pour vous, on vous accorde un prêt si votre projet est bon », ajoute Moussa Gassama. DES EXIGENCES ASSOUPLIES En revanche, des structures comme Acep ou Microcred prennent seulement en compte l’activité économique. « L’épargne préalable n’est pas une obligation pour obtenir un crédit. Néanmoins, l’ouverture d’un livret d’épargne est obligatoire pour accéder aux autres produits et services », dit Mme Aïssatou Faye Fall de Microcred, la responsable marketing et communication. Souleymane Sarr de l’Acep dit la même chose. « Si vous avez une activité économique, vous pouvez bénéficier d’un prêt chez nous. » Mais avant d’accorder un prêt, ces deux structures font une enquête sur le terrain, en plus de l’entretien avec le demandeur. « C’est pour un complément d’information seulement », rassure Mme Fall qui note l’exigence de résidence de l’emprunteur d’au moins six mois au lieu de son activité et d’innocuité de celle-ci à l’environnement. « Ce dernier point est très important pour Microcred », insiste-t-elle. Le montant du crédit est déterminé par la nature et l’importance de l’activité. Il diffère suivant les structures. Les sommes prêtées peuvent aller de 25.000 francs à des dizaines de millions. A titre d’exemple, elles sont comprises entre 25.000 francs Cfa à 3 millions de francs pour les caisses de base au Pamecas, c’est-à-dire les caisses de proximité. Alors qu’elles sont de l’ordre de 100.000 à 5 millions francs Cfa à Microcred. Le taux d’intérêt constitue un autre élément de différenciation. A ce niveau, il est difficile d’avoir une idée réelle sur les taux appliqués, peut-être pour des raisons de stratégies commerciales. Une chose est cependant sûre, toutes les institutions de microcrédit respectent la législation en la matière. Les taux appliqués sont loin du taux plafond qui est de 27 %. Malgré tout, le chef de l’Etat trouve ce taux usurier. « Nous avons des charges à supporter, ce qui justifie le taux d’intérêt que nous appliquons qui est d’ailleurs dégressif », explique Moussa Gassama. Sans compter les prêts non remboursés que les structures de micro-finances doivent supporter, ajoute-t-il. VIEUX DEBAT SUR LE TAUX D’INTERET Sur ce point, les institutions de micro-finance ont su développer une approche novatrice basée sur la concertation, la conciliation et, dès fois, le rééchelonnement. « A chaque fois que nous avons un client qui n’honore pas ses engagements, nous essayons d’en voir les raisons », indique Souleymane Sarr. En ajoutant « nous privilégions le règlement à l’amiable pour permettre au client de se tirer d’affaire ». La même philosophie sous-tend la démarche de Pamecas qui a une méthode originale pour faire rembourser les mauvais payeurs ou les « récalcitrants ». Si un client reste quelques mois sans payer, sa photo est affichée au siège de la caisse où il avait effectué le prêt. « Ça marche si bien que certains se plaignent de la méthode », indique le chef du service social et communication, en insistant sur le fait que les agents de sa structure n’y ont recours qu’en dernier lieu. Destinées à un certain public, les institutions de micro-finance ont vu leur clientèle s’élargir. Presque toutes les couches socioprofessionnelles ont recours à leurs services, avec une place de choix pour les femmes. Celles-ci représentent plus de 52 % de la clientèle et sont « souvent plus aptes à conduire un entreprenariat fécond ». « Elles ne sont pas moins de 72.000 femmes qui bénéficient de nos services », dit Mouhamet Ndiaye du Crédit mutuel sénégalais. A côté de cette catégorie de clients, il y a les agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, l’artisan, le petit commerçant installé au coin de la rue, etc. Les fonctionnaires font actuellement partie de leur clientèle. « Il y en a même certains qui ont domicilié leur salaire chez nous », révèle M. Ndiaye. Aujourd’hui, pour satisfaire une clientèle qui grandit de jour en jour, les institutions de micro-finances densifient leur réseau par une politique de maillage du territoire national. Dans toutes les régions du Sénégal, on trouve une caisse d’épargne et de crédit de proximité. S’y ajoute une diligence dans le traitement des dossiers et un service d’accueil qui inspire confiance aux usagers. « Nous avons une charte pour l’accueil des clients, mais aussi nous tenons beaucoup à l’image de nos agences », déclare M. Ndiaye du Cms. « Nos grand-mères n’ont plus peur de s’arrêter ou d’entrer dans une institution financière », renchérit Moussa Gassama. Une politique qui s’insère dans la Lettre de politique sectorielle de la micro-finance. Mamadou GUEYE et Amadou Maguette NDAW
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Article paru dans SosFaim.be du 15 Janvier 2009 La Fédération paysanne sénégalaise FONGS. Le 9 février dernier, à Dakar, au Sénégal, le musicien Youssou N’Dour a inauguré une société de microcrédit « Birima », du nom d’un roi sénégalais du XIXe siècle. L’objectif de l’institution Birima, soutenue par la marque de vêtements Benetton dans le cadre de sa nouvelle campagne « Africa works », est d’offrir des services financiers adaptés et - dans la mesure du possible sans garantie - aux PME et aux commerçants dont les besoins ne sont couverts ni par les banques, ni par les institutions de microfinance. Le lancement de ce projet ambitieux nous donne l’occasion de revenir sur les activités de microfinance au Sénégal avec Mass Gning, responsable microcrédit à la FONGS, fédération paysanne sénégalaise. Comment la FONGS a-t-elle accueilli l’initiative de Youssou N’Dour ? Nous pensons que c'est une bonne idée. Elle contribue à la diversification des acteurs du monde de la microfinance, que ce soit en milieu urbain ou en milieu rural. Vous ne trouvez pas ça gênant que des grandes compagnies internationales comme Benetton ou des artistes s’investissent dans le secteur de la microfinance, qui nécessite pourtant une expertise pointue ? Je pense que Youssou N'Dour sait où il va. Il s'est certainement entouré de personnes compétentes pour mettre en place Birima. Mais, dans le cadre de la mise en œuvre des microcrédits, il aura certainement besoin d'un accompagnement organisationnel, technique, institutionnel et peut-être financier afin d'atteindre ses objectifs. Et Benetton ? Il s'agit tout de même d'une grande compagnie internationale, plutôt ancrée dans le secteur de la mode. Le fait qu'une société commerciale, connue par sa marque de vêtements, s'investisse dans le secteur de la microfinance peut-il causer des dérives ? Bien sûr. Tout dépend des objectifs qu'ils visent et des stratégies qu'ils vont mettre en œuvre. Je pense que le fait d'être acteur dans un certain domaine n'interdit pas de travailler dans d'autres domaines. Si Benetton s'intéresse à la microfinance, c'est parce qu'ils ont certainement des objectifs très précis à leur niveau. Je ne pense pas qu'ils mélangeront leurs différentes activités…. Birima a pour ambition d’offrir des crédits sans garantie réelle et sans épargne préalable mais seulement en se fondant sur la parole de la personne ou du groupe qui fait une demande de crédit. N'est-ce pas un peu risqué ? En effet, la structure de Birima ne permet pas un partage des risques par rapport aux crédits. L'absence d'épargne préalable n'encourage pas la participation des différents clients à la vie de l'institution. Si les clients réussissent à épargner, ils participent à la prise des risques et cela leur permet de toujours réfléchir à ce qui peut promouvoir l'institution ainsi que ses activités. Le partage des risques et la participation des membres à la vie de l'institution sont deux facteurs de réussite importants en microfinance. N-y-t-il pas un risque que l’absence de garantie préalable désengage les emprunteurs de l’obligation de rembourser, créant pas là un effet boule de neige, ce qui mettrait en danger la viabilité des institutions de microfinance ? En effet, si les gens décident de ne pas rembourser leurs crédits, ils ne prennent pas de risques par rapport à une garantie qui, en l'espèce, n'a pas été mise en jeu. Les gens ne vont pas se sentir responsables de quoi que ce soit. Ils peuvent se dire "moi, j'ai déjà pris un crédit, je suis servi, le reste, ce n'est pas mon problème". Ce genre de raisonnement, pouvant être facilité par la démarche de Birima, pourrait avoir des conséquences sur les procédures et les mécanismes mis en place par d'autres acteurs. En ce qui nous concerne, nous ne courons pas trop de risques car nous sommes présents en milieu rural. Ce sont surtout les acteurs du milieu urbain qui pourraient être pénalisés. Toutefois, la majorité d'entre eux ont mis en place des mécanismes qui leur permettent de partager les risques avec leurs sociétaires. En fait, les risques reposeront surtout sur Birima. L'effet pervers de l'engagement de grandes compagnies internationales dans des activités revêtant une dimension sociale se situe peut-être à ce niveau là. C'est parce que Benetton peut engager de gros moyens financiers que Birima prend des risques que ne prennent pas les autres institutions de microfinance ? Dans le cadre de la stratégie de la FONGS, nous ne créons pas de structures pour les gens. Nous pensons plutôt qu’il faut accompagner ces personnes qui ont des idées, en les aidant à créer leurs propres structures. Certes, la mobilisation de ressources additionnelles est souvent nécessaire mais chacun doit se sentir responsable par rapport au remboursement et aux risques encourus. Est-ce qu'il y a déjà eu des initiatives de ce genre en milieu rural ? Je n'en connais pas pour le moment. Mais j’espère que Youssou N'Dour sera sollicité pour lancer le même genre d'initiatives en milieu rural. La FONGS serait-elle prête à collaborer avec ces nouveaux acteurs qui disposent de moyens financiers importants ? Pensons par exemple à l'offre de crédits d'investissements à long terme, qui sont les plus difficiles à mettre en œuvre car il s'agit de sommes importantes ? Moi, je suis toujours motivé pour collaborer avec des gens qui ont une stratégie claire et dont les objectifs collent avec les miens. Les conditions sont toujours à négocier. Il est clair que certaines pratiques sociales de la microfinance doivent être respectées comme la participation et le partage des risques. En milieu rural, nous prenons des initiatives de développement depuis toujours. Nous savons que ce ne sont pas uniquement les crédits à court terme ou les petits crédits qui intéressent le monde rural. Mais comment réussir à financer les investissements en milieu rural ? C'est pourtant la seule façon de nous aider à bloquer le départ des jeunes pour l'Occident. Faciliter l'accès aux financements permettrait de fixer les populations dans leurs terroirs. Dans une interview, Youssou N’Dour souligne que la microfinance permet aux gens de conserver leur dignité, qu’elle donne une image positive de l’Afrique. C'est vrai ? C'est effectivement réel. Prenons un exemple concret. Trois familles d'agriculteurs vivent dans un village mais ne sont pas liées entre elles. La famille A vend des bœufs. Elle épargne l'argent au niveau de la caisse villageoise. La famille B, qui ne possède que sa production agricole, en vend une partie et épargne également à la caisse villageoise. La famille C demande un crédit. Si la famille C n'arrive pas à rembourser son crédit, elle met en jeu sa dignité. Mais si elle parvient à le rembourser, c'est une façon de renforcer sa dignité et de s'ancrer dans son village et son environnement.
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Article paru dans La Libre du 23 Septembre 2009 Caritas International apporte son appui à des associations de paysans pour accroître la sécurité alimentaire dans la province de Kinshasa. Sur le plateau des Bateke Caritas International aide des organisations paysannes à accéder au micro-crédit et au conseil, afin de travailler à la sécurité alimentaire de la province de Kinshasa. Le plateau des Bateke, vaste espace aux portes de la capitale congolaise, est peu fertile ("c’est essentiellement du sable, mais on peut y cultiver en apportant beaucoup d’engrais", explique le Pr. Eric Tollens de l’Université catholique de Louvain) mais offre des possibilités aux paysans que ses nouveaux habitants, de plus en plus nombreux, ne trouvent pas dans leurs provinces d’origine - Bandundu, Bas-Congo, Kasaï. Franck Nzeza a entendu parler des possibilités de recevoir du crédit et des conseils "lors d’une opération de sensibilisation. Je suis venu à la formation". Avec un crédit de 160 $, Franck a pu faire labourer et herser son champ par un tracteur loué à Caritas (et utilisé par 1600 ménages) pour planter des arachides et du manioc; il devra rembourser 168 $. "J’ai déjà payé 100$ grâce à la vente de 10 de mes 17 sacs d’arachides", qui a rapporté 500$. Et, surtout, "ma vie est meilleure". Faire faire le gros travail par un tracteur lui a en effet permis d’ensemencer une plus grande surface que son quart d’hectare habituel: un demi-hectare l’an dernier, un hectare entier cette année. Grâce à l’appui technique qu’il reçoit et aux intrants qu’il a pu et su acheter, il a augmenté son rendement. "Maintenant je paie facilement le minerval de mes trois enfants" (120 $ par enfant). "Et puis on mange mieux". La famille Nzeza mange maintenant de plus grandes quantités ( on mange deux fois par jour; avant c’était le soir seulement") et a pu varier son ordinaire de manioc et feuilles en y introduisant des abats "et même une cuisse de poulet de temps en temps", ajoute le paysan avec un sourire radieux. "Les enfants sont plus gros - même leurs yeux sont gros! ", rit-il. Après la récolte, il fera des buttes, pour accroître le rendement, et plantera du manioc et du maïs. Caritas participe aussi au financement de champs-école, cultivés collectivement une fois par semaine par des paysannes regroupées en association qui reçoivent, ce jour-là, les conseils d’un agronome. Elles ont ainsi appris à enrichir la terre avant de planter en y enfouissant les mauvaises herbes. Que l’éclaircissement des feuilles de manioc - aliment de base, ici - et la baisse de rendement de leurs champs 30 à 40% ) étaient dus à une maladie, la mosaïque, et non au mauvais sort qu’aurait jeté une voisine; elles savent désormais qu’elles doivent immédiatement arracher les plants malades, pour éviter la contamination de tout le champ et de ses voisins. La productivité de leurs champs personnels en est accrue. Autre initiative pour améliorer la sécurité alimentaire: l’élevage de poules. Bienvenu Mayo en est à sa première année; il a reçu l’aide financée par Caritas - une formation et des conseils techniques pour construire un poulailler, où abreuvoirs et mangeoires, suspendus pour éviter les maladies, sont en bambou - et un capital de départ d’une association de 17 paysans qui aide tour à tour l’un de ses membres, grâce à la solidarité de tous, et partage les bénéfices. Il a fait vacciner ses pondeuses (les vaccins sont achetés en bloc) et a bien vendu leurs œufs (ce qui n’est plus le cas lorsqu’un gros arrivage d’œufs chinois ou indiens inonde le marché de Kinshasa) mais l’achat d’aliments spéciaux lui coûte cher, pense-t-il. Pour le moment, son niveau de vie ne s’est pas amélioré. On espère que cela viendra avec le temps", ajoute-t-il, en précisant que l’élevage de cochons lui rapporte plus, les bêtes ne nécessitant pas d’aliments spéciaux. Marie-France Cros
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Article paru dans Le Matin Dimanche du 20 Juin 2009 A l’heure des vacances organisées et du tourisme durable, l’anthropologue Franck Michel milite pour le voyage «futile», «sans but précis», guidé par un désir d’autonomie et de nomadisme. Rencontre avec un homme engagé Anthropologue et historien, Franck Michel vit entre l'Alsace, l'Indonésie et la Corse, où il enseigne la socioanthropologie du tourisme. Le magazine Psychologies l'a rencontré. Franck Michel, votre dernier ouvrage fait l'éloge de l'«autonomadie». Vous lui aviez déjà consacré un livre («Désirs d'ailleurs», Ed. PUL) en 2005. En quoi est-elle d'actualité? Pour l'illustrer, vous proposez le «slow travel». De quoi s'agit-il? N'est-ce pas un fantasme? Que nous apprend cette attitude? Adopter cette forme de voyage nous fait peur, dites-vous, car elle renvoie à la précarité... Le slow travel est-il une nouvelle façon de voyager responsable et éthique? Pourtant, vous dites que le tourisme solidaire s'inscrit dans une logique colonialiste! «Nos voyages commencent en rêvant autour d'une mappemonde. Et en changeant dix fois de projet avant d'acheter les billets d'avion! Pour cet été, c'est fait. Après être parti en famille au Maroc, à Cuba et à Bali, ce sera un mois au Vietnam. Ensuite, rien n'est prévu. On ne réserve pas d'hébergement. Et je ne feuillette le guide touristique que dans l'avion. Ça crée un grand choc qui permet de déconnecter très vite. Je n'ai jamais voyagé autrement qu'avec cette liberté de pouvoir dire, à 17 heures: «Tiens, si on changeait de ville?» Ou de trouver un beau paysage et de rester quatre jours dans le coin. Les sites «à voir» sont souvent déshumanisés. Le soir, tout ferme. Le voyage, c'est davantage que ça. C'est se rendre compte des conditions de vie des habitants en dormant chez eux après avoir récolté l'adresse au café, ou en discutant sur un escalier. Grâce aux enfants (18 mois, 7 et 10 ans), les rencontres sont plus faciles. On se parle entre parents.» Agnès Rogelet
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Article paru dans Le Monde du 24 Octobre 2009 En 2005, le Forum de Davos avait donné lieu à une scène très émouvante, très médiatisée aussi. Après un discours du président tanzanien décrivant les ravages du paludisme dans son pays, l'actrice Sharon Stone, invitée d'honneur, s'était levée et avait offert 10 000 dollars pour l'achat de moustiquaires. Elle avait exhorté le reste de l'assistance à l'imiter. En quelques minutes, 1 million de dollars avaient été collectés auprès de patrons de multinationales et de banquiers, autant troublés par la beauté dominatrice de cette déesse de l'humanitaire que par la justesse de la cause. Embrassades, remerciements, larmes, une vraie cérémonie de remise des Oscars à Hollywood. La suite est moins connue, moins reluisante aussi. La distribution gratuite de 300 000 moustiquaires a gravement perturbé le travail des organisations humanitaires présentes sur place, causé des dégâts collatéraux (marché noir, gaspillage, reconversion en filets de pêche), déclenché colère et incompréhension dans les régions voisines qui n'ont pas bénéficié de la mesure, enfin, elle a provoqué la ruine des fabricants locaux de moustiquaires et détruit des centaines d'emplois. Sharon Stone, Bono, Bob Geldof, toutes ces belles âmes défendant le noble combat de l'aide occidentale à l'Afrique, tous "ces militants de la morale", l'économiste zambienne Dambisa Moyo ne les aime guère. "La pop culture a donné une impulsion considérable à la conception erronée (selon laquelle) l'aide peut remédier à la pauvreté généralisée." C'est d'abord la colère qui traverse l'essai très dérangeant de Mme Moyo L'Aide fatale (éd. J.-C. Lattès, 250 p., 20 euros). Dérangeant par les thèses radicales qu'elle y défend et qui ont fait polémique à la sortie du livre aux Etats-Unis. Dérangeant aussi parce qu'on est habitué à ce que le discours économique sur l'Afrique soit tenu par des non-Africains, à ce qu'il soit monopolisé par les stars du rock, les économistes et les politiciens occidentaux, entre paternalisme et néocolonialisme, entre condescendance et mauvaise conscience. Un exemple parmi d'autres, Gordon Brown, alors chancelier de l'Echiquier, lançant en 2005 : "Nous vous aiderons à être en mesure de commercer. Il ne s'agit pas seulement de vous ouvrir la porte, mais de vous donner la force d'en franchir le seuil." C'est une conséquence de la crise des subprimes : les certitudes économiques de l'Occident ont été tellement ébranlées qu'on écoute un peu plus les voix venues d'ailleurs et un peu moins les guitares.Dambisa Moyo est née il y a quarante ans et a grandi en Zambie. Elle étudie la chimie à l'université de Lusaka, quand celle-ci ferme à la suite d'une tentative de coup d'Etat. Elle part aux Etats-Unis avec une bourse, travaille deux ans à la Banque mondiale à Washington avant d'aller à Harvard, puis à Oxford. Elle a été économiste chez Goldman Sachs, responsable de la recherche pour l'Afrique subsaharienne et a été désignée, cette année, par Time Magazine comme l'une des cent femmes les plus influentes de la planète. "L'aide a été et continue d'être un désastre total sur le plan politique, économique, et humanitaire." Malgré les 1 000 milliards de dollars versés au Continent, le revenu réel par habitant dans l'Afrique subsaharienne est inférieur à ce qu'il était dans les années 1970, plus de 700 millions d'Africains vivent avec moins de 1 dollar par jour, et le taux de pauvreté extrême est passé de 11 % à 66 %. L'espérance de vie stagne, un enfant sur sept meurt avant l'âge de 5 ans, l'alphabétisation est inférieure à ce qu'elle était en 1980 et près de la moitié des pays vit sous des régimes non démocratiques. Enfin, il y a seulement trente ans, le PIB par habitant du Malawi, du Burundi et du Burkina Faso dépassait celui de la Chine. L'aide a-t-elle été mal utilisée, a-t-elle été insuffisante ? Pas du tout, nous dit Mme Moyo. C'est l'aide elle-même qui a enfermé l'Afrique dans le piège de la pauvreté. C'est l'aide qui porte en elle le mal qu'elle prétend combattre. "Des millions de gens en Afrique sont plus pauvres aujourd'hui, à cause de l'aide internationale." Elle en décrit longuement les effets économiques dévastateurs. Corruption et irresponsabilité des gouvernements - l'aide arrive quoi qu'il arrive et elle est d'autant plus importante que les performances économiques du pays sont mauvaises ; épargne découragée au profit de la consommation ; inflation favorisée ; investisseurs privés étrangers évincés ; exportations étouffées par une sorte de "mal néerlandais", l'aide s'apparentant à la possession de matières premières. Les solutions ? Le recours aux marchés internationaux de capitaux, comme l'ont fait des pays émergents asiatiques ; le développement des intermédiaires financiers - notamment par le microcrédit - ; que l'Occident mette fin à ses subventions à l'agriculture et qu'il imite la politique chinoise du donnant-donnant en Afrique (investissements dans les infrastructures contre matières premières). Dérangeant, en effet. "Que se passerait-il, se demande Dambisa Moyo, si, l'un après l'autre, chaque pays d'Afrique recevait un coup de téléphone pour l'informer que dans exactement cinq ans les robinets de l'aide seront définitivement fermés ?" Le pire adviendrait-il ? Mais le pire est déjà là, nous rappelle-t-elle. A essayer cette thérapie de choc, l'Afrique n'a rien à perdre et tout à gagner. Excessive ? Peut-être. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que l'économiste Niall Ferguson, qui a préfacé le livre de Dambisa Moyo, a bien raison quand il réclame plus de Moyo et moins de Bono. Pierre-Antoine Delhommais
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Article paru dans Le Monde du 22 Octobre 2009 L'Afrique reçoit des sommes considérables des migrants partis travailler sur d'autres continents, mais le manque d'information, de concurrence et de régulation empêche cet argent d'agir pleinement sur le développement. C'est ce que révèle un rapport de l'International Fund for Agricultural Development (IFAD), publié jeudi 22 octobre à l'occasion d'un forum sur les transferts de fonds organisé à Tunis par cette agence de l'ONU, pour mobiliser banques centrales et gouvernements sur la question. La première surprise de ce rapport tient en un chiffre : d'après l'IFAD, 40 milliards de dollars (26,7 milliards d'euros) sont envoyés chaque année à leurs proches par les émigrés africains. Ce montant était jusqu'alors inconnu, mais il était estimé entre trois et quatre fois moindre. "L'Afrique avait toujours été une énigme en ce qui concerne les transferts de fonds", explique Pedro de Vasconcelos, économiste à l'IFAD et coauteur de ce premier état des lieux. "On les évaluait généralement entre 10 milliards et 17 milliards de dollars. Même les banques centrales africaines n'avaient aucun chiffre." Ce manque d'information a des conséquences en cascade : "L'impact des transferts est colossal, mais sous-utilisé. L'argent est là; le problème, c'est le manque d'options. N'ayant pas conscience des montants en jeu, les gouvernements ne se préoccupent pas de réguler le marché ou de rendre ces sommes productives, pas plus que le secteur privé", explique M. de Vasconcelos. Résultat, le marché des transferts est détenu à 64 % par deux acteurs seulement, Western Union et MoneyGram. Faute de concurrence, le taux des commissions est d'environ 10 % en moyenne en Afrique – où il peut même atteindre 25 % –, contre 5,6 % en moyenne dans le monde. "Si on réduit ce taux de moitié, 2 milliards de dollars de plus arrivent dans la poche des familles chaque année, résume l'économiste de l'IFAD. En Amérique latine, l'ouverture du marché a fait chuter les taux de 15 % à moins de 5 %." La concurrence aurait un autre avantage : la multiplication des points de retrait, dont les zones rurales africaines sont largement dépourvues. Or un tiers des transferts sont destinés à des familles rurales. "Le Mexique dispose d'autant de points de retrait que toute l'Afrique, avec une population dix fois moindre", compare M. de Vasconcelos. "Pour beaucoup d'Africains, aller chercher cet argent, c'est un ou deux jours de travail perdus." L'agence des Nations unies propose de transformer les bureaux de poste en points de retrait, alors qu'ils n'en ont aujourd'hui pour la plupart ni le droit ni les moyens. L'IFAD vient de signer un accord avec l'Universal Postal Union pour travailler en ce sens. D'autres solutions existent. Au Kenya, le téléphone mobile devient un des moyens les plus économiques d'effectuer des transferts d'argent. Le Kenya est aussi un des rares pays à autoriser les institutions de microfinance à opérer ces envois de fonds. Dans toute l'Afrique, ces organismes ne forment que 3 % des points de retrait. Leur ouvrir le marché des transferts suffirait à doubler le nombre de guichets, selon l'IFAD. Surtout, au lieu d'un simple mécanisme de consommation, "cela créerait une dynamique locale d'épargne et de microcrédit, qui donnerait une tout autre dimension à l'économie", estime M. de Vasconcelos. Car si l'essentiel de l'argent des transferts de fonds sert à faire face à des dépenses de première nécessité – nourriture, logement, santé ou éducation –, "5 à 10 milliards de dollars sont disponibles pour l'épargne et l'investissement", selon le rapport. Des sommes capitales en pleine crise économique, alors que l'aide publique au développement s'essouffle et que les investissements directs étrangers s'effondrent. Les transferts des migrants souffrent eux aussi : ils ont chuté de 12,7 % depuis le début de l'année selon l'IFAD. Un choc d'autant plus rude que ces envois avaient connu une croissance moyenne de 17 % dans le monde depuis dix ans, et que "par rapport à d'autres régions, l'Afrique dépend vraiment des transferts de fonds", précise M. de Vasconcelos. Grégoire Allix
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