Article publié dans lemonde.fr le 30 Novembre 2010 Aidez la microfinance, ne la tuez pas ! Sous prétexte de protéger les pauvres, le gouvernement d'un Etat indien a plongé le secteur de la microfinance dans une crise grave. Un arrêté du gouvernement de l'Andhra Pradesh, en énonçant que les remboursements devaient se faire en présence d'autorités élues et que le remboursement n'était pas obligatoire pour ceux qui avaient déjà remboursé plus de deux fois le capital emprunté, a envoyé le message clair que les emprunteurs ne devaient pas se sentir obligés de rembourser leurs emprunts. Cette annonce a entraîné une avalanche de défauts de paiement, jetant l'industrie de la microfinance indienne dans une crise à laquelle elle pourrait ne pas survivre. Cela entraînerait des répercussions importantes sur la microfinance dans le monde entier. Certains ont fait, à tort, le parallèle entre cette crise et celle des subprimes. En réalité, les Institutions de microfinance (IMF) sont très vigilantes (certains disent trop) à éviter les non-remboursements : avant cette crise, le taux de défaut de remboursement des IMF était proche de zéro. Cette crise de non-remboursement est directement liée à l'intervention du gouvernement, qui l'a rendu légitime. Mais le taux record de remboursement des IMF reflétait la confiance construite depuis plusieurs années entre les emprunteurs et les IMF : l'emprunteur savait que, s'il remboursait, l'IMF lui prêterait à nouveau, et le contrat social implicite était qu'il fallait rembourser son emprunt. Ce système fragile fondé sur la confiance risque de ne pas survivre à la crise actuelle. Une autre différence importante avec la crise des subprimes est que, si le secteur indien des IMF s'écroule, les banques vont subir des pertes, mais le secteur n'est pas suffisamment important pour entraîner le reste du système financier dans son sillage. En revanche, cette crise risque de décourager tout effort futur pour prêter aux pauvres à un taux raisonnable. Les pauvres, comme c'était le cas avant la microfinance, devront se tourner vers les prêteurs informels dont les taux d'intérêt sont au minimum deux fois plus élevés que ceux des IMF. Et il est possible que la crise effraie aussi les investisseurs d'autres pays, menaçant ainsi un secteur qui rend service actuellement à plus de 200 millions de clients pauvres. Dans les pays en développement, la microfinance répond à un besoin essentiel : la mise à disposition de services financiers à des clients à bas revenus qui n'ont habituellement pas accès aux banques officielles par manque de garanties, d'emploi salarié ou d'historique bancaire contrôlable. Des études ont apporté la preuve que le microcrédit ouvre à des millions de clients dans le monde la possibilité de créer ou de développer une activité, de se prémunir contre les aléas liés au mauvais temps ou à la maladie, de maintenir de l'emploi et de faciliter la consommation. La principale innovation du microcrédit n'est pas le fait de prêter aux pauvres, mais bien le fait de leur prêter à un coût inférieur à tout ce qui avait cours auparavant, et à des taux beaucoup plus faibles que ceux des prêteurs informels. Ironiquement, compte tenu de la crise actuelle, les taux d'intérêt pratiqués par les IMF en Inde sont parmi les plus bas du monde (environ 24 % par an). Ces taux ne peuvent probablement pas baisser beaucoup. Bien sûr, le secteur indien de la microfinance n'est pas exempt de problèmes, notamment en raison de sa récente et rapide croissance, surtout en Andhra Pradesh. En 2007, il y avait environ 8 millions d'emprunteurs. Aujourd'hui ils sont plus de 25 millions. Les agents de crédit sont payés à la commission afin de les inciter à trouver plus de clients, qui ne sont sans doute pas toujours bien sélectionnés. Des rumeurs ont couru sur des suicides liés à des dettes d'IMF. Alors que ces accusations n'ont pas systématiquement fait l'objet d'enquête, le gouvernement est ravi de s'en servir comme prétexte pour intervenir. Cela dit, il est important de se rappeler que la majeure partie des dettes des ménages ruraux ne provient pas de microcrédits. Une enquête récente réalisée en Andhra Pradesh par le Center for Microfinance a relevé que 93 % des ménages de cet Etat sont endettés. 57 % de ces ménages ont emprunté avec intérêts à des amis, 17 % ont eu recours à un prêteur informel. Le microcrédit ne représente que 11 % du volume des dettes. La priorité immédiate est de stopper la crise actuelle. A cet effet, le gouvernement de l'Andhra Pradesh devrait retirer, ou au moins suspendre, l'arrêté en attendant qu'une solution plus constructive pour parvenir à ses objectifs légitimes soit mise en oeuvre. A moyen terme, la microfinance a besoin d'une meilleure réglementation. A défaut de règles claires et universelles liant les IMF, il y aura des excès de leur côté, et la tentation permanente, pour les politiciens, d'intensifier ces conflits à des fins démagogiques. La réglementation ne devrait pas se concentrer sur le plafonnement des taux d'intérêt ou des profits, mais plutôt viser à une réforme institutionnelle permettant aux IMF de mieux sélectionner leurs clients pour réduire le coût de leurs produits, et encourager celles qui pratiquent des taux raisonnables. On pourrait, par exemple, examiner les pistes suivantes : création d'un fichier central des emprunteurs, mise en place d'un centre de réclamations accessible et facile à utiliser par les clients, meilleure application du code de conduite des agents de crédit sur lequel les IMF se sont déjà mises d'accord, encouragement financier pour les IMF offrant les taux les plus bas et les conditions de remboursement les plus souples. Ce système repose autant sur un contrat social que sur un contrat légal. Les IMF doivent être plus attentives et mieux sélectionner leurs clients. Mais les responsables politiques doivent eux aussi être prudents. En prenant prétexte d'une situation exceptionnelle, ils risquent de se retrouver sans l'avoir voulu en train de détruire toute la microfinance. Ce serait rendre un bien mauvais service aux plus pauvres et à leur espoir de sortir de la pauvreté. _____________________________________________ Abhijit V. Banerjee (MIT)
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Article publié dans lemonde.fr le 30 Juillet 2010 Les dérives et détournements du microcrédit De belles photos d'emprunteurs pauvres ; une mission proclamée dès les premières pages : "éradiquer la pauvreté". Une croissance exponentielle : 6,8 millions de clients, contre 600 000 il y a quatre ans. La lecture des premières pages du rapport annuel 2010, clos à fin mars, de l'établissement indien SKS Microfinance est impressionnante. Plus loin, cependant, une drôle de surprise apparaît. Des plans de stock-options, distribués au cours du dernier exercice, y sont détaillés. En effet, cette institution de microfinance (IMF) s'introduit à la Bourse de Bombay, où elle espère lever jusqu'à 354 millions de dollars. Le placement de ses actions a commencé mercredi 28 juillet. L'initiative révulse Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank et Prix Nobel de la paix, pour qui elle "met en danger" la mission du microcrédit, l'engageant dans la voie des "requins du crédit". Lui, prône le "social business", l'entreprise à finalité sociale reposant sur l'équilibre de gestion et le "zéro profit". Ce devrait être cela, le microcrédit et la mission des IMF. Or, ces dernières années, la croissance du microcrédit a été très rapide largement en raison de sa financiarisation, qui a mis sous pression son fonctionnement. Certains opérateurs ont dérivé : moindre suivi des clients, risque accru de surendettement, méthodes de recouvrement parfois très contraignantes... La microfinance des origines avait été snobée par les financiers, pour qui l'adage était encore : "Celui qui prête aux pauvres prête à rire." Depuis, ils ont été alléchés par ses promesses de rentabilité. Des titrisations de créances de microcrédit sous la forme d'obligations adossées à des actifs ont même été menées, avant la crise, exactement comme pour les prêts subprimes américains... Sur les marchés, les IMF se refinancent à des taux souvent proches de 10 %. Elles doivent aussi couvrir le coût de l'inflation locale, de leurs provisions pour risques et de leur fonctionnement. Viser en plus un objectif de rentabilité élevé les fait entrer dans une spirale dangereuse. La cotation en Bourse de l'IMF mexicaine Compartamos, en 2007 - dont le cours avait été multiplié par quatorze -, a illustré à l'excès cette dérive: en abaissant le niveau de rentabilité de 56 % à 15 %, les taux facturés aux clients auraient pu être abaissés de près d'un tiers, a calculé Elodie Parent, chargée de mission chez Proparco (groupe Agence française de développement). S'il doit tendre vers l'équilibre de gestion, le microcrédit peut difficilement servir, en même temps, ses clients pauvres et être un bon investissement boursier. Un engagement financier plus fort des institutions multilatérales et des agences de développement lui serait bénéfique. Les ancêtres européens des IMF - établissements mutualistes, caisses d'épargne et de crédit - se sont progressivement enrichis avec leurs clients. Lentement. Beaucoup ont fini par banaliser leur mission, pas toujours avec bonheur. Certaines IMF, elles, n'attendent même pas.
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Article publié dans rue89.com le 7 Février 2010 L'inventeur du microcrédit rencontrait journalistes et blogueurs à Paris, lors d'une séance contrôlée de près par Danone. Une rencontre éclair, un blogueur audacieux rembarré pour avoir tenté de poser deux questions, une séance « photo souvenir » à la fin de l'entretien, des fans tentant de l'approcher et lui réclamant des autographes, le passage jeudi de Muhammad Yunus en rock star au Grand Rex, à Paris profite-t-il au débat sur le micro-crédit ? « Vous, vous voulez l'interroger sur ses impressions lors de son séjour à Paris ? » Avant la rencontre, la question de l'attachée de presse de Danone nous avait un peu surpris, à la rédaction. Merci, mais on voudrait plutôt l'interroger sur les questions que soulève le micro-crédit, et ses risques de dérive. A la fin de la rencontre, une photo souvenir pour les « interviewers » Pour approcher le prix Nobel de la paix et fondateur de la Grameen Bank à l'occasion du point presse « nouveaux médias » organisé par Danone à l'issue d'un débat au Grand Rex, je ne devais donc ne poser qu'une seule question, envoyée à l'avance. La séance n'aura duré que neuf minutes… C'est donc Danone qui organise l'opération. Logique : Muhammad Yunus a créé avec le groupe en 2006 la Grameen Danone Food, une usine de yaourts « sociale », dans le Nord du Bangladesh. « Danone Communities a organisé cette soirée. Ils n'ont pas de service presse, on s'en est donc chargé », répond Marie-Liesse Calmejane, responsable des relations presse de Danone. L'envoi des questions à l'avance ne constituait pas du tout, selon elle, une volonté d'éviter les critiques : « Ce n'était pas du tout une volonté de validation ! Il y avait peu de temps, c'était juste une question d'organisation, pour éviter des frustrations et pour que tout le monde puisse poser sa question. » Interrogé sur sa relation avec Danone, Muhammad Yunus répond : « On me demande souvent si Danone m'utilise, mais c'est moi qui utilise Danone. Avant de travailler avec eux, personne ne connaissait le “social business”, maintenant tout le monde sait ! » « Il y a un “black out” sur les dérives du microcrédit » Alors que Muhammad Yunus est devenu la figure du micro-crédit, dans les ONG attachées à son développement, on s'inquiète que le « Yunus Show » n'éclipse les interrogations de ce secteur en développement. Un responsable d'une ONG de micro-crédit s'inquiète du silence du prix Nobel sur les risques de dérives du microcrédit : « Muhammad Yunus a développé le microcrédit, c'est génial mais il y a un “black out” sur les dérives. La clé du microcrédit, c'est le suivi de l'activité économique de ceux à qui on prête. De plus en plus de prêts sont utilités comme du crédit à la consommation. Il faut faire attention à ne pas se retrouver avec des familles en situation de surendettement. Beaucoup d'agents d'organismes de microcrédit sont payés à la quantité de prêts qu'ils octroient. Ils les multiplient sans se préoccuper du suivi ! » Yunus : « Tout le micro-crédit s'en est trouvé sali » Il préfère que son nom et le nom de son ONG ne soient pas mentionnés. « Ce serait compromettre nos chances de développement auprès de tous ceux qui ne jurent que par Yunus. » J'ai demandé à Muhammad Yunus si les institutions de microcrédit s'écartaient de leur mission sociale. Sa réponse, qu'on voit dans la vidéo : « Oui, je suis d'accord avec vous et je m'en plains. Le microcrédit est devenu populaire, tout le monde l'a apprécié et certains ont exploité cette popularité dans leur propre-intérêt. Ils ont commencé à mal l'utiliser, à en abuser. Et tout le micro-crédit s'en est trouvé sali. Ce n'est plus très clair. Il faut qu'on trace une ligne. Qu'est-ce qui est du ressort du micro-crédit, qu'est-ce qui ne l'est pas. Cette ligne doit être déterminée clairement. » _____________________________________________ Zineb Dryef
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Article publié dans sendeveloppementlocal.com le 1er Octobre 2009 L’Allemagne a accordé mercredi un don de 37,4 milliards de francs CFA au gouvernement du Sénégal pour soutenir sa politique du microcrédit et des énergies renouvelables. Le gouvernement sénégalais a obtenu ce don au terme de négociations intergouvernementales entre les deux pays, mardi et mercredi à Bonn, précise l’ambassade d’Allemagne au Sénégal dans un communiqué transmis jeudi à l’APS. Par ce don couvrant la période 2009-2011, ‘’l’Allemagne souhaite rendre davantage visible sa contribution à la sortie de crise dans le domaine énergétique. En complément de l’engagement dans l’électrification rurale déjà en cours, l’alimentation en électricité produite à partir des énergies renouvelables sera renforcée’’, ajoute le communiqué. Ce financement doit permettre d’alimenter plusieurs villages en énergie solaire par la construction d’une centrale photovoltaïque ou d’un parc éolien, indique la même source. ’’Dans un pays où la grande majorité des familles dépend du charbon de bois pour se préparer un repas chaud, souligne le gouvernement allemand, une mesure pareille contribue à la protection de la forêt au Sénégal’’. Dans le domaine du microcrédit, Berlin affirme qu’elle veut ‘’offrir à plus d’hommes et de femmes la possibilité de développer leurs propres activités économiques’’. Il est prévu, avec ce financement, la création d’une ‘’banque de distribution de microcrédits’’ au Sénégal, en vue d’‘’atteindre plus de clients dans le monde rural’’.
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ECOSEN DJaM : Peux-tu te présenter ? Yadwane Ngom : Je m’appelle Yadewane Ngom et je suis né le 4 août 1952. E. D. : Depuis quand fais-tu parti du GIE ? Y. N. : Avec le commissaire aux comptes, nous faisons parti du NQEL JAB depuis 2002. E. D. : Quel est ton rôle ? A-t-il toujours été le même ? Y. N. : Je suis Trésorier Général depuis 2002 : j’ai été nommé car j’avais déjà eu des expériences de trésorier par le passé. E. D. : En quoi consiste-t-il ? Y. N. : Je suis responsable de la gestion de l’argent et des relations avec la banque. E. D. : Comment sont gérés les comptes du GIE ? Y. N. : Nous faisons des réunions groupe par groupe pour savoir comment prêter l’argent. Le groupe décide à quels membres doit être prêté l’argent. Certains groupes commencent à pouvoir faire leurs emprunts eux-mêmes car ils ont atteint un certain montant d’épargne. Il y en a 5 exactement: E. D. : Quelles sont les principales difficultés que tu rencontres au quotidien ? Les déplacements sont très difficiles car certains groupes sont à 2 ou 4 kilomètres et quand je leur rends visite, je dois y passer la nuit. E. D. : Quelles sont les principaux changements que tu as pu remarquer depuis la création du GIE ? Y. N. : Il y a eu beaucoup de changements. La collaboration de Julien nous a beaucoup soutenus : sans lui, le groupe ne pourrait pas avoir ce niveau. Il a apporté des classeurs qui sont des outils de gestion pour chaque groupe : ils nous permettent de voir chaque mois où le groupe en est et également d’avoir une transparence sur nos activités. E. D. : Trouves-tu cette évolution positive ? Y. N. : Le GIE NQEL JAB a pris une bonne orientation. E. D. : Que penses-tu d’ECOSEN et de son partenariat avec le GIE NQEL JAB ? Trouves-tu que la venue de voyageurs au village est favorable pour le développement du village ? Y. N. : Depuis que nous avons commencé à travailler avec ECOSEN, l’organisation de nos groupes s’est améliorée. E. D. : Que souhaites-tu pour le futur du GIE NQEL JAB et d’ECOSEN? Nous souhaitons travailler main dans la main et aller le plus loin possible. ECOSEN est notre partenaire privilégié et nous souhaitons que cela dure. Nous ne cherchons pas d’autres partenaires, celui-ci marche très bien. Propos Recueillis par Natacha Bordier.
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ECOSEN DJaM : Peux-tu te présenter ? Khangel Ngom : Je m’appelle Khangel Ngom. E. D. : De quel groupe fais-tu parti ? Depuis quand fais-tu parti du GIE ? K. N. : Je fais parti du groupe Mbin Niar. J’ai rejoint le GIE NQEL JAB en 2000. Avant, je faisais des travaux saisonniers à Mbour et à Dakar (laver le linge, aide-ménagère…), comme le font les jeunes aujourd’hui. E. D. : Peux-tu me décrire tes activités dans ton groupe ? K. N. : Au début, j’ai acheté des arachides, des haricots, du mil et quelques fois du petit bétail pour faire du commerce. Aujourd’hui, je m’occupe d’un poulailler et je fais du petit commerce à côté. E. D. : Quel est ton rôle au sein de ton groupe ? En quoi consiste-t-il ? K. N. : Depuis mars 2008, je m’occupe de gérer un poulailler qui a démarré en octobre. (n.b : il y a 3 poulaillers). La gestion du poulailler est un travail bénévole. Nous gérons le poulailler et la vente en collaboration avec Yadwane. L’objectif est d’être autonome quand nous maîtriserons la gestion. E. D. : Depuis que vous avez commencé le poulailler, l’activité a-t-elle augmenté ? Avez-vous plus de volailles ? K. N. : Depuis que nous avons commencé, l’activité a augmenté : en octobre 2008, nous avions 78 poulets et aujourd’hui, nous en avons 100. E. D. : Comment assurez-vous la vente de votre production ? K. N. : De temps en temps, nous les vendons au marché, d’autres fois, ce sont des gens qui viennent au village qui achètent. Nous avons actuellement eu un début de partenariat avec la mission catholique Marie Médiatrice qui nous a acheté notre dernière production. E. D. : Quelles sont les principales difficultés que tu rencontres au quotidien ? K. N. : La vente des poulets n’est pas toujours facile car nous n’avons pas d’acheteur fixe. E. D. : Qu’est ce que cette activité t’apporte ? K. N. : Avant le poulailler, il y avait ECOSEN et le microcrédit pour faire du petit commerce. E. D. : Quelles sont les principaux changements que tu as pu remarquer depuis la création du GIE ? K. N. : Ca a changé : la pauvreté a diminué. Le microcrédit permet d’avoir de l’argent sans aller faire les travaux saisonniers en ville. E. D. : Que penses-tu d’ECOSEN et de son partenariat avec le GIE NQEL JAB ? K. N. : J’en pense du bien et de la paix : j’espère que ce partenariat ira de l’avant. E. D. : Trouves-tu que la venue de voyageurs au village est favorable au développement du village ? E. D. : Que pouvez-vous souhaiter pour l’avenir de nos organisations ? K. N. : Je demande et souhaite la santé, la paix et une longue vie, que la richesse et la chance augmentent pour nos deux organisations. Propos Recueillis par Natacha Bordier.
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Article publié dans La Presse du 26 Septembre 2009 Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a insisté samedi à New York sur l'urgence de la lutte contre la faim, rappelant que la malnutrition s'était aggravée dans le monde depuis 2008. «Il y a dans le monde plus de nourriture que nécessaire, et pourtant plus d'un milliard de gens ont faim», a souligné M. Ban lors d'une réunion organisée pour suivre les engagements du G8 de L'Aquila (Italie) en juillet dernier. Les pays les plus riches avaient alors promis de consacrer 20 milliards de dollars sur trois ans au développement agricole dans les pays où sévit la malnutrition. Cette initiative a été lancée par le gouvernement américain, qui y contribuera à hauteur de 3,5 milliards de dollars. Elle fait suite à un premier engagement d'un milliard d'euros de la part de la Commission européenne en 2008 et à un autre engagement de la même somme de la part de l'Espagne. Ces différentes tentatives de soulager la crise alimentaire tentent de répondre à la hausse spectaculaire des prix de la nourriture survenue au début de 2008. «Nous devons nous assurer que l'argent sera dépensé rapidement et efficacement», a lancé M. Ban devant un parterre d'experts, d'organisations non gouvernementales et de ministres représentant quelque 130 pays. Selon l'ONU, la production agricole devra augmenter de 50% pour nourrir la population de la Terre dans 20 ans. Et le réchauffement du climat va compliquer ce défi: les experts des Nations unies estiment que chaque degré supplémentaire de température moyenne à la surface de la Terre conduira à une baisse de 10% de la production agricole. La secrétaire d'État, Hillary Clinton, a en outre souligné lors de la réunion la baisse des fonds mondiaux attribués au développement agricole, au profit de l'aide alimentaire d'urgence. Les délégués ont cependant entendu samedi l'exemple encourageant du Rwanda, présenté par son président Paul Kagame. L'effort d'irrigation, d'accès au micro-crédit des paysans, de développement de débouchés locaux a permis «d'avoir depuis trois ans une production excédant les besoins», a-t-il rapporté. Selon le gouvernement, 95% des foyers rwandais atteignent désormais le niveau recommandé par les Nations unies de 2100 calories par jour et par personne.
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Article paru dans Le Soleil du 1er Avril 2009 De plus en plus, l’espace de la micro-finance s’enrichit de nouveaux acteurs, offrant ainsi aux usagers plus de possibilités d’accès aux crédits. Certains, reconnaissant l’importance du rôle de ces institutions, considèrent cependant que les taux appliqués restent encore élevés. Le paysage de la micro-finance s’est considérablement développé en l’espace d’une quinzaine d’années. En 2006, les institutions de micro-finance avaient mobilisé une épargne de 70 milliards de francs Cfa. Leur multiplication a permis aux populations, surtout urbaines, de voir leurs offres de services s’élargir. Poussant ces institutions non seulement à diversifier leurs offres, mais également à assouplir les conditions des prêts pour faire face à la concurrence de plus en plus rude. Au Pamecas par exemple, il faut être adhérent et avoir épargné pendant un certain temps -généralement trois mois-, pour pouvoir prétendre à un prêt. La condition demeure, mais elle est assouplie. « Après avoir ouvert un compte, le client peut prétendre aussitôt à un crédit s’il dispose dans son compte du quart du montant sollicité », renseigne M. Gassama, en faisant remarquer toutefois que le demandeur doit présenter des garanties. Lesquelles, précise-t-il, sont très souples. « Si vous avez un frère salarié ou exerçant une activité qui peut se porter garant pour vous, on vous accorde un prêt si votre projet est bon », ajoute Moussa Gassama. DES EXIGENCES ASSOUPLIES En revanche, des structures comme Acep ou Microcred prennent seulement en compte l’activité économique. « L’épargne préalable n’est pas une obligation pour obtenir un crédit. Néanmoins, l’ouverture d’un livret d’épargne est obligatoire pour accéder aux autres produits et services », dit Mme Aïssatou Faye Fall de Microcred, la responsable marketing et communication. Souleymane Sarr de l’Acep dit la même chose. « Si vous avez une activité économique, vous pouvez bénéficier d’un prêt chez nous. » Mais avant d’accorder un prêt, ces deux structures font une enquête sur le terrain, en plus de l’entretien avec le demandeur. « C’est pour un complément d’information seulement », rassure Mme Fall qui note l’exigence de résidence de l’emprunteur d’au moins six mois au lieu de son activité et d’innocuité de celle-ci à l’environnement. « Ce dernier point est très important pour Microcred », insiste-t-elle. Le montant du crédit est déterminé par la nature et l’importance de l’activité. Il diffère suivant les structures. Les sommes prêtées peuvent aller de 25.000 francs à des dizaines de millions. A titre d’exemple, elles sont comprises entre 25.000 francs Cfa à 3 millions de francs pour les caisses de base au Pamecas, c’est-à-dire les caisses de proximité. Alors qu’elles sont de l’ordre de 100.000 à 5 millions francs Cfa à Microcred. Le taux d’intérêt constitue un autre élément de différenciation. A ce niveau, il est difficile d’avoir une idée réelle sur les taux appliqués, peut-être pour des raisons de stratégies commerciales. Une chose est cependant sûre, toutes les institutions de microcrédit respectent la législation en la matière. Les taux appliqués sont loin du taux plafond qui est de 27 %. Malgré tout, le chef de l’Etat trouve ce taux usurier. « Nous avons des charges à supporter, ce qui justifie le taux d’intérêt que nous appliquons qui est d’ailleurs dégressif », explique Moussa Gassama. Sans compter les prêts non remboursés que les structures de micro-finances doivent supporter, ajoute-t-il. VIEUX DEBAT SUR LE TAUX D’INTERET Sur ce point, les institutions de micro-finance ont su développer une approche novatrice basée sur la concertation, la conciliation et, dès fois, le rééchelonnement. « A chaque fois que nous avons un client qui n’honore pas ses engagements, nous essayons d’en voir les raisons », indique Souleymane Sarr. En ajoutant « nous privilégions le règlement à l’amiable pour permettre au client de se tirer d’affaire ». La même philosophie sous-tend la démarche de Pamecas qui a une méthode originale pour faire rembourser les mauvais payeurs ou les « récalcitrants ». Si un client reste quelques mois sans payer, sa photo est affichée au siège de la caisse où il avait effectué le prêt. « Ça marche si bien que certains se plaignent de la méthode », indique le chef du service social et communication, en insistant sur le fait que les agents de sa structure n’y ont recours qu’en dernier lieu. Destinées à un certain public, les institutions de micro-finance ont vu leur clientèle s’élargir. Presque toutes les couches socioprofessionnelles ont recours à leurs services, avec une place de choix pour les femmes. Celles-ci représentent plus de 52 % de la clientèle et sont « souvent plus aptes à conduire un entreprenariat fécond ». « Elles ne sont pas moins de 72.000 femmes qui bénéficient de nos services », dit Mouhamet Ndiaye du Crédit mutuel sénégalais. A côté de cette catégorie de clients, il y a les agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, l’artisan, le petit commerçant installé au coin de la rue, etc. Les fonctionnaires font actuellement partie de leur clientèle. « Il y en a même certains qui ont domicilié leur salaire chez nous », révèle M. Ndiaye. Aujourd’hui, pour satisfaire une clientèle qui grandit de jour en jour, les institutions de micro-finances densifient leur réseau par une politique de maillage du territoire national. Dans toutes les régions du Sénégal, on trouve une caisse d’épargne et de crédit de proximité. S’y ajoute une diligence dans le traitement des dossiers et un service d’accueil qui inspire confiance aux usagers. « Nous avons une charte pour l’accueil des clients, mais aussi nous tenons beaucoup à l’image de nos agences », déclare M. Ndiaye du Cms. « Nos grand-mères n’ont plus peur de s’arrêter ou d’entrer dans une institution financière », renchérit Moussa Gassama. Une politique qui s’insère dans la Lettre de politique sectorielle de la micro-finance. Mamadou GUEYE et Amadou Maguette NDAW
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Article paru dans SosFaim.be du 15 Janvier 2009 La Fédération paysanne sénégalaise FONGS. Le 9 février dernier, à Dakar, au Sénégal, le musicien Youssou N’Dour a inauguré une société de microcrédit « Birima », du nom d’un roi sénégalais du XIXe siècle. L’objectif de l’institution Birima, soutenue par la marque de vêtements Benetton dans le cadre de sa nouvelle campagne « Africa works », est d’offrir des services financiers adaptés et - dans la mesure du possible sans garantie - aux PME et aux commerçants dont les besoins ne sont couverts ni par les banques, ni par les institutions de microfinance. Le lancement de ce projet ambitieux nous donne l’occasion de revenir sur les activités de microfinance au Sénégal avec Mass Gning, responsable microcrédit à la FONGS, fédération paysanne sénégalaise. Comment la FONGS a-t-elle accueilli l’initiative de Youssou N’Dour ? Nous pensons que c'est une bonne idée. Elle contribue à la diversification des acteurs du monde de la microfinance, que ce soit en milieu urbain ou en milieu rural. Vous ne trouvez pas ça gênant que des grandes compagnies internationales comme Benetton ou des artistes s’investissent dans le secteur de la microfinance, qui nécessite pourtant une expertise pointue ? Je pense que Youssou N'Dour sait où il va. Il s'est certainement entouré de personnes compétentes pour mettre en place Birima. Mais, dans le cadre de la mise en œuvre des microcrédits, il aura certainement besoin d'un accompagnement organisationnel, technique, institutionnel et peut-être financier afin d'atteindre ses objectifs. Et Benetton ? Il s'agit tout de même d'une grande compagnie internationale, plutôt ancrée dans le secteur de la mode. Le fait qu'une société commerciale, connue par sa marque de vêtements, s'investisse dans le secteur de la microfinance peut-il causer des dérives ? Bien sûr. Tout dépend des objectifs qu'ils visent et des stratégies qu'ils vont mettre en œuvre. Je pense que le fait d'être acteur dans un certain domaine n'interdit pas de travailler dans d'autres domaines. Si Benetton s'intéresse à la microfinance, c'est parce qu'ils ont certainement des objectifs très précis à leur niveau. Je ne pense pas qu'ils mélangeront leurs différentes activités…. Birima a pour ambition d’offrir des crédits sans garantie réelle et sans épargne préalable mais seulement en se fondant sur la parole de la personne ou du groupe qui fait une demande de crédit. N'est-ce pas un peu risqué ? En effet, la structure de Birima ne permet pas un partage des risques par rapport aux crédits. L'absence d'épargne préalable n'encourage pas la participation des différents clients à la vie de l'institution. Si les clients réussissent à épargner, ils participent à la prise des risques et cela leur permet de toujours réfléchir à ce qui peut promouvoir l'institution ainsi que ses activités. Le partage des risques et la participation des membres à la vie de l'institution sont deux facteurs de réussite importants en microfinance. N-y-t-il pas un risque que l’absence de garantie préalable désengage les emprunteurs de l’obligation de rembourser, créant pas là un effet boule de neige, ce qui mettrait en danger la viabilité des institutions de microfinance ? En effet, si les gens décident de ne pas rembourser leurs crédits, ils ne prennent pas de risques par rapport à une garantie qui, en l'espèce, n'a pas été mise en jeu. Les gens ne vont pas se sentir responsables de quoi que ce soit. Ils peuvent se dire "moi, j'ai déjà pris un crédit, je suis servi, le reste, ce n'est pas mon problème". Ce genre de raisonnement, pouvant être facilité par la démarche de Birima, pourrait avoir des conséquences sur les procédures et les mécanismes mis en place par d'autres acteurs. En ce qui nous concerne, nous ne courons pas trop de risques car nous sommes présents en milieu rural. Ce sont surtout les acteurs du milieu urbain qui pourraient être pénalisés. Toutefois, la majorité d'entre eux ont mis en place des mécanismes qui leur permettent de partager les risques avec leurs sociétaires. En fait, les risques reposeront surtout sur Birima. L'effet pervers de l'engagement de grandes compagnies internationales dans des activités revêtant une dimension sociale se situe peut-être à ce niveau là. C'est parce que Benetton peut engager de gros moyens financiers que Birima prend des risques que ne prennent pas les autres institutions de microfinance ? Dans le cadre de la stratégie de la FONGS, nous ne créons pas de structures pour les gens. Nous pensons plutôt qu’il faut accompagner ces personnes qui ont des idées, en les aidant à créer leurs propres structures. Certes, la mobilisation de ressources additionnelles est souvent nécessaire mais chacun doit se sentir responsable par rapport au remboursement et aux risques encourus. Est-ce qu'il y a déjà eu des initiatives de ce genre en milieu rural ? Je n'en connais pas pour le moment. Mais j’espère que Youssou N'Dour sera sollicité pour lancer le même genre d'initiatives en milieu rural. La FONGS serait-elle prête à collaborer avec ces nouveaux acteurs qui disposent de moyens financiers importants ? Pensons par exemple à l'offre de crédits d'investissements à long terme, qui sont les plus difficiles à mettre en œuvre car il s'agit de sommes importantes ? Moi, je suis toujours motivé pour collaborer avec des gens qui ont une stratégie claire et dont les objectifs collent avec les miens. Les conditions sont toujours à négocier. Il est clair que certaines pratiques sociales de la microfinance doivent être respectées comme la participation et le partage des risques. En milieu rural, nous prenons des initiatives de développement depuis toujours. Nous savons que ce ne sont pas uniquement les crédits à court terme ou les petits crédits qui intéressent le monde rural. Mais comment réussir à financer les investissements en milieu rural ? C'est pourtant la seule façon de nous aider à bloquer le départ des jeunes pour l'Occident. Faciliter l'accès aux financements permettrait de fixer les populations dans leurs terroirs. Dans une interview, Youssou N’Dour souligne que la microfinance permet aux gens de conserver leur dignité, qu’elle donne une image positive de l’Afrique. C'est vrai ? C'est effectivement réel. Prenons un exemple concret. Trois familles d'agriculteurs vivent dans un village mais ne sont pas liées entre elles. La famille A vend des bœufs. Elle épargne l'argent au niveau de la caisse villageoise. La famille B, qui ne possède que sa production agricole, en vend une partie et épargne également à la caisse villageoise. La famille C demande un crédit. Si la famille C n'arrive pas à rembourser son crédit, elle met en jeu sa dignité. Mais si elle parvient à le rembourser, c'est une façon de renforcer sa dignité et de s'ancrer dans son village et son environnement.
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Article paru dans La Libre du 23 Septembre 2009 Caritas International apporte son appui à des associations de paysans pour accroître la sécurité alimentaire dans la province de Kinshasa. Sur le plateau des Bateke Caritas International aide des organisations paysannes à accéder au micro-crédit et au conseil, afin de travailler à la sécurité alimentaire de la province de Kinshasa. Le plateau des Bateke, vaste espace aux portes de la capitale congolaise, est peu fertile ("c’est essentiellement du sable, mais on peut y cultiver en apportant beaucoup d’engrais", explique le Pr. Eric Tollens de l’Université catholique de Louvain) mais offre des possibilités aux paysans que ses nouveaux habitants, de plus en plus nombreux, ne trouvent pas dans leurs provinces d’origine - Bandundu, Bas-Congo, Kasaï. Franck Nzeza a entendu parler des possibilités de recevoir du crédit et des conseils "lors d’une opération de sensibilisation. Je suis venu à la formation". Avec un crédit de 160 $, Franck a pu faire labourer et herser son champ par un tracteur loué à Caritas (et utilisé par 1600 ménages) pour planter des arachides et du manioc; il devra rembourser 168 $. "J’ai déjà payé 100$ grâce à la vente de 10 de mes 17 sacs d’arachides", qui a rapporté 500$. Et, surtout, "ma vie est meilleure". Faire faire le gros travail par un tracteur lui a en effet permis d’ensemencer une plus grande surface que son quart d’hectare habituel: un demi-hectare l’an dernier, un hectare entier cette année. Grâce à l’appui technique qu’il reçoit et aux intrants qu’il a pu et su acheter, il a augmenté son rendement. "Maintenant je paie facilement le minerval de mes trois enfants" (120 $ par enfant). "Et puis on mange mieux". La famille Nzeza mange maintenant de plus grandes quantités ( on mange deux fois par jour; avant c’était le soir seulement") et a pu varier son ordinaire de manioc et feuilles en y introduisant des abats "et même une cuisse de poulet de temps en temps", ajoute le paysan avec un sourire radieux. "Les enfants sont plus gros - même leurs yeux sont gros! ", rit-il. Après la récolte, il fera des buttes, pour accroître le rendement, et plantera du manioc et du maïs. Caritas participe aussi au financement de champs-école, cultivés collectivement une fois par semaine par des paysannes regroupées en association qui reçoivent, ce jour-là, les conseils d’un agronome. Elles ont ainsi appris à enrichir la terre avant de planter en y enfouissant les mauvaises herbes. Que l’éclaircissement des feuilles de manioc - aliment de base, ici - et la baisse de rendement de leurs champs 30 à 40% ) étaient dus à une maladie, la mosaïque, et non au mauvais sort qu’aurait jeté une voisine; elles savent désormais qu’elles doivent immédiatement arracher les plants malades, pour éviter la contamination de tout le champ et de ses voisins. La productivité de leurs champs personnels en est accrue. Autre initiative pour améliorer la sécurité alimentaire: l’élevage de poules. Bienvenu Mayo en est à sa première année; il a reçu l’aide financée par Caritas - une formation et des conseils techniques pour construire un poulailler, où abreuvoirs et mangeoires, suspendus pour éviter les maladies, sont en bambou - et un capital de départ d’une association de 17 paysans qui aide tour à tour l’un de ses membres, grâce à la solidarité de tous, et partage les bénéfices. Il a fait vacciner ses pondeuses (les vaccins sont achetés en bloc) et a bien vendu leurs œufs (ce qui n’est plus le cas lorsqu’un gros arrivage d’œufs chinois ou indiens inonde le marché de Kinshasa) mais l’achat d’aliments spéciaux lui coûte cher, pense-t-il. Pour le moment, son niveau de vie ne s’est pas amélioré. On espère que cela viendra avec le temps", ajoute-t-il, en précisant que l’élevage de cochons lui rapporte plus, les bêtes ne nécessitant pas d’aliments spéciaux. Marie-France Cros
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Article paru dans Le Monde du 24 Octobre 2009 En 2005, le Forum de Davos avait donné lieu à une scène très émouvante, très médiatisée aussi. Après un discours du président tanzanien décrivant les ravages du paludisme dans son pays, l'actrice Sharon Stone, invitée d'honneur, s'était levée et avait offert 10 000 dollars pour l'achat de moustiquaires. Elle avait exhorté le reste de l'assistance à l'imiter. En quelques minutes, 1 million de dollars avaient été collectés auprès de patrons de multinationales et de banquiers, autant troublés par la beauté dominatrice de cette déesse de l'humanitaire que par la justesse de la cause. Embrassades, remerciements, larmes, une vraie cérémonie de remise des Oscars à Hollywood. La suite est moins connue, moins reluisante aussi. La distribution gratuite de 300 000 moustiquaires a gravement perturbé le travail des organisations humanitaires présentes sur place, causé des dégâts collatéraux (marché noir, gaspillage, reconversion en filets de pêche), déclenché colère et incompréhension dans les régions voisines qui n'ont pas bénéficié de la mesure, enfin, elle a provoqué la ruine des fabricants locaux de moustiquaires et détruit des centaines d'emplois. Sharon Stone, Bono, Bob Geldof, toutes ces belles âmes défendant le noble combat de l'aide occidentale à l'Afrique, tous "ces militants de la morale", l'économiste zambienne Dambisa Moyo ne les aime guère. "La pop culture a donné une impulsion considérable à la conception erronée (selon laquelle) l'aide peut remédier à la pauvreté généralisée." C'est d'abord la colère qui traverse l'essai très dérangeant de Mme Moyo L'Aide fatale (éd. J.-C. Lattès, 250 p., 20 euros). Dérangeant par les thèses radicales qu'elle y défend et qui ont fait polémique à la sortie du livre aux Etats-Unis. Dérangeant aussi parce qu'on est habitué à ce que le discours économique sur l'Afrique soit tenu par des non-Africains, à ce qu'il soit monopolisé par les stars du rock, les économistes et les politiciens occidentaux, entre paternalisme et néocolonialisme, entre condescendance et mauvaise conscience. Un exemple parmi d'autres, Gordon Brown, alors chancelier de l'Echiquier, lançant en 2005 : "Nous vous aiderons à être en mesure de commercer. Il ne s'agit pas seulement de vous ouvrir la porte, mais de vous donner la force d'en franchir le seuil." C'est une conséquence de la crise des subprimes : les certitudes économiques de l'Occident ont été tellement ébranlées qu'on écoute un peu plus les voix venues d'ailleurs et un peu moins les guitares.Dambisa Moyo est née il y a quarante ans et a grandi en Zambie. Elle étudie la chimie à l'université de Lusaka, quand celle-ci ferme à la suite d'une tentative de coup d'Etat. Elle part aux Etats-Unis avec une bourse, travaille deux ans à la Banque mondiale à Washington avant d'aller à Harvard, puis à Oxford. Elle a été économiste chez Goldman Sachs, responsable de la recherche pour l'Afrique subsaharienne et a été désignée, cette année, par Time Magazine comme l'une des cent femmes les plus influentes de la planète. "L'aide a été et continue d'être un désastre total sur le plan politique, économique, et humanitaire." Malgré les 1 000 milliards de dollars versés au Continent, le revenu réel par habitant dans l'Afrique subsaharienne est inférieur à ce qu'il était dans les années 1970, plus de 700 millions d'Africains vivent avec moins de 1 dollar par jour, et le taux de pauvreté extrême est passé de 11 % à 66 %. L'espérance de vie stagne, un enfant sur sept meurt avant l'âge de 5 ans, l'alphabétisation est inférieure à ce qu'elle était en 1980 et près de la moitié des pays vit sous des régimes non démocratiques. Enfin, il y a seulement trente ans, le PIB par habitant du Malawi, du Burundi et du Burkina Faso dépassait celui de la Chine. L'aide a-t-elle été mal utilisée, a-t-elle été insuffisante ? Pas du tout, nous dit Mme Moyo. C'est l'aide elle-même qui a enfermé l'Afrique dans le piège de la pauvreté. C'est l'aide qui porte en elle le mal qu'elle prétend combattre. "Des millions de gens en Afrique sont plus pauvres aujourd'hui, à cause de l'aide internationale." Elle en décrit longuement les effets économiques dévastateurs. Corruption et irresponsabilité des gouvernements - l'aide arrive quoi qu'il arrive et elle est d'autant plus importante que les performances économiques du pays sont mauvaises ; épargne découragée au profit de la consommation ; inflation favorisée ; investisseurs privés étrangers évincés ; exportations étouffées par une sorte de "mal néerlandais", l'aide s'apparentant à la possession de matières premières. Les solutions ? Le recours aux marchés internationaux de capitaux, comme l'ont fait des pays émergents asiatiques ; le développement des intermédiaires financiers - notamment par le microcrédit - ; que l'Occident mette fin à ses subventions à l'agriculture et qu'il imite la politique chinoise du donnant-donnant en Afrique (investissements dans les infrastructures contre matières premières). Dérangeant, en effet. "Que se passerait-il, se demande Dambisa Moyo, si, l'un après l'autre, chaque pays d'Afrique recevait un coup de téléphone pour l'informer que dans exactement cinq ans les robinets de l'aide seront définitivement fermés ?" Le pire adviendrait-il ? Mais le pire est déjà là, nous rappelle-t-elle. A essayer cette thérapie de choc, l'Afrique n'a rien à perdre et tout à gagner. Excessive ? Peut-être. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que l'économiste Niall Ferguson, qui a préfacé le livre de Dambisa Moyo, a bien raison quand il réclame plus de Moyo et moins de Bono. Pierre-Antoine Delhommais
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ECOSEN DJaM : Comment t’appelles-tu ? ![]() E. D. : Comment a été créé ton groupe ? Comment avez-vous pu commencer vos activités ? ![]() E. D. : Quel est ton rôle au sein de ton groupe ? En quoi consiste-t-il ? S. N. : J’ai été élue présidente de notre groupe en 2005. Mon rôle consiste de faire savoir et rappeler aux autres membres que l’argent c’est celui de la banque et que quand tu le prends, il faut savoir le rembourser. Je contrôle les autres et je les incite à participer activement au groupe en montrant les avantages. Je les appelle aussi pour le recouvrement (les remboursements) et essaie de leur montrer l’importance et les changements que le groupe apporte (surtout au niveau du recouvrement). E. D. : Quelles sont les principales difficultés que tu rencontres au quotidien ? S. N. : Le principal problème est l’eau : nous avons nos propres terres mais nous n’avons pas de canaux hydrauliques pour amener l’eau. Sinon, toutes les femmes ici pourraient faire du maraichage. Un autre problème que nous rencontrons est l‘éclairage : le pétrole et la bougie coûtent chers. L’éclairage avec le soleil serait une bonne chose pour nous. Un moulin à mil nous permettrait également de faciliter notre travail quotidien : le mil est un travail très difficile : chaque semaine, chaque carré de famille doit piler le mil et ce sont les femmes qui le font. Il faut le piler à 3 reprises pour avoir du bon mil et le faire en quantité suffisante pour la semaine. Une machine pourrait faire de 100 à 200 kilos de mile par semaine. ![]() E. D. : J’ai entendu que vous aviez gagné un prix, peux-tu me raconter quel prix et pourquoi ? S. N. : Nous avons gagné un prix au Crédit Mutuel de Ndiaganiao car la banque a vu que nous étions sérieuses. En récompense, nous avons été invitées et sommes parties assister à la fête des 20 ans du Crédit Mutuel à Dakar. Nous avons également pu faire un crédit grâce à une convention. Ce crédit autorisé grâce au prix pouvait être supérieur à celui que nous pouvons normalement faire avec notre capital. Nous avons signé cette convention qui nous a permis d’avoir un crédit d’1,5 millions de Francs CFA. E. D. : Qu’est que cela vous a apporté ? S. N. : Avec cet argent, nous avons décidé ensemble de faire du petit commerce et de l’embouche. Le petit commerce, l’embouche et le maraichage sont les activités qui fonctionnent le plus. E. D. : Quelles sont les principaux changements que tu as pu remarquer depuis la création du GIE ? S. N. : Cela a beaucoup changé, car, à part les travaux pendant la période d’hivernage, nous n’avions pas d’activités le restant de l’année. Ma vie est mieux maintenant, pour les autres aussi : nous avons plus d’activité, donc plus de revenu, donc plus à manger. A côté de nos activités de microcrédit et de poulailler, nous avons aussi le projet d’accueil des voyageurs ECOSEN. Nous avons aussi pu avoir des greniers à mil grâce à de l’argent envoyé par le groupe Teranga. Cet argent a ensuite été distribué pour que chaque groupe créé un endroit pour stocker le mil avec un gérant. Nous avons acheté du mil, puis attendu pour le revendre plus cher. ![]() E. D. : Que penses-tu d’ECOSEN et de son partenariat avec le GIE NQEL JAB ? S. N. : Je pense que ce partenariat est une bonne chose. Nous souhaitons que cela aille loin. Nous attendons une aide concrète dans nos difficultés quotidiennes (eau, mil, argent…), quelque chose de concret de la part d’ECOSEN. E. D. : Trouves-tu que la venue de voyageurs au village est favorable pour le développement du village ? S. N. : Nous sommes content de la visite des voyageurs et qui sont des gens qui s’intéressent à nous. Je crois que c’est un moyen de développement pour le village. Pour améliorer notre accueil, nous aurions besoin de matériel ménager (marmite, bol, chaise, bâche…), du matériel de musique et des chaises, car nous sommes obligés de louer cela pour chaque manifestation. (ex : une chaise = 100 F CFA) Nous ne considérons pas les voyageurs comme des touristes mais comme des gens de la famille. Nous voudrions habiller chaque femme qui vient ici correctement mais notre caisse ne nous le permet pas. E. D. : Que pouvez-vous souhaitez pour l’avenir de nos organisations ? S. N. : Je prie pour que Dieu préserve l’unité de nos deux organisations.
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A l‛occasion de la fête de la Tabaski, Samba Gnane, le président du GIE NQEL JAB a interviewé un membre du GIE... Ali Niane du Groupe de travail Keynaak - le groupe des jeunes bergers... Pour la petite dédicace, nous souhaitons à “Jeff‛ on the Mix”, le fidèle cheval d‘Ali, une bonne saison sèche... ![]() - Combien êtes vous à Keynaak ?
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L'Organisation villageoise sénégalaise Nqel Jab (lire “Ngel Djab”), que nous appelons encore Concertation des Jeunes Architectes du Bien aura 10 ans le 30 septembre 2009. Notre ennemi collectif au village est encore là : le mal sous les visages du chômage, de la précarité des activités économiques (agriculture et élevage traditionnels) dépendant d'une nature devenue imprévisible Mais quelque chose est en train de changer au village et positivement : les Architectes du Bien de Nqel Jab sont convaincus maintenant par les faits, que s'ils se regroupent, travaillent et épargnent collectivement au niveau des institutions financières de la Place malgré la modestie de leurs revenus individuels, ils pourraient bénéficier de prêts pour réaliser des projets économiquement rentables. Nous sommes aussi convaincus qu'ils nous faut s'inscrire dans de nouveaux types d'activités économiques moins conditionnées par la nature : à l'image du projet ECOSEN que nous avons contribué à lancer, grâce à celui-ci la culture traditionnelle et la créativité locale sont encouragés, et permet dans le même temps aux membres de Nqel Jab de bénéficier d'un apport de fonds régulier et utile à leurs ambitions. L'aviculture est une activité économique rentable à la portée de l'expertise de nos membres qui viennent de mettre leurs premiers poulets de chair sur le marché local avec une première expérience bien réussie grâce à des fonds venus d'Architectes du Bien vivant en Belgique. Avec les Architectes du Bien, c'est un nouveau monde qui commence... Un monde d'abondance, de justice,de liberté et de paix... A bientôt Samba Gnane Président du GIE NQEL JAB
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Article paru dans LeSoleil du 13 Mai 2009 De plus en plus, l’espace de la micro-finance s’enrichit de nouveaux acteurs, offrant ainsi aux usagers plus de possibilités d’accès aux crédits. Certains, reconnaissant l’importance du rôle de ces institutions, considèrent cependant que les taux appliqués restent encore élevés. DES EXIGENCES ASSOUPLIES En revanche, des structures comme Acep ou Microcred prennent seulement en compte l’activité économique. « L’épargne préalable n’est pas une obligation pour obtenir un crédit. Néanmoins, l’ouverture d’un livret d’épargne est obligatoire pour accéder aux autres produits et services », dit Mme Aïssatou Faye Fall de Microcred, la responsable marketing et communication. Souleymane Sarr de l’Acep dit la même chose. « Si vous avez une activité économique, vous pouvez bénéficier d’un prêt chez nous. » Mais avant d’accorder un prêt, ces deux structures font une enquête sur le terrain, en plus de l’entretien avec le demandeur. « C’est pour un complément d’information seulement », rassure Mme Fall qui note l’exigence de résidence de l’emprunteur d’au moins six mois au lieu de son activité et d’innocuité de celle-ci à l’environnement. « Ce dernier point est très important pour Microcred », insiste-t-elle. Le montant du crédit est déterminé par la nature et l’importance de l’activité. Il diffère suivant les structures. Les sommes prêtées peuvent aller de 25.000 francs à des dizaines de millions. A titre d’exemple, elles sont comprises entre 25.000 francs Cfa à 3 millions de francs pour les caisses de base au Pamecas, c’est-à-dire les caisses de proximité. Alors qu’elles sont de l’ordre de 100.000 à 5 millions francs Cfa à Microcred. Le taux d’intérêt constitue un autre élément de différenciation. A ce niveau, il est difficile d’avoir une idée réelle sur les taux appliqués, peut-être pour des raisons de stratégies commerciales. Une chose est cependant sûre, toutes les institutions de microcrédit respectent la législation en la matière. Les taux appliqués sont loin du taux plafond qui est de 27 %. Malgré tout, le chef de l’Etat trouve ce taux usurier. « Nous avons des charges à supporter, ce qui justifie le taux d’intérêt que nous appliquons qui est d’ailleurs dégressif », explique Moussa Gassama. Sans compter les prêts non remboursés que les structures de micro-finances doivent supporter, ajoute-t-il. VIEUX DÉBAT SUR LE TAUX D’INTERET Sur ce point, les institutions de micro-finance ont su développer une approche novatrice basée sur la concertation, la conciliation et, dès fois, le rééchelonnement. « A chaque fois que nous avons un client qui n’honore pas ses engagements, nous essayons d’en voir les raisons », indique Souleymane Sarr. En ajoutant « nous privilégions le règlement à l’amiable pour permettre au client de se tirer d’affaire ». La même philosophie sous-tend la démarche de Pamecas qui a une méthode originale pour faire rembourser les mauvais payeurs ou les « récalcitrants ». Si un client reste quelques mois sans payer, sa photo est affichée au siège de la caisse où il avait effectué le prêt. « Ça marche si bien que certains se plaignent de la méthode », indique le chef du service social et communication, en insistant sur le fait que les agents de sa structure n’y ont recours qu’en dernier lieu. Destinées à un certain public, les institutions de micro-finance ont vu leur clientèle s’élargir. Presque toutes les couches socioprofessionnelles ont recours à leurs services, avec une place de choix pour les femmes. Celles-ci représentent plus de 52 % de la clientèle et sont « souvent plus aptes à conduire un entreprenariat fécond ». « Elles ne sont pas moins de 72.000 femmes qui bénéficient de nos services », dit Mouhamet Ndiaye du Crédit mutuel sénégalais. A côté de cette catégorie de clients, il y a les agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, l’artisan, le petit commerçant installé au coin de la rue, etc. Les fonctionnaires font actuellement partie de leur clientèle. « Il y en a même certains qui ont domicilié leur salaire chez nous », révèle M. Ndiaye. Aujourd’hui, pour satisfaire une clientèle qui grandit de jour en jour, les institutions de micro-finances densifient leur réseau par une politique de maillage du territoire national. Dans toutes les régions du Sénégal, on trouve une caisse d’épargne et de crédit de proximité. S’y ajoute une diligence dans le traitement des dossiers et un service d’accueil qui inspire confiance aux usagers. « Nous avons une charte pour l’accueil des clients, mais aussi nous tenons beaucoup à l’image de nos agences », déclare M. Ndiaye du Cms. « Nos grand-mères n’ont plus peur de s’arrêter ou d’entrer dans une institution financière », renchérit Moussa Gassama. Une politique qui s’insère dans la Lettre de politique sectorielle de la micro-finance. Mamadou GUEYE et Amadou Maguette NDAW
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Article publié dans Le Monde du 25 Avril 2008 Le grand entretien Depuis plus de trente ans, Muhammad Yunus propose, avec un réel succès, l'accès au crédit pour les plus démunis. A l'heure de la crise du système bancaire et des émeutes de la faim, l'économiste bangladais, Prix Nobel de la paix en 2006, pointe les limites et les failles du capitalisme, et préconise un modèle d'entreprise sociale, qui n'exclurait plus de la vie économique la majeure partie de l'humanité. Elle s'appelait Sufiya Begum. Au début des années 1980, elle vivait dans une maison de terre, à la campagne, au Bangladesh. Elle fabriquait de jolis tabourets en bambou. Son mari, journalier, gagnait l'équivalent de quelques centimes d'euros par jour. Ne possédant pas d'argent, Sufiya Begum vendait tous ses tabourets à un commerçant, qui les lui échangeait contre 25 cents et un peu de bambou – c'était son prix. Un jour, Muhammad Yunus vient la trouver, étonné qu'elle gagne si peu. A cette époque, après des études économiques aux Etats-Unis, le professeur Yunus doute. En 1974-1975, le Bangladesh a été ravagé par une terrible famine, et, raconte-t-il, il trouvait alors "de plus en plus difficile d'enseigner d'élégantes théories économiques sur le fonctionnement supposé parfait des marchés libres, tandis que la mort ravageait [son] pays". Il décide d'agir, bien déterminé à endiguer la pauvreté dans la région de Jobra. Il ne comprend pas pourquoi elle est endémique. En discutant avec Sufiya Begum, il réalise ce qu'il se passe. "Cette femme était étranglée par son prêteur. Il la condamnait à une sorte d'esclavage. Elle lui donnait toute sa collection de tabourets pour 25 cents, juste parce qu'elle ne pouvait acheter le bambou. Il lui manquait un crédit. J'ai mené une enquête. Quarante-deux villageois dépendaient des prêteurs. Tous auraient pu vivre de leur activité, avec un petit investissement. Il leur fallait, en tout, 27 dollars. Je les avais en poche…" Les idées fondatrices de la Grameen Bank et du microcrédit sont nées de ces rencontres. Aujourd'hui, après vingt-cinq ans d'existence, la Grameen Bank et les institutions de microcrédit à travers le monde ont aidé à sortir de la pauvreté 150 millions de personnes. Le professeur Yunus a obtenu, avec la Grameen Bank, le prix Nobel de la paix en 2006. Depuis plusieurs années, il développe une nouvelle initiative : l'"entreprise sociale ". Il s'agit de lancer des activités économiques rentables mais dont l'objectif est d'apporter un bénéfice social aux exclus du monde économique. Ainsi a-t-il créé au Bangladesh, avec Franck Riboud, le PDG de Danone, la société Grameen Danone Foods qui vend aux habitants de Bogra des yaourts frais à bas prix, qu'ils voudraient servir dans des coques comestibles – et vitaminées. L'initiative permet de lutter contre la malnutrition et les carences alimentaires et d'offrir des emplois locaux. Si elle fonctionne, elle sera étendue à tout le pays. "Ce genre de petite entreprise sociale pourrait se généraliser, explique le professeur Yunus. Elle ouvre un nouveau type de marché, attentif à la pauvreté et aux besoins réels, qui va peut-être changer nos fondamentaux économiques." Nous avons rencontré Muhammad Yunus à Paris, alors que le système mondial du crédit traverse une crise historique et que plusieurs grandes banques se sont effondrées. La peur de la récession gagne les Etats-Unis et des dizaines de milliers d'Américains se retrouvent poussés à la rue par les organismes prêteurs. Qu'en pense le fondateur de la Grameen Bank, où les taux de remboursement dépassent les 95 % ? Comment expliquez-vous cette gigantesque crise du crédit populaire qui ébranle l'ensemble du système financier ? L'avez-vous vu venir ? Dans l'affaire des subprimes, la crise est inhérente au fonctionnement du monde financier et bancaire. Les principes mêmes de crédit, les garanties exigées, les primes de risque réalisées sur le dos des moins solvables ont révélé combien ce système ne sait pas prêter aux pauvres. La faute revient donc d'abord aux banques. Elles ont prêté beaucoup d'argent en multipliant les fausses promesses. Elles se sont montrées très agressives dans leur publicité. Elles proposaient aux gens des offres fantastiques, assuraient que les plus modestes pourraient rembourser sur la durée. En fait, les crédits devenaient de plus en plus lourds. C'est la logique du système financier. Les pauvres doivent être mis sous pression pour rembourser. A la Grameen Bank, nous faisons l'inverse. Nous ne demandons pas de garantie pour prêter de l'argent. Nous n'étranglons pas les gens en pratiquant des taux exorbitants. Nous avons inversé le principe même du crédit. Chez nous, moins vous avez, plus vous nous intéressez. Si vous n'avez rien, alors vous êtes prioritaires. Et ça marche ! Notre taux de remboursement est supérieur à 95 %, comparez ! Les subprimes, les dettes transformées en produits financiers, l'aveuglement face à la situation des ménages les plus pauvres : comment en sommes-nous arrivés là ? Le système financier cherche toujours le meilleur rendement, il est emporté par sa propre logique, les subprimes, les titres, les hedge funds… La seule voix qui se fait entendre sur le marché est la maximisation des profits. La vente des crédits consentis en titres financiers et créances hypothécaires, la création et les échanges d'actifs bancaires sans solvabilité ont accéléré la crise. De grandes banques, de grandes sociétés les ont utilisés pour se couvrir à l'heure des bilans. Le système est aveugle à toute autre considération que le profit. Aujourd'hui, les médias font leurs gros titres sur les sommes colossales perdues par les banques, tout cet argent dilapidé, ces patrons démis de leurs fonctions… Mais j'entends très peu parler des familles qui ont été dupées par les offres inadaptées des banques, qui se retrouvent poussées à la rue, poursuivies par les créanciers, ces centaines de milliers de gens qui les ont crues. Vous remettez en cause le principe même de l'octroi du crédit sous garantie, fondement de la théorie économique classique et du fonctionnement financier… En effet, je critique le dogme selon lequel des prêts ne peuvent être accordés sans garantie, surtout aux plus pauvres. Tous les banquiers défendent ce principe sans même l'analyser. Quand nous avons commencé, en 1983, ils nous disaient : "Vous gaspillez votre argent. Vous ne serez jamais remboursé. Votre système va s'écrouler." Mais c'est leur système qui s'écroule aujourd'hui. Depuis vingt-cinq ans, la Grameen Bank et les institutions du microcrédit ont distribué 6 milliards de dollars à 150 millions de familles, sans demander de garantie. Notre banque réalise des profits, comme toute banque bien gérée. Elle n'a pas eu recours à des dons depuis 1995. Elle fonctionne en collaboration avec 10 000 institutions de crédit dans le monde. Selon une enquête récente, 64 % de ceux qui nous ont emprunté pendant cinq ans sont sortis de la pauvreté chronique. Notre initiative constitue une opportunité pour ajuster l'ensemble du système financier. Il devrait permettre de penser un nouveau genre de crédit qui ne laisse personne de côté. Les principes actuels du système bancaire interdisent à la moitié de la population mondiale de participer à la vie économique. Pas seulement dans les pays du Sud, mais aux Etats-Unis et en Europe aussi. Les banques traditionnelles demandent aux gens d'être solvables avant même de leur prêter de l'argent. Mais alors à quoi servent-elles, si elles ne les aident pas à sortir d'une situation difficile, à créer de la valeur, du travail ? Les banques demandent tous les jours à leurs avocats de coincer leurs clients. Nous n'avons pas de juristes dans notre système. Nous n'en avons pas besoin. On mesure combien la théorie économique dominante présente plusieurs angles morts. Lesquels vous semblent-ils les plus dangereux ? Les banques et les financiers refusent d'entendre que prêter aux pauvres permet de créer des emplois et de générer des revenus. Ils ne reconnaissent pas une famille ou un ménage comme une unité de production dynamique. Ils ne voient pas qu'une activité indépendante – échoppe de rue, service de réparation, barbier, retoucheur, petit artisan itinérant, tout ce qu'on appelle le " secteur informel " – constitue un véritable travail, et même une source d'emploi qui doit être encouragée par le crédit. La littérature économique fait l'impasse sur cette donnée majeure de l'activité humaine, le travail indépendant, qui est le premier moyen de gagner sa vie. Les responsables économiques considèrent l'emploi comme salarié uniquement, ils attendent des entreprises qu'elles embauchent. Si elles ne le font pas, le chômage s'installe. Voilà la logique actuelle du capitalisme. Pourquoi les gens devraient-ils attendre d'être employés ? Pourquoi ne pas les aider à créer leur propre activité ? Les pauvres du Sud n'attendent pas que des grandes entreprises les rémunèrent. Ils n'espèrent pas tout de la politique d'emploi et des allocations-chômage. Ils doivent nourrir leur famille, ils font une multitude de travaux utiles, petit commerce, service de réparation, tailleur… Regardez l'intense activité qui règne dans les rues des villes asiatiques les plus pauvres, et comparez avec les vôtres ! Il faut soutenir cette énergie avec le crédit populaire, lui donner des outils économiques… Vous dites qu'en Europe et aux Etats-Unis, nous sommes enfermés dans une politique d'emploi et de crédit élitaire et étriquée. Expliquez-nous… Récemment, un ami américain me racontait qu'il avait traversé les régions pauvres des Etats-Unis, les villes frappées par les licenciements et le chômage. Il décrivait des quartiers déserts, des rues mortes, des maisons inoccupées, des bureaux et des usines fermées, partout. Il se demandait comment les habitants parvenaient à survivre. Voilà à quoi mène la logique du travail salarié, la politique de l'emploi unique. Quand cet ami a visité le Bangladesh, infiniment plus pauvre que les Etats-Unis, il a découvert combien n'importe quel coin du pays, à la ville, la campagne, grouille d'activités "informelles". Sur la moindre parcelle inoccupée, on trouve des cabanes où l'on vend de tout, des légumes, des outils, de l'électronique… Dans pratiquement toutes les maisons, les cours, les jardins, les gens trient leur récolte, fabriquent, soudent, réparent. Dans l'Occident riche, vous ne proposez qu'un seul type d'emploi, salarié, pour un patron, une entreprise. Entendez-moi bien : je soutiens toute forme d'embauche et d'industrie, toute politique de l'emploi. Mais ne promouvoir que le salariat me semble terriblement limité. Voir seulement l'homme comme un être recherchant une paie me semble une conception étroite de l'humain. C'est une forme d'esclavage. D'esclavage ? Aujourd'hui, dans les pays du Nord, chaque enfant travaille dur à l'école pour obtenir un bon travail. C'est-à-dire un bon salaire. Adulte, il travaillera pour quelqu'un, deviendra dépendant de lui. L'être humain n'est pas né pour servir un autre être humain. Un travailleur indépendant, qui tient une échoppe par exemple, travaille quand il en a besoin. Si certains jours il ne veut pas travailler, il le peut. Il a fait sa journée, il profite un peu de la vie. Il n'a personne à prévenir s'il a une heure de retard. Il ne s'inquiète pas de perdre une partie de son salaire. Quand nous étions des chasseurs-cueilleurs, nous n'étions pas des esclaves, nous dirigions nos existences. Des millions d'années plus tard, nous avons perdu cette liberté. Nous menons des vies rigides, calées sur les mêmes rythmes de travail tous les jours. Nous courons pour nous rendre au travail, nous courons pour rentrer à la maison. Cette vie robotique ne me semble pas un progrès. Avec le salariat, nous avons glissé de la liberté d'entreprendre et d'une certaine souplesse de vie vers plus de rigidité. J'ai un salaire, un patron, je dois faire mon job que cela me plaise ou non, car je suis une machine à sous. C'est là le danger global des structures économiques actuelles, de la théorie dominante. L'homme est considéré comme un seul agent économique, un employé, un salarié, une machine. C'est une vision unidimensionnelle de l'humain. Le salariat devrait rester un choix, une option parmi d'autres possibilités. Le "secteur informel" n'a pas bonne réputation dans la littérature économique des pays riches… C'est un terme dégradant. Ce secteur n'est jamais encouragé ; au contraire, on l'entrave avec des règlements, des patentes, des impôts. Je suggère de lui donner un nom plus adapté, plus valorisant, car c'est justement là que les hommes se montrent le plus créatifs. Faute de mieux, je propose le "secteur des gens", c'est-à-dire lorsqu'ils inventent eux-mêmes leur emploi, créent leur activité et la pratiquent dans la rue, les quartiers, à la campagne. Dans ce champ d'activité, la population invente son emploi, le pratique un peu partout, dans la rue, dans les quartiers, à la campagne. Le gouvernement n'a rien à y faire, seulement à veiller de ne pas l'étouffer. Je fabrique des bijoux, je grille des noix et des bonbons, je fais la cuisine pour les gens du quartier, je retouche les habits usés, je chante aux terrasses… C'est l'auto-emploi, le self-employement. Je n'ai pas à remplir un formulaire de candidature. Je n'attends pas d'être embauché. Je réponds directement à la demande. En inventant mon activité, je prends soin de moi-même et de ma famille. Des dizaines de millions de personnes vivent ainsi dans les pays en voie de développement. Dans les pays riches, la théorie dominante ne considère pas ces activités comme "économiques". Les acteurs sociaux, les banques, se refusent à les financer et les aider. Ils croient seulement à l'entreprise formelle, au salariat. Comme si recevoir un salaire vous donnait le certificat de développement ! Quels autres "angles morts" de la pensée économique révèlent la crise actuelle ? Les gouvernements qui tiennent les leviers et les banques considèrent la personne humaine comme une entité abstraite, un agent économique dépourvu de genre sexuel. Or, notre expérience à la Grameen Bank révèle que les femmes se montrent beaucoup plus actives et solvables que les hommes dès qu'on leur donne du crédit. Au Bangladesh, quand j'essayais en vain de convaincre les banques d'octroyer des prêts aux villageois, on me répondait toujours : "C'est impossible de faire ça." Quand j'ai émis l'idée de prêter aux femmes pauvres, on m'a considéré comme un illuminé. Quand on parlait d'argent aux femmes, elles répondaient toutes : "Voyez mon mari. Je ne touche jamais à l'argent. Je n'y connais rien." Je me suis rendu compte qu'aucune femme, pas même 1 % d'entre elles, ne fréquentait les banques. Elles ont été tellement sous-estimées que je me disais : elles ont peur, cela va prendre du temps. Quand nous avons lancé la Grameen Bank, nous voulions parvenir à accorder des prêts à au moins 50 % de femmes. Nous savions qu'il allait falloir vaincre les résistances des femmes elles-mêmes. Cela vous a pris longtemps ? Nous avons mis six ans pour atteindre la parité. Nous nous sommes alors rendu compte que l'argent confié aux femmes procurait beaucoup plus de bénéfices. Elles créaient du travail, de l'emploi, des richesses. Elles remboursaient leur crédit. Au début, nous ne travaillions qu'au Bangladesh. Les femmes bangladaises prennent beaucoup plus soin des enfants que les hommes. Elles pensent à leur avenir, elles veulent faire bouger les choses pour qu'ils vivent mieux demain. Les hommes, eux, veulent profiter de l'instant, ils dépensent facilement. Au début, nous pensions que cet état de fait ne concernait que le Bangladesh. Mais non, on retrouve la même volonté féminine sur tous les continents. Je crois que du fait de sa longue histoire au service des enfants et des hommes, la femme possède une qualité unique, le sacrifice de soi. L'homme ne possède pas un tel sens du sacrifice. On entend rarement dire qu'une femme est allée boire sa paye. Les femmes pensent à long terme, elles économisent, elles sont solvables. Voilà pourquoi le ratio de la Grameen Bank s'est inversé. Aujourd'hui, les femmes sont nos principaux clients. A 90 %… Les banques traditionnelles n'ont jamais pensé prêter aux femmes, elles n'ont jamais compris la force économique vertueuse et dynamique qu'elles représentent. Vous appelez de vos vœux un "capitalisme social", un nouveau capitalisme. C'est-à-dire ? Souvent on me demande : "Vous avez créé la Grameen Bank. Est-ce que vous n'en tirez aucun profit ?" Je réponds : "Je ne possède pas la Grameen, je ne possède aucune part de la société." J'ai toujours pensé que la Grameen Bank devait être possédée par les emprunteurs, les pauvres. Ce sont eux les propriétaires, d'ailleurs ils font partie du conseil de direction. Bien sûr, je suis chef d'entreprise, je reçois un salaire, mais celui-ci n'est pas lié au fait que je possède des parts. Travailler dans une entreprise à vocation sociale ne vous rapporte aucun dividende. D'autres interlocuteurs me disent, au Bangladesh : "Vous devez être riche, vous avez créé la plus grosse entreprise de téléphones mobiles du pays." Je leur réponds : "Il s'agit en effet de la plus grosse entreprise de téléphonie mobile du pays, mais cela ne me rend pas riche pour autant. J'ai créé l'entreprise sans même jamais penser y prendre des parts." Alors ils s'interrogent : "Pourquoi avoir bâti tout cela si vous n'y gagnez rien ? Je gagne ce que me rapporte mon travail. Vous avez contribué à fonder de nombreuses sociétés pourtant… J'ai participé à la création de vingt-six sociétés avec la Grameen Bank, je ne suis actionnaire d'aucune. Je sais bien ce que les certains pensent : "C'est un idéaliste." Mais non, je ne suis pas idéaliste, je suis réaliste. Tout le monde espère gagner de l'argent en faisant des affaires. Mais l'homme peut réaliser tellement d'autres choses en faisant des affaires. Pourquoi ne pourrait-on pas se donner des objectifs sociaux, écologiques, humanistes ? C'est ce que nous avons fait. Le problème central du capitalisme "unidimensionnel" est qu'il ne laisse place qu'à une seule manière de faire : rentrer des profits immédiats. Pourquoi n'intègre-t-on pas la dimension sociale dans la théorie économique ? Pourquoi ne pas construire des entreprises ayant pour objectif de payer décemment leurs salariés et d'améliorer la situation sociale plutôt que chercher à ce que dirigeants et actionnaires réalisent des bénéfices ? Quelles en seraient les règles de fonctionnement, à la fois capitalistique et social ? Pourriez-vous donner des exemples ? Les premières entreprises de ce genre gravitent déjà autour de la Grameen Bank ou du commerce équitable. Elles ressemblent à des sociétés capitalistes classiques, elles emploient des travailleurs, produisent des biens et des services, proposent à leurs clients un prix unique et cohérent, couvrent leurs coûts de façon pérenne sans rien attendre des dons ou d'une aide gouvernementale. Ce sont des affaires qui tournent, s'équilibrent, ne dépendant pas de la charité. Leur particularité ? Elles se destinent à créer un bénéfice social pour une catégorie de population. Ce peut être, par exemple, produire une alimentation de qualité destinée aux enfants pauvres en se débarrassant de tous les coûts d'emballage luxueux et la publicité des aliments classiques. Ou encore commercialiser des polices d'assurance-maladie permettant aux plus démunis d'accéder à des soins médicaux. Ou bien se consacrer au recyclage des ordures et des eaux usées qui polluent un quartier où vivent les laissés-pour-compte. Regardez autour de vous, vous trouverez partout de quoi monter un social-business. Sans doute faudrait-il en imaginer un qui puisse aider les familles poussées à la rue par la crise des subprimes. Propos recueillis par Frédéric Joignot
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Article publié par PANAPRESS le 18 Juin 2006 Le ministre sénégalais des Petites et moyennes entreprises, de l'Entreprenariat féminin et de la Micro- finance, Marie Pierre Sarr Traoré, a estimé samedi à Guédiawaye, dans la banlieue de Dakar, que la promotion de la micro-finance peut aider à la réduire la pauvreté au Sénégal. S'exprimant lors d'une cérémonie marquant la relance des activités de l'association "And Naatal Sénégal" (Ensemble pour développer le Sénégal), Mme Traoré a déclaré que le gouvernement du Sénégal encourage le renforcement des capacités des femmes dans les domaines de l'entreprenariat et du développement des Petites et moyennes entreprises (PME). Elle a indiqué que "c'est pour matérialiser cette volonté du président Abdoulaye Wade d'aider les femmes", que le gouvernement a mis en place un Fonds de promotion de l'entreprenariat féminin. "And Naatal Sénégal", créé en 2000, a élaboré pour la période 2006- 2011, un programme de lutte contre la pauvreté et le sous-emploi, indique la présidente de l'association, Mme Aminata Sall Samb. Elle a souligné que le programme est articulé autour de la micro- finance, du renforcement des capacités des bénéficiaires et de l'accès aux services sociaux de base.
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Article publié dans Le Monde du 15 Octobre 2006 Le terrorisme germe, pas toujours mais souvent, sur le terreau de la pauvreté. En récompensant du prix Nobel de la paix le professeur Muhammad Yunus, l'inventeur du microcrédit, le comité suédois a voulu montrer que "le développement social et économique à la base" en faveur des populations les plus déshéritées et les plus perméables aux idées violentes servait la paix. Muhammad Yunus a permis à des millions de personnes de sortir de la pauvreté. Il aurait pu recevoir le prix Nobel d'économie. En 1997, Bill Clinton, alors président des Etats-Unis, avait d'ailleurs évoqué la possibilité que cette distinction soit décernée au "microbanquier" bangladais. L'idée de créer des banques pour les pauvres, gérées par les pauvres et propriétés des pauvres, n'est pas nouvelle. Certains y ont songé à toutes les époques, notamment les précurseurs du socialisme, au début du XIXe siècle. En sont issues les nombreuses institutions mutualistes. Mais, pour les plus pauvres, personne n'était parvenu à trouver de mécanisme rentable. Professeur d'économie aux Etats-Unis, Muhammad Yunus revient en 1974 au Bangladesh, frappé par une immense famine. Il demande à ses étudiants d'interroger les 42 fabricants de tabourets en bambou de sa ville, Chittagong, pour savoir de combien ils ont besoin. Réponse : 27 dollars au total. Malgré la surprenante modicité de la somme, aucune banque ne leur prête, et ils sont victimes des usuriers. M. Yunus décide de leur avancer l'argent de sa poche. Ces minuscules prêts permettent d'acheter le stock de bambou, de produire et de rembourser à 100 % le professeur, à la stupéfaction des banquiers. L'idée du microcrédit est née. La moitié de la population mondiale n'a pas accès aux services bancaires. Leur prêter, c'est leur permettre de créer leur propre emploi, comme le souligne Jacques Attali, l'ancien conseiller de François Mitterrand, qui a beaucoup fait pour populariser la microfinance. Aujourd'hui, la Grameen Bank, fondée par le professeur Yunus, a six millions de clients, dont 96 % de femmes. Le concept s'est développé dans une quarantaine de pays, dont certains pays développés, comme la France, où il commence à être appliqué dans les quartiers difficiles. Une soixantaine de millions de personnes, dans le monde, bénéficieraient de ces microprêts. Le microcrédit n'est pas la solution miracle contre la pauvreté. Environ dix mille institutions de prêt existent dans le monde, mais, parce que les coûts de fonctionnement sont très élevés, très peu peuvent se passer de subventions. Néanmoins, un emprunteur fait vivre quatre personnes en moyenne, et les taux de remboursement sont bons. L'inventeur de la microfinance a bien oeuvré pour donner espoir aux malheureux. Le Monde.
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Article de synthèse écrit par Fernand VINCENT le 7 Novembre 1999 LE MICRO-CREDIT EST-IL UN INSTRUMENT DE DEVELOPPEMENT ? Dans le passé, le micro-crédit est souvent lié à l'usure. Les marchands qui accordent de petits crédits à ceux qui ne peuvent joindre les deux bouts ont été les premiers à prêter de petites sommes. Malgré les taux d'intérêts très élevés, souvent camouflés en remboursements en nature au moment de la récolte, les usuriers avaient du succès. La proximité et l’intégration du prêteur dans le milieu culturel des emprunteurs est important car cette connaissance réciproque était le moyen de la couverture du risque. Peu à peu, ces prêteurs furent contestés à cause des intérêts astronomiques qu'ils demandaient. Les églises et les prêtres prirent des initiatives d'organiser le petit crédit local. Le premier objectif de ces initiatives fut de rassembler l'épargne des populations et le curé de la paroisse fut souvent le trésorier assurant la garantie que l'argent épargné était bien en sécurité. Ce n'est que plus tard, que, l'épargne globale de ces caisses devenant importante, furent créées de petites banques qui commencèrent à prêter pour promouvoir des activités économiques et des entreprises locales. Mais le terme de "micro-crédit" est devenu connu par l'initiative des Grameen Bank du Bangladesh. Le modèle Grameen repose sur le principe: prêts et épargne par petits groupes de personnes, surtout des femmes, qui se connaissent, se rencontrent régulièrement (chaque semaine) et qui acceptent de jouer le jeu de la caution mutuelle pour couvrir le risque éventuel que l'une d'elles ne puisse rembourser son prêt. Les Grameen Bank et des initiatives semblables créées dans d'autres pays se développèrent de 1980 à 1995. Elles sont devenues des banques reconnues par les Etats et les organisations internationales. QU'ENTEND-ON EXACTEMENT PAR "MICRO-CREDIT"? Il n'y a pas de consensus parmi les professionnels pour définir ce qu'est le microcrédit. Les uns, estiment que tout crédit de plus de 100 $ US n'est plus du micro-crédit. Les autres, et ce sont les plus nombreux, prêtent des sommes, en monnaie locale, allant de100 à 5.000 voire 10.000 $US et plus et considèrent leurs prêts comme du microcrédit. Quelquefois seulement, il est lié à l'épargne, en particulier en Afrique. LES DIFFERENTS TYPES D'ORGANISATIONS QUI GERENT LE MICROCREDIT Au cours de ces dix dernières années, les gestionnaires du micro-crédit se sont développés face à la demande. Ils peuvent être classés actuellement de la façon suivante : a. Les caisses locales d'épargne et de crédit et les tontines Les tontines sont la forme traditionnelle la plus efficace de l'épargne et du petit crédit. Tout comme les caisses locales et mutuelles, elles ne sont pas reliées à de grandes organisations, ni aux banques. Elles agissent de façon autonome pour un groupe de villages ou un quartier urbain. Elles reçoivent l'épargne de leurs membres, fixent elles-mêmes les taux d'intérêt sans tenir compte des lois et du marché financier. b. Les systèmes nationaux et internationaux d'épargne et de crédit De nombreuses caisses locales d'épargne et de crédit se sont organisées pour obtenir davantage de crédit que les possibilités créées par leur épargne ou pour placer l'épargne non prêtée. Elles ont constitué des unions et fédérations, quelquefois puissantes à l'exemple de l'APRACA (Association de crédit agricole d'Asie et du Pacifique). c. Les Fondations et ONG, gestionnaires de micro-crédits Depuis une vingtaine d'années, de très nombreuses fondations ou ONG se sont créées pour distribuer et gérer le micro-crédit. Ces organisations agissent comme des intermédiaires entre les "financeurs" (agences de coopérations, ONG du Nord, banques, etc.) et les demandeurs de crédit, isolés ou organisés en petits groupes professionnels. Des millions de petits producteurs ou commerçants dépendent de leur action. QUELQUES QUESTIONS ESSENTIELLES CONCERNANT LE MICROCREDIT a. Le micro-crédit est-il un outil de développement économique ? Est-il possible de créer des entreprises et donc de résoudre en partie les problèmes de l'emploi et de développer la croissance économique par le micro-crédit ? La réponse n'est pas simple. Deux études, réalisées en Asie nous donnent une première réponse intéressante : - Les crédits inférieurs à 100 $US, accordés principalement aux femmes, ne créent que très rarement (moins de 3%) de petites entreprises ou des emplois nouveaux. Ces crédits améliorent la situation sociale des bénéficiaires qui peuvent ainsi trouver les fonds nécessaires pour satisfaire des besoins de première nécessité (santé, nourriture, logement, écolage, etc.). Il y a donc amélioration, mais rares sont les bénéficiaires qui dépassent le seuil de pauvreté. - Ces micro-crédits ont toutefois un rôle essentiel qui est avant tout un "plus social" et en cela, il doit être développé. - Les crédits entre 100 et 1.000 $US sont du même ordre. Ils améliorent cependant nettement le pourcentage (7 à 12 % selon les pays et les cas) de création d'emplois et de petites entreprises nouvelles. - Ce sont des crédits de 5.000 $US et plus qui déclenchent un processus de croissance par l'investissement dans de nouvelles unités de production, l'amélioration de la productivité et l'ouverture sur de nouveaux marchés. Ainsi, il apparaît nécessaire de bien choisir les bénéficiaires-cibles du crédit quand on lance un programme. Si on désire atteindre les plus pauvres, on le fera avec des crédits de 20 à 300 $US et un objectif social pas forcément rentable financièrement. Si on veut créer des emplois et augmenter de façon significative les revenus, il faut alors avoir recours à des clients différents et des crédits d'un montant plus important. b. A quel taux d'intérêt faut-il prêter ? Il y a plusieurs "écoles". a. Les uns, en particulier les donateurs ONG chrétiennes du Nord et leurs partenaires du Sud, défendent le principe que les pauvres ne peuvent payer des intérêts au prix du marché et qu'en conséquence, il faut prêter sans intérêt ou à des taux d'intérêt très bas (1 à 3% quelle que soit l'inflation. Ce modèle a donc de grandes limites et peu d'avenir. b. Les caisses d'épargne et de crédit, adoptent des taux d'intérêt en dessous de ceux du marché. Ils le peuvent, car ils ne rétribuent pas ou peu l'épargne récoltée. c. De plus en plus nombreuses sont les organisations qui gèrent autrement le micro-crédit. Les taux de prêts du crédit incluent non seulement le coût de l'intérêt bancaire (y compris l'inflation), mais aussi une participation à un fonds de couverture de risque, le paiement proportionnel des appuis reçus en formation et conseils et même des contributions à des caisses de solidarité qui interviennent en cas de décès ou d'événements spéciaux. d. Ainsi, à l'exemple de nombreuses fondations et ONG du Sud, citées ci-avant, les taux d'intérêt des prêts varient de 2 à 5% par mois pour de petits crédits à court terme. Nombreuses sont les organisations qui prêtent donc entre 30 et 60%, voir plus. Dès lors, cette question a une réponse claire. On peut aider les pauvres avec des prêts sans intérêt ou à intérêts subventionnés, mais on ne peut continuer "à jouer les Mères Teresa" sans être conscients que de tels programmes ne sont pas durables et se termineront avec la fin de l'aide. c. Quels risques ? La plupart des organisations de gestion du micro-crédit annoncent des résultats de remboursement de prêts variant entre 95 et 100 %. Que faut-il en penser ? N'y a-t-il pas ou peu de risques à effectuer du micro-crédit ? La réponse n'est pas simple. Souvent, pour des raisons stratégiques, ces organisations ne prennent pas en compte certains coûts ou non remboursements. L'étude de la réalité démontre que le risque est supérieur à celui annoncé et qu'il est très étroitement lié à la qualité de l'appui et du suivi des prêts. Par ailleurs, les risques sont aussi liés aux compétences des organismes de gestion du micro-crédit. Trop souvent des ONG non spécialisées ont prêté et n'ont pas ou peu été remboursées. Ces organisations ont fait beaucoup de tort. Elles ont confondu "dons" et "prêts". "On ne prête pas à celui qui ne peut rembourser, sinon on le tue..." dit-on maintenant au Sahel. d. Comment accéder au crédit des banques commerciales locales ? L'objectif final, si on veut que le micro et les petits crédits aient un impact plus important et répondre davantage que maintenant aux besoins exprimés, est d'établir progressivement des relations professionnelles entre ces nouvelles catégories de clients et les banques commerciales locales. Le premier moyen, bien connu, et dont on a déjà parlé est la "caution mutuelle". Ce système "marche" souvent, mais systématisé, il n'apporte pas toute la sécurité dont on parle. La couverture du risque par l'hypothèque d'un bien (sauf celle d'immeubles modernes) ne fonctionne pas bien et se révèle aussi très coûteuse. e. Et la garantie bancaire ? C'est une des meilleures façons d'obtenir des prêts des banques commerciales. Ces garanties sont celles des salaires de membres de la famille ou d'amis. Ce sont aussi des garanties bancaires locales ou internationales. Le principe est simple : constituer un Fond en monnaie forte et l'investir dans une banque internationale qui accordera une garantie à une banque locale qui prêtera, parce que son risque est totalement ou partiellement couvert, aux petits emprunteurs locaux regroupés ou non. Une ONG locale est souvent l'intermédiaire de ces opérations. Sur la base d'une étude comparative de l'impact de tels fonds il a été possible de tirer les leçons suivantes : a. Ces fonds de garanties ont permis à des dizaines de milliers de petits producteurs, femmes et hommes, paysans ou commerçants, artisans et petits entrepreneurs du secteur non formel, "d'entrer en banque" et de recevoir les crédits qu'ils réclamaient depuis longtemps. b. Le deuxième résultat de l'usage de la garantie bancaire est celui de l'effet multiplicateur qu'il entraîne. En effet, si les négociations sont bien menées entre l'émetteur de la garantie et la banque qui la reçoit, cette dernière est amenée à prendre progressivement plus de risques, puisque les remboursements sont bons, et à attribuer deux, trois, cinq, dix, voire plus de crédit que le montant de la garantie reçue. La garantie internationale permet alors de mobiliser les ressources financières locales. CONCLUSIONS Depuis le Sommet de Washington, le micro-crédit est devenu une mode, souvent même un nouveau gadget de l'aide internationale. Certains voient en lui la solution aux échecs répétés de la coopération entre le Nord et le Sud. Comme l'a bien décrit M. MOTCHANE dans le Numéro spécial du Monde Diplomatique sur le microcrédit( 7), le secteur privé, après l'ONU, est en train de récupérer le micro-crédit pour en faire un nouvel outil qui devrait prouver leur intérêt à "éradiquer la pauvreté". Il est temps de dire clairement les choses. Le micro-crédit existe depuis longtemps, et on n'a pas attendu 1998 pour l'inventer. Beaucoup d'échecs et de réussites jalonnent le chemin des projets financés par le micro-crédit. Regardons le passé afin d'en tirer les leçons pour l'avenir. Nous croyons que le crédit, s'il est bien utilisé, est un outil efficace de développement à condition d'étudier avec soin les groupes cibles que l'on veut aider. Professionnalisme, connaissance du milieu, adaptation des moyens aux conditions locale pour répondre aux vrais besoins, ce sont là les exigences de la réussite. Le micro-crédit est une arme contre la pauvreté, mais il est coûteux et doit être subventionné. Les petits et moyens crédits doivent être développés davantage encore, car c'est eux seulement qui s'attaquent aux causes de la pauvreté en créant des emplois et en facilitant la croissance. Fait à Genève, le 7 novembre 1999.
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Texte extrait du Web en Novembre 2008. Depuis que l'économiste Muhammad Yunus, père de la Grameen Bank a reçu le prix Nobel de la paix en 2006, le microcrédit est à la mode. Encore rarement au sein des banques classiques, mais sur Internet, le phénomène décolle. Le leader des enchères en ligne, eBay, vient ainsi d'inaugurer Microplace.com, une plate-forme sur laquelle les internautes peuvent soutenir les projets des habitants des pays en voie de développement. Les membres d'eBay indiquent le montant qu'ils veulent investir (au minimum 100 dollars) et le transfert se fait, soit au travers d'un compte bancaire, soit par Paypal. L'argent est alors placé dans des valeurs mobilières par des fondations spécialisées. La première a avoir signé avec eBay est la Calvert Social Investment. Celle-ci investit des fonds auprès d'organismes locaux, qui, eux, prêtent l'argent aux particuliers ou aux entrepreneurs. Le système proposé par Microplace.com est quelque peu différent de ceux proposés jusque-là sur la Toile. Sur Kiva.org, les internautes choisissent directement les projets qu'ils désirent soutenir : par exemple, la boutique de bonbons d'Afari Agyei au Congo ou le débit de boisson du jeune Nigérian Chichi Obianeli. Pas de choix du projet A l'inverse, sur Microplace, l'internaute n'a aucun droit de regard sur la manière dont seront utilisés ses fonds. Il peut choisir le pays dans lequel il souhaite investir, mais aucunement les projets eux-mêmes. Ces derniers sont sélectionnés par les organismes locaux et la fondation. La mutiplication d'intermédiaires déshumanise donc quelque peu l'expérience. Mais, selon Tracey Pettengill, la fondatrice et directrice de MicroPlace, le système permet de « s'assurer un retour sur investissement ». En clair, que les emprunteurs pourront bien rembourser leur prêt. « Les émetteurs ont généralement enregistré de très bons résultats avec pratiquement aucun antécédent de défaut, après une dizaine d'années d'investissements dans le microcrédit » , indique Reuters. Microplace existe en effet depuis plusieurs années. Mais la société n'est entrée dans le giron d'eBay qu'en juin 2006 et n'avait pas de présence sur la Toile. Dix-huit mois plus tard, le leader des enchères en ligne a donc décidé d'ouvrir enfin une plate-forme en ligne, accessible via une connexion sécurisée.
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