ECOSEN, une aure façon de voyager...
     
21.02.2010 05:03:31
Extraits de Presse

Article publié dans lemonde.fr le 17 Février 2010

Dakar ville en pleine transformation

VIVRE A DAKAR

Lorsque d'anciens diplomates européens décident de construire à Dakar la maison de leurs rêves pour y passer les longs mois d'hiver, lorsque des expatriés acceptent le statut financièrement moins avantageux de résident pour continuer à travailler à Dakar, lorsque des retraités français choisissent d'y passer leurs vieux jours, on est en droit de se demander si cette ville, ancienne capitale de l'Afrique Occidentale Française du temps de la colonisation, n'est pas en train de se forger un nouveau destin.

Dakar, cette ville qui, en un siècle, est passée du statut de gros village d'à peine 10 000 habitants logés dans des cases souvent insalubres à celui de capitale du Sénégal regroupe désormais près de 3 millions d'habitant (banlieue comprise). Dakar, après des décennies d'engourdissement où elle s'est fait dépasser par sa rivale Abidjan, qui doit son surnom de « petit Manhattan » à ses nombreux gratte-ciel est désormais en plein chantier, et voit cette terre que, selon la coutume, nul ne pouvait s'approprier, devenir l'enjeu de rivalités croissantes se traduisant par d'innombrables litiges fonciers, une flambée du prix des terrains et un accroissement des inégalités sociales.

La croissance démographique élevée du fait d'une natalité encore importante et d'une mortalité en chute libre s'est conjuguée à l'exode rural pour exercer une forte pression sur l'espace. Toute la presqu'île sur laquelle est bâtie Dakar est animée de cette frénésie, aussi bien le centre où les anciennes maisons sont démolies pour faire place à des immeubles modernes de plus en plus hauts, que la périphérie où de nouveaux quartiers résidentiels ou populaires émergent, grignotant peu à peu les espaces sableux où trônaient les majestueux baobabs, arbres multiséculaires et sacrés, typiques du Sénégal et que, aujourd'hui encore, on hésite à abattre, par crainte et respect des esprits qui pourraient les hanter.

Le m2 de terrain qui se négociait à 5 euros aux Almadies (quartier à l'extrémité de la péninsule) dans les années 80 est passé à plus de 200 euros et le prix du m2 en centre ville a explosé atteignant 1 500 euros dans le neuf. Mais le prix de la main d'œuvre restant sans commune mesure avec celui des pays développés, (le salaire minimum mensuel est d'environ 100 euros) il est encore possible de se faire construire une agréable villa pour moins de 125 000 euros à condition d'être très vigilant pendant les travaux pour éviter les surprises désagréables. Mais pour combien de temps encore ? Les loyers eux aussi s'envolent et varient désormais dans les quartiers résidentiels entre 1000 et 3 000 euros par mois car Dakar, jouant la carte de l'ouverture internationale et de la démocratie, attire les sièges des organismes internationaux.

Peu à peu, la ville s'éloigne de son centre historique créé par les colons français, où se concentrent les bâtiments administratifs, le quartier des affaires, les immeubles résidentiels dont les derniers étages offrent une vue incomparable sur la baie. Un centre rythmé par les horaires de travail, animé et embouteillé le jour, calme le soir, le dimanche et les jours fériés.

Les quartiers nouveaux, qui s'étendent jusqu'au bout de la presqu'île, accueillent la nouvelle bourgeoisie sénégalaise enrichie par le commerce, l'émigration, les affaires plus ou moins licites et parviennent à s'organiser de manière désordonnée mais efficace grâce à l'installation d'écoles privées, de restaurants, de commerces aux activités diverses qui s'adaptent spontanément à la nouvelle demande. L'initiative individuelle s'étant développée bien plus rapidement que la politique de l'urbanisme, on assiste à ce spectacle surprenant d'édification de nouveaux quartiers aux maisons de grand standing auxquelles on ne peut accéder que par des pistes défoncées et qui, la nuit, seraient plongées dans l'obscurité totale si l'éclairage individuel ne suppléait aux carences de l'éclairage public. Dans ces quartiers de nouveaux riches, où chacun semble avoir construit sans tenir compte des maisons voisines, la végétation luxuriante et les grappes multicolores des bougainvilliers finissent par masquer l'absence d'unité architecturale.

Les rémunérations dérisoires qui permettent l'emploi d'un important personnel de service pour le ménage, la cuisine, l'entretien des jardins et la surveillance des maisons, la douceur du climat tempéré par les alizés venus de la mer toute proche, le haut degré de civilité et de cordialité qui imprègnent la vie sociale rythmée par les salutations et palabres enjouées, tout se conjugue pour y créer une indéniable qualité de vie.

Par contre, dans les quartiers populaires, faute de moyens financiers, les maisons restent le plus souvent inachevées, le ciment étant déjà en soi un signe extérieur de richesse par rapport aux baraques en bois ou en tôle ondulée où vivent les familles plus pauvres. Dans ces quartiers surpeuplés où chacun doit se débrouiller pour survivre, c'est le règne de la rue et de sa joyeuse animation mais la vie peut y devenir un calvaire lorsque les pluies abondantes de l'hivernage transforment les rues non goudronnées en cloaques nauséabonds. La sécurité est assurée par la présence de jeunes, souvent chômeurs, qui passent leurs nuits à palabrer, jouer aux cartes et boire du thé. Les appels à la prière émanant des innombrables mosquées, les bêlements des moutons, les klaxons, les interpellations des marchands ambulants y rythment le temps.

Grâce aux différents programmes sectoriels financés par les bailleurs de fonds, la réalisation d'infrastructures collectives se met progressivement en place. Il y a urgence ! Cette ville péninsulaire qui ne peut s'étendre que d'un seul côté étouffe malgré l'air marin. L'insuffisance des transports collectifs a multiplié le recours aux transports individuels. La ville est envahie de véhicules de toutes sortes et de tous âges. Entre les calèches, les camions, les voitures, les taxis, les « clandos », (taxis clandestins) les mobylettes, les « cars rapides » (assurant les transports en commun), rejoindre le centre ville en passant par les rares voies d'accès, où les policiers vite dépassés, essaient de se substituer aux feux tricolores souvent en panne, s'avère une épreuve redoutable pour les nerfs et pour les bronches, vu le niveau de pollution.

C'est ce constat qui a amené le président Wade à projeter de transférer la capitale à 60 km de Dakar. Le terrain a été délimité, les maquettes de la ville nouvelle sont en cours d'élaboration mais la population dakaroise, attachée à sa ville, ainsi que les bailleurs de fonds restent pour le moins sceptiques.

En attendant un éventuel transfert de la capitale, le Sénégal a profité de l'organisation de la conférence islamique qui s'est tenue en 2008 pour obtenir de larges financements de la part des bailleurs de fonds arabes afin de transformer radicalement le plan de circulation. La Corniche route principale de liaison entre l'aéroport, la périphérie résidentielle et le centre a été élargie, dotée de ronds points, d'un tunnel de 300 m, embellie par la présence de palmiers et l'aménagement d'espaces fleuris, des échangeurs ont été construits pour fluidifier la circulation à diverses intersections.

La réalisation de ces travaux confère indéniablement une modernité toute nouvelle à cette ville en attendant que l'autoroute, en construction, lui permette d'être reliée plus facilement aux villes de l'intérieur et notamment au futur aéroport Blaise Diagne (du nom du premier député africain élu au parlement français en 1914) lui aussi en construction à une cinquantaine de kilomètres et qui devrait voir ses premiers avions décoller d'ici 2012.

_____________________________________________

Sylvie C.


  Sénégal | Afrique | presse
Comments 0Hits: 79  

08.02.2010 14:48:14
Extraits de Presse

Article publié dans rue89.com le 7 Février 2010

L'inventeur du microcrédit rencontrait journalistes et blogueurs à Paris, lors d'une séance contrôlée de près par Danone.

Une rencontre éclair, un blogueur audacieux rembarré pour avoir tenté de poser deux questions, une séance « photo souvenir » à la fin de l'entretien, des fans tentant de l'approcher et lui réclamant des autographes, le passage jeudi de Muhammad Yunus en rock star au Grand Rex, à Paris profite-t-il au débat sur le micro-crédit ?

« Vous, vous voulez l'interroger sur ses impressions lors de son séjour à Paris ? » Avant la rencontre, la question de l'attachée de presse de Danone nous avait un peu surpris, à la rédaction. Merci, mais on voudrait plutôt l'interroger sur les questions que soulève le micro-crédit, et ses risques de dérive.

A la fin de la rencontre, une photo souvenir pour les « interviewers »

Pour approcher le prix Nobel de la paix et fondateur de la Grameen Bank à l'occasion du point presse « nouveaux médias » organisé par Danone à l'issue d'un débat au Grand Rex, je ne devais donc ne poser qu'une seule question, envoyée à l'avance. La séance n'aura duré que neuf minutes…

C'est donc Danone qui organise l'opération. Logique : Muhammad Yunus a créé avec le groupe en 2006 la Grameen Danone Food, une usine de yaourts « sociale », dans le Nord du Bangladesh.

« Danone Communities a organisé cette soirée. Ils n'ont pas de service presse, on s'en est donc chargé », répond Marie-Liesse Calmejane, responsable des relations presse de Danone. L'envoi des questions à l'avance ne constituait pas du tout, selon elle, une volonté d'éviter les critiques :

« Ce n'était pas du tout une volonté de validation ! Il y avait peu de temps, c'était juste une question d'organisation, pour éviter des frustrations et pour que tout le monde puisse poser sa question. »

Interrogé sur sa relation avec Danone, Muhammad Yunus répond :

« On me demande souvent si Danone m'utilise, mais c'est moi qui utilise Danone. Avant de travailler avec eux, personne ne connaissait le “social business”, maintenant tout le monde sait ! »

« Il y a un “black out” sur les dérives du microcrédit »

Alors que Muhammad Yunus est devenu la figure du micro-crédit, dans les ONG attachées à son développement, on s'inquiète que le « Yunus Show » n'éclipse les interrogations de ce secteur en développement.

Un responsable d'une ONG de micro-crédit s'inquiète du silence du prix Nobel sur les risques de dérives du microcrédit :

« Muhammad Yunus a développé le microcrédit, c'est génial mais il y a un “black out” sur les dérives. La clé du microcrédit, c'est le suivi de l'activité économique de ceux à qui on prête.

De plus en plus de prêts sont utilités comme du crédit à la consommation. Il faut faire attention à ne pas se retrouver avec des familles en situation de surendettement.

Beaucoup d'agents d'organismes de microcrédit sont payés à la quantité de prêts qu'ils octroient. Ils les multiplient sans se préoccuper du suivi ! »

Yunus : « Tout le micro-crédit s'en est trouvé sali »

Il préfère que son nom et le nom de son ONG ne soient pas mentionnés. « Ce serait compromettre nos chances de développement auprès de tous ceux qui ne jurent que par Yunus. »

J'ai demandé à Muhammad Yunus si les institutions de microcrédit s'écartaient de leur mission sociale. Sa réponse, qu'on voit dans la vidéo :

« Oui, je suis d'accord avec vous et je m'en plains. Le microcrédit est devenu populaire, tout le monde l'a apprécié et certains ont exploité cette popularité dans leur propre-intérêt. Ils ont commencé à mal l'utiliser, à en abuser.

Et tout le micro-crédit s'en est trouvé sali. Ce n'est plus très clair. Il faut qu'on trace une ligne. Qu'est-ce qui est du ressort du micro-crédit, qu'est-ce qui ne l'est pas. Cette ligne doit être déterminée clairement. »

_____________________________________________

Zineb Dryef


  développement | micro-crédit | Muhammad Yunus
Comments 0Hits: 104  

30.01.2010 11:47:40
Extraits de Presse

Article publié dans lemonde.fr le 19 Janvier 2010

Marcher dans le sable du désert est une expérience rare. Après avoir progressé sous le soleil, vient le temps du bivouac, à la fraîche et sous les étoiles. Mais à quoi bon traverser des paysages de rêve si c'est pour y subir le bavardage de compagnons obsédés par leurs problèmes de chaudière ou la grippe du petit dernier ?

Pour éviter ces désagréments, un nombre croissant de touristes optent pour un circuit en famille, avec des amis, ou des personnes partageant les mêmes affinités. "Les voyages sur mesure constituent une part croissante de notre activité", témoigne Elisabeth Verret, fondatrice de l'association L'Ami du vent, qui propose des randonnées dans le Sahara.

La nature austère du désert a la vertu de souder les marcheurs face à l'adversité. C'est un lieu idéal pour réunir une famille divisée ou une équipe de cadres en quête de motivation. L'Ami du vent a emmené dans les paysages du Sud tunisien et du Hoggar algérien des consultants lassés de leur train-train quotidien, des aristocrates britanniques prêts à se désintoxiquer de la société de consommation ou une femme qui rêvait de fêter ses 85 printemps au milieu des dunes et parmi ses proches.

L'excursion sur mesure séduit aussi des cercles à la recherche d'une spiritualité plus ou moins convenue : une femme pasteur et ses fidèles, un professeur de gymnastique chinoise qi gong avec ses élèves ou des passionnés de réflexologie plantaire qui apprennent, à l'issue de leur marche du jour, à se masser mutuellement les pieds. Certains poussent l'amour du désert jusqu'à vouloir s'y marier ("option" prêtre incluse), tandis que d'autres, friands d'insolite, ont préféré s'unir "au bord du cratère d'un volcan en activité à Vanuatu", raconte Guy de Saint-Cyr, fondateur d'Aventure et volcans. Cette agence dispose d'une liste de 350 mordus prêts à s'embarquer pour le bout du monde dès qu'un cratère se réveille. "Nous les prévenons aussitôt puis montons trois groupes de douze personnes", indique M. de Saint-Cyr.

La fascination pour les lieux mythiques n'épargne pas les responsables politiques dont ce groupe de députés qui se retrouve chaque hiver dans les dunes du Sahara. "Ils se jurent de ne pas parler politique et ils y parviennent", observe Elisabeth Verret, l'organisatrice. Mais contrairement à une règle en vigueur chez les randonneurs, ils n'hésitent pas à emporter leur flasque de whisky. Sans doute pour supporter une toujours possible "traversée du désert".

_____________________________________________

Olivier Razemon


  autrement | voyager | tourisme | tourisme autrement
Comments 0Hits: 89  

11.01.2010 15:02:13
Extraits de Presse

Article publié dans lemonde.fr le 11 Janvier 2010

Le microcrédit est, sans aucun doute, l'innovation qui a fait le plus parler d'elle dans la lutte contre la pauvreté. Il y a un peu plus de trente ans, Mohammed Yunus consentait ses premiers prêts à un groupe de femmes du Bangladesh. Il y a aujourd'hui plus de 150 millions de micro-emprunteurs à travers le monde. Le programme a essaimé jusqu'aux Etats-Unis et en France. La grande majorité de ces clients n'avaient auparavant aucun accès au crédit bancaire et étaient contraints d'avoir recours aux usuriers de village, qui pratiquent des taux faramineux (en Inde, les vendeurs de légumes qui empruntent à la journée paient jusqu'à 5 % par jour, et dans les villages, des taux de 20 % par mois ne sont pas rares).

Or, presque tous doivent bien, un jour ou l'autre, avoir recours au crédit : en effet, les pauvres vivent dangereusement... Ils sont très souvent à leur compte : au Pérou, 69 % des ménages urbains les plus pauvres ont leur propre entreprise. En Inde, au Pakistan, au Nicaragua, cette proportion se situe entre 47 % et 52 % (dans les pays de l'OCDE, la proportion d'entrepreneurs n'est que de 12 %). Dans les régions rurales, la part des ménages à leur compte est encore plus importante. Le moindre choc (une mauvaise récolte, une maladie, un vol...) les laisse extrêmement vulnérables. Les filets de sécurité auxquels nous sommes habitués, Sécurité sociale, retraite et même la possibilité de déposer le bilan, n'existent pas. Epargner est difficile et dangereux : les banques ne veulent pas gérer des petites sommes et les économies laissées sous le matelas disparaissent facilement.

C'est pourquoi rares sont les pauvres qui n'ont aucune dette. Au Pakistan, 93 % des ménages les plus pauvres sont endettés, souvent à la suite d'un choc, parfois pour financer leur activité ; au Rajasthan, ils sont plus de deux tiers et en Afrique du Sud, un tiers. Alors que ces ménages avaient auparavant forcément recours à l'usurier local ou au propriétaire terrien, ils ont aujourd'hui la possibilité d'emprunter à des institutions de microfinance. Les taux d'intérêt, bien qu'élevés si nous les comparons à ceux qui sont pratiqués dans les pays développés (de 20 % à plus de 100 % par an selon les pays), sont nettement plus faibles que ceux auxquels ils étaient habitués.

Cela représente une réussite importante, dans des pays où les services à l'intention des plus pauvres, privés ou publics, brillent par leur absence. Les essais des décennies antérieures pour distribuer des crédits subventionnés par l'intermédiaire des banques nationales se sont écroulés, sous le poids des non-remboursements et de la corruption. Les institutions de microcrédits sont dirigées par des entrepreneurs qui maîtrisent parfaitement la distribution d'un service de qualité à très grande échelle : par leur dynamisme et leur capacité d'innovation, ils ont réussi là où des tentatives bien mieux financées et soutenues par des gouvernements locaux ou étrangers avaient échoué.

Mais beaucoup voient dans le microcrédit bien plus qu'un simple instrument financier. Pour eux, le microcrédit devrait favoriser une transformation en profondeur de la vie des plus pauvres. Donner cet outil financier à des familles - et souvent à des femmes, ce qui est sans doute encore plus important - leur assurerait non seulement un moyen de vivre mais une dignité, les conduirait à investir plus pour leur santé ou l'éducation et à réduire la discrimination contre les femmes et les petites filles. Certains sont allés jusqu'à suggérer qu'en accordant aux femmes l'accès à un capital, le microcrédit permettrait de lutter contre le sida...

La vision du monde de Mohammed Yunus est profondément optimiste : selon lui, chacun de nous est un entrepreneur en puissance et la seule chose séparant une femme pauvre du Bangladesh d'un directeur d'entreprise serait l'accès au capital (et peut-être à un téléphone pour savoir où vendre ses produits !). La lutte contre la pauvreté n'a pas besoin de charité : il suffit de créer les bonnes opportunités que les pauvres sauront saisir pour faire croître leur entreprise et rembourser emprunts et intérêts. Ce message est très séduisant : il semble dévoiler les clefs d'une richesse humaine cachée qu'un produit financier bien fait débloquerait. Il rejoint les conclusions de l'économiste péruvien Hernando de Soto, pour qui la barrière fondamentale à la réussite des plus pauvres est l'absence de droits de propriété sur leur maison et leurs terrains, les empêchant de capitaliser sur leur richesse. Il trouve un écho important chez les sceptiques de l'aide et du rôle des gouvernements : la clé de la fin de la pauvreté reste le marché.

Cet enthousiasme n'est pas sans susciter des retours de bâton. Certains sont sceptiques, voire hostiles. Ils considèrent les banquiers du microcrédit comme de nouveaux usuriers qui exploitent l'incapacité des plus pauvres à résister à la tentation de l'emprunt ; ils soulignent que les taux d'intérêt, souvent présentés de manière obscure, restent très élevés par rapport à ce que paient les plus riches. Ces critiques attribuent même au microcrédit les suicides de paysans surendettés, soumis à une pression indue exercée par les agents de prêts. En effet, ceux-ci, rémunérés en fonction du nombre de clients et de leur taux de remboursement, sont incités à pousser à l'emprunt d'abord, et à forcer au remboursement par tous les moyens ensuite.

Ces derniers temps, cette vision négative a gagné du terrain : on la voit s'exprimer dans de nombreux blogs et articles de presse, qui vont jusqu'à accuser le microcrédit de ruiner les économies locales. Le fait que le microcrédit soit souvent présenté comme l'alternative aux programmes de redistribution traditionnels et les profits importants réalisés par certaines des institutions ne sont certainement pas étrangers à ces critiques.

Le microcrédit, miracle ou désastre ? Malheureusement, en dépit de l'importance du débat, il n'y avait pas jusqu'à récemment d'étude rigoureuse de part ou d'autre. Partisans et adversaires se battaient à coup d'anecdotes ou d'études difficiles à interpréter, parce qu'elles comparaient des pommes et des oranges (c'est-à-dire des emprunteurs et des non-emprunteurs). Chaque camp avait beau jeu de critiquer les données imparfaites des autres.

Mais cela est en train de changer grâce au courage et à la vision de certaines institutions particulièrement novatrices : Spandana en Inde, Al Amana au Maroc, First Macro Bank aux Philippines, Compartamos au Mexique ont permis à des chercheurs (dont j'ai eu la chance de faire partie) d'évaluer rigoureusement l'impact de leurs programmes dans le cadre d'expérimentations : des personnes similaires en tous points, mais dont certaines ont eu la possibilité d'emprunter et d'autres non, sont comparées. Nous avons aujourd'hui les résultats des évaluations réalisées aux Philippines et en Inde.

Ces deux programmes sont très différents. Aux Philippines, First Macro Bank propose des emprunts à des entreprises qui existent déjà, sur une base individuelle. En Inde, Spandana utilise le modèle canonique de la Banque Grameen (l'institution créée par Mohammed Yunus): un petit emprunt solidaire, réservé à des femmes. Pourtant, les résultats concordent : dans les deux pays, les emprunteurs acquièrent plus de biens durables (télévision, réfrigérateur, etc.) pour leur foyer. Ceux qui ont une petite entreprise investissent dans celle-ci : ils acquièrent des actifs productifs (bicyclette, machine à coudre) ou augmentent leurs stocks. En Inde, un emprunt sur huit conduit à la création d'une nouvelle activité indépendante (aux Philippines, tous les emprunteurs avaient déjà une entreprise).

Ces études semblent donc nous dire que le microcrédit rend exactement les services attendus d'un bon produit financier : il permet à ses clients d'effectuer des achats importants, pour leur activité ou pour leur ménage, qu'ils n'auraient pas pu engager autrement.

Mais, dix-huit mois plus tard, on ne constate aucun signe d'une transformation profonde de la vie de ces familles : ni l'une ni l'autre de ces études ne démontre d'impact sur la santé, la scolarisation ou le pouvoir de décision des femmes. En revanche, contrairement aux prédictions pessimistes des sceptiques de la microfinance, on ne constate aucune frénésie de consommation irresponsable provoquée par l'argent facile : au contraire, en Inde, les familles abandonnent certaines des petites tentations de la vie courante (thé, snacks, noix de bétel, tabac) pour rembourser l'emprunt qui leur a permis d'acheter des biens durables.

Il ne s'agit bien sûr que d'effets à court terme. L'impact dans trois ans ou plus sera peut-être tout à fait différent. Les revenus supplémentaires de l'activité financeront-ils la scolarisation des enfants ? Ou bien le poids des remboursements hebdomadaires se fera-t-il sentir davantage ? Les données sont en cours de collecte.

Le monde rêve d'une recette miracle contre la pauvreté et le microcrédit était un candidat tout à fait plausible. Ces études suggèrent qu'il est temps de revenir à une description plus nuancée de ses avantages possibles. Mais reprocher au microcrédit d'être inutile ou dangereux parce qu'il ne se révèle pas être cette recette miracle n'a pas grand sens.

Laisser de côté le discours polémique a aussi l'avantage de nous inciter à dépasser un débat binaire pour remettre en question le modèle canonique du microcrédit et nous demander comment il pourrait encore mieux servir ses emprunteurs. Une des limites du microcrédit est qu'il finance essentiellement des activités à toute petite échelle, de très faible croissance, bien éloignées de l'image d'Epinal d'un Bill Gates démarrant Microsoft dans son garage : dans les rues des villes d'Inde, d'Indonésie ou du Bangladesh, on voit d'innombrables petites épiceries, vendant toute la même chose, dont les bénéfices suffisent à peine à payer un salaire minimal à leur propriétaire, en dépit des dix à douze heures de travail quotidien. Ces micro-entreprises ont beaucoup de mal à passer à la vitesse supérieure : plus de 90 % des entreprises des clients de Spandana que nous avons étudiées n'ont pas d'employé ; aucune n'en a plus de trois. Dans quelle mesure la structure même du microcrédit contribue-t-elle à cet état de chose ?

Un premier aspect est la responsabilité solidaire, marque de fabrique du microcrédit. Elle décourage la prise de risque, car les autres femmes du groupe ne veulent pas prendre le risque de devoir rembourser en cas d'échec, alors qu'en cas de succès, elles n'empocheront pas les gains supplémentaires : elles auront donc tendance à empêcher les autres membres de se lancer dans des activités risquées, mais plus rentables. Or une étude récente aux Philippines montre que le prêt solidaire n'est pas essentiel au bon remboursement : les taux de remboursements sont tout aussi élevés dans les succursales traditionnelles que dans celles où les clientes sont seulement responsables de leur propre emprunt.

Le remboursement hebdomadaire et immédiat, autre pierre angulaire du microcrédit, a lui aussi ses limites. Au Bengale-Occidental, l'organisation Village Welfare Society a permis à certaines clientes de ne commencer à rembourser que quelques semaines après avoir perçu l'argent du prêt. Cela leur a permis de faire des investissements plus ambitieux et plus rentables : par exemple, celles qui voulaient se lancer dans la vente de vêtements ont acheté une machine à coudre plutôt qu'un stock de saris à revendre. Ce niveau de risque plus élevé a, bien sûr, conduit à plus d'échecs et donc à plus de non-remboursement.

Ainsi paradoxalement, le microcrédit, par ses règles actuelles, est plus adapté à financer des activités familiales qui vivotent que de véritables entreprises créant des emplois. Mais le mouvement est en train de se renouveler : certaines institutions de microcrédit (dont Grameen Bank,) ont discrètement abandonné le prêt solidaire. Elles continuent à demander à leurs clientes de se rencontrer chaque semaine, ces réunions créant des liens sociaux forts, facilitant l'entraide en cas de crise. Mais elles ne sanctionnent plus une cliente lorsqu'un membre du groupe ne rembourse pas. Par ailleurs, des organismes comme Accion aident les institutions de microfinance à proposer à leurs meilleurs clients des produits individuels, adaptés au financement d'entreprises un peu plus importantes. D'autres groupes proposent des formations en comptabilité ou en gestion à leurs clients.

Mais le financement n'est pas la seule barrière à la croissance des micro-entreprises. Dans de nombreux cas, les clients de la microfinance sont entrepreneurs faute de mieux. A la suite de la crise asiatique par exemple, le nombre d'entreprises familiales a explosé en Thaïlande. Mais contrairement aux périodes antérieures, ces entreprises n'ont pas prospéré. Leurs propriétaires les ont abandonnées dès que la situation économique s'est améliorée et qu'ils ont pu retrouver un emploi salarié. Ces entrepreneurs forcés rêvent, pour eux et pour leurs enfants, d'un emploi stable, qui semble, lui, enclencher une vraie dynamique de transformation : sa sécurité permet d'investir dans la scolarisation des enfants, la santé ou une maison plus accueillante.

Cela ne remet bien évidemment pas en cause l'utilité du microcrédit, puisque ces emplois stables n'existent pas ou pas en assez grand nombre. Une activité, même modeste, constitue déjà un revenu essentiel. Toutefois la vision romantique d'un milliard d'entrepreneurs aux pieds nus est probablement une illusion. Savoir distinguer ceux de leurs clients qui ont réellement le goût du risque et de l'entreprise de ceux qui y sont contraints, et offrir à chacun des services adaptés est le nouveau défi de la microfinance. Parallèlement, le développement d'un vrai secteur salarial (industriel ou de service) doit rester une priorité pour une politique économique dans les pays pauvres.

_____________________________________________

Esther Duflo est professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et cofondatrice de la chaire Abdul LatifJameel Poverty Action Lab (J-PAL) sur la réduction de la pauvreté et le développement, elle a été, en 2009, titulaire de la chaire Savoirs contre pauvreté au Collège de France.


  
Comments 0Hits: 140  

10.01.2010 12:16:11
Extraits de Presse

Article publié dans lemonde.fr le 9 Janvier 2010

Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se dégrade, se désintègre ou alors il est capable de susciter un meta-système à même de traiter ses problèmes : il se métamorphose. Le système Terre est incapable de s'organiser pour traiter ses problèmes vitaux : périls nucléaires qui s'aggravent avec la dissémination et peut-être la privatisation de l'arme atomique ; dégradation de la biosphère ; économie mondiale sans vraie régulation ; retour des famines ; conflits ethno-politico-religieux tendant à se développer en guerres de civilisation.

L'amplification et l'accélération de tous ces processus peuvent être considérées comme le déchaînement d'un formidable feed-back négatif, processus par lequel se désintègre irrémédiablement un système.

Le probable est la désintégration. L'improbable mais possible est la métamorphose. Qu'est-ce qu'une métamorphose ? Nous en voyons d'innombrables exemples dans le règne animal. La chenille qui s'enferme dans une chrysalide commence alors un processus à la fois d'autodestruction et d'autoreconstruction, selon une organisation et une forme de papillon, autre que la chenille, tout en demeurant le même. La naissance de la vie peut être conçue comme la métamorphose d'une organisation physico-chimique, qui, arrivée à un point de saturation, a créé la méta-organisation vivante, laquelle, tout en comportant les mêmes constituants physico-chimiques, a produit des qualités nouvelles.

La formation des sociétés historiques, au Moyen-Orient, en Inde, en Chine, au Mexique, au Pérou constitue une métamorphose à partir d'un agrégat de sociétés archaïques de chasseurs-cueilleurs, qui a produit les villes, l'Etat, les classes sociales, la spécialisation du travail, les grandes religions, l'architecture, les arts, la littérature, la philosophie. Et cela aussi pour le pire : la guerre, l'esclavage. A partir du XXIe siècle se pose le problème de la métamorphose des sociétés historiques en une société-monde d'un type nouveau, qui engloberait les Etats-nations sans les supprimer. Car la poursuite de l'histoire, c'est-à-dire des guerres, par des Etats disposant des armes d'anéantissement, conduit à la quasi-destruction de l'humanité. Alors que, pour Fukuyama, les capacités créatrices de l'évolution humaine sont épuisées avec la démocratie représentative et l'économie libérale, nous devons penser qu'au contraire c'est l'histoire qui est épuisée et non les capacités créatrices de l'humanité.

L'idée de métamorphose, plus riche que l'idée de révolution, en garde la radicalité transformatrice, mais la lie à la conservation (de la vie, de l'héritage des cultures). Pour aller vers la métamorphose, comment changer de voie ? Mais s'il semble possible d'en corriger certains maux, il est impossible de même freiner le déferlement techno-scientifico-économico-civilisationnel qui conduit la planète aux désastres. Et pourtant l'Histoire humaine a souvent changé de voie. Tout commence, toujours, par une innovation, un nouveau message déviant, marginal, modeste, souvent invisible aux contemporains. Ainsi ont commencé les grandes religions : bouddhisme, christianisme, islam. Le capitalisme se développa en parasite des sociétés féodales pour finalement prendre son essor et, avec l'aide des royautés, les désintégrer.

La science moderne s'est formée à partir de quelques esprits déviants dispersés, Galilée, Bacon, Descartes, puis créa ses réseaux et ses associations, s'introduisit dans les universités au XIXe siècle, puis au XXe siècle dans les économies et les Etats pour devenir l'un des quatre puissants moteurs du vaisseau spatial Terre. Le socialisme est né dans quelques esprits autodidactes et marginalisés au XIXe siècle pour devenir une formidable force historique au XXe. Aujourd'hui, tout est à repenser. Tout est à recommencer.

Tout en fait a recommencé, mais sans qu'on le sache. Nous en sommes au stade de commencements, modestes, invisibles, marginaux, dispersés. Car il existe déjà, sur tous les continents, un bouillonnement créatif, une multitude d'initiatives locales, dans le sens de la régénération économique, ou sociale, ou politique, ou cognitive, ou éducationnelle, ou éthique, ou de la réforme de vie.

Ces initiatives ne se connaissent pas les unes les autres, nulle administration ne les dénombre, nul parti n'en prend connaissance. Mais elles sont le vivier du futur. Il s'agit de les reconnaître, de les recenser, de les collationner, de les répertorier, et de les conjuguer en une pluralité de chemins réformateurs. Ce sont ces voies multiples qui pourront, en se développant conjointement, se conjuguer pour former la voie nouvelle, laquelle nous mènerait vers l'encore invisible et inconcevable métamorphose. Pour élaborer les voies qui se rejoindront dans la Voie, il nous faut nous dégager d'alternatives bornées, auxquelles nous contraint le monde de connaissance et de pensée hégémoniques. Ainsi il faut à la fois mondialiser et démondialiser, croître et décroître, développer et envelopper.

L'orientation mondialisation/démon-dialisation signifie que, s'il faut multiplier les processus de communication et de planétarisation culturelles, s'il faut que se constitue une conscience de "Terre-patrie", il faut aussi promouvoir, de façon démondialisante, l'alimentation de proximité, les artisanats de proximité, les commerces de proximité, le maraîchage périurbain, les communautés locales et régionales.

L'orientation "croissance/décroissan-ce" signifie qu'il faut faire croître les services, les énergies vertes, les transports publics, l'économie plurielle dont l'économie sociale et solidaire, les aménagements d'humanisation des mégapoles, les agricultures et élevages fermiers et biologiques, mais décroître les intoxications consommationnistes, la nourriture industrialisée, la production d'objets jetables et non réparables, le trafic automobile, le trafic camion (au profit du ferroutage).

L'orientation développement/envelop-pement signifie que l'objectif n'est plus fondamentalement le développement des biens matériels, de l'efficacité, de la rentabilité, du calculable, il est aussi le retour de chacun sur ses besoins intérieurs, le grand retour à la vie intérieure et au primat de la compréhension d'autrui, de l'amour et de l'amitié.

Il ne suffit plus de dénoncer. Il nous faut maintenant énoncer. Il ne suffit pas de rappeler l'urgence. Il faut savoir aussi commencer par définir les voies qui conduiraient à la Voie. Ce à quoi nous essayons de contribuer. Quelles sont les raisons d'espérer ? Nous pouvons formuler cinq principes d'espérance.

1. Le surgissement de l'improbable. Ainsi la résistance victorieuse par deux fois de la petite Athènes à la formidable puissance perse, cinq siècles avant notre ère, fut hautement improbable et permit la naissance de la démocratie et celle de la philosophie. De même fut inattendue la congélation de l'offensive allemande devant Moscou en automne 1941, puis improbable la contre-offensive victorieuse de Joukov commencée le 5 décembre, et suivie le 8 décembre par l'attaque de Pearl Harbor qui fit entrer les Etats-Unis dans la guerre mondiale.

2. Les vertus génératrices/créatrices inhérentes à l'humanité. De même qu'il existe dans tout organisme humain adulte des cellules souches dotées des aptitudes polyvalentes (totipotentes) propres aux cellules embryonnaires, mais inactivées, de même il existe en tout être humain, en toute société humaine des vertus régénératrices, génératrices, créatrices à l'état dormant ou inhibé.

3. Les vertus de la crise. En même temps que des forces régressives ou désintégratrices, les forces génératrices créatrices s'éveillent dans la crise planétaire de l'humanité.

4. Ce à quoi se combinent les vertus du péril : "Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve." La chance suprême est inséparable du risque suprême.

5. L'aspiration multimillénaire de l'humanité à l'harmonie (paradis, puis utopies, puis idéologies libertaire /socialiste/communiste, puis aspirations et révoltes juvéniles des années 1960). Cette aspiration renaît dans le grouillement des initiatives multiples et dispersées qui pourront nourrir les voies réformatrices, vouées à se rejoindre dans la voie nouvelle.

L'espérance était morte. Les vieilles générations sont désabusées des faux espoirs. Les jeunes générations se désolent qu'il n'y ait plus de cause comme celle de notre résistance durant la seconde guerre mondiale. Mais notre cause portait en elle-même son contraire. Comme disait Vassili Grossman de Stalingrad, la plus grande victoire de l'humanité était en même temps sa plus grande défaite, puisque le totalitarisme stalinien en sortait vainqueur. La victoire des démocraties rétablissait du même coup leur colonialisme. Aujourd'hui, la cause est sans équivoque, sublime : il s'agit de sauver l'humanité.

L'espérance vraie sait qu'elle n'est pas certitude. C'est l'espérance non pas au meilleur des mondes, mais en un monde meilleur. L'origine est devant nous, disait Heidegger. La métamorphose serait effectivement une nouvelle origine.

_____________________________________________

Edgar Morin : Sociologue et philosophe. Né en 1921, est directeur de recherches émérite au CNRS, président de l'Agence européenne pour la culture (Unesco) et président de l'Association pour la pensée complexe. En 2009, iI a notamment publié "Edwige, l'inséparable" (Fayard). A lire également, "La Pensée tourbillonnaire - Introduction à la pensée d'", de Jean Tellez (éditions Germina)

 


  presse | développement
Comments 0Hits: 156  

28.10.2009 07:13:49
Extraits de Presse

Article publié dans sendeveloppementlocal.com le 1er Octobre 2009

L’Allemagne a accordé mercredi un don de 37,4 milliards de francs CFA au gouvernement du Sénégal pour soutenir sa politique du microcrédit et des énergies renouvelables.

Le gouvernement sénégalais a obtenu ce don au terme de négociations intergouvernementales entre les deux pays, mardi et mercredi à Bonn, précise l’ambassade d’Allemagne au Sénégal dans un communiqué transmis jeudi à l’APS.

Par ce don couvrant la période 2009-2011, ‘’l’Allemagne souhaite rendre davantage visible sa contribution à la sortie de crise dans le domaine énergétique. En complément de l’engagement dans l’électrification rurale déjà en cours, l’alimentation en électricité produite à partir des énergies renouvelables sera renforcée’’, ajoute le communiqué.

Ce financement doit permettre d’alimenter plusieurs villages en énergie solaire par la construction d’une centrale photovoltaïque ou d’un parc éolien, indique la même source.

’’Dans un pays où la grande majorité des familles dépend du charbon de bois pour se préparer un repas chaud, souligne le gouvernement allemand, une mesure pareille contribue à la protection de la forêt au Sénégal’’.

Dans le domaine du microcrédit, Berlin affirme qu’elle veut ‘’offrir à plus d’hommes et de femmes la possibilité de développer leurs propres activités économiques’’.

Il est prévu, avec ce financement, la création d’une ‘’banque de distribution de microcrédits’’ au Sénégal, en vue d’‘’atteindre plus de clients dans le monde rural’’.


  micro-crédit | Sénégal | solaire | développement
Comments 0Hits: 86  

26.10.2009 07:26:53
Ecosen DJaM

Oscar et Lorena, un couple de jeunes espagnols, ont séjourné à l’Auberge Félicité du 19 juillet au 14 août 2009. A la veille de leur retour chez eux, ils acceptent de répondre à nos questions et de nous livrer leurs impressions sur leur voyage avec Ecosen.

E. D. : Comment avez-vous découvert notre association ?

Oscar et Lorena : Par l’intermédiaire de Patricia, une amie, qui est aussi une connaissance de Julien, le coordinateur d’Ecosen.

E. D. : Qu’est-ce qui a motivé votre choix de voyager en Afrique ?

O. et L. : C’est la première fois que nous venons en Afrique de l’Ouest. Nous souhaitions faire l’expérience de travailler dans un pays en voie de développement, et qui soit francophone, pour nous permettre de pratiquer et perfectionner notre français.

E. D. : Pour quelle formule de voyage avez-vous opté ?

O. et L. : Nous avons passé 26 jours à travailler à l’infirmerie située à la pouponnière de Vivre Ensemble (N.b. : une ONG installée à Mbour avec laquelle ECOSEN développe un partenariat pour ses voyageurs). Le domaine pédiatrique était nouveau pour nous. Même si la première semaine nous avons eu un peu de mal à trouver notre place, nous sommes parvenus à apporter une aide aux infirmiers dans leur tâche.

E. D. : Que pensez-vous de l’organisation de l’accueil des voyageurs et des activités proposées au programme du séjour ?

O. et L. : Nous avons beaucoup apprécié les visites proposées, et nous nous sommes bien imprégnés de la philosophie et des actions de l’association. Ici dans la famille, nous nous sommes sentis comme chez nous, adoptés.
Biram surtout s’est comporté comme un vrai papa ! Nous étions parfois un peu stressés en voyant l’ambiance détendue à la maison, et avions le souci le matin de ne pas arriver en retard au travail…mais cela s’est passé finalement mieux que nous le craignions !

E. D. : Quel est le sentiment le plus fort que ce voyage vous a inspiré?

O. et L. : C’est une question difficile, car nous éprouvons beaucoup de choses profondes. La gentillesse et la proximité des gens que nous avons rencontrés nous ont particulièrement touchés. Le choc des cultures est très fort et cette expérience de la différence nous a marqués.

E. D. : Comment vous sentez-vous à la veille de votre départ ?

O. et L. : Lorsque nous avons dû quitter les enfants à la pouponnière lors de notre dernier jour de travail, nous avons ressenti de la tristesse. Mais nous sommes aussi contents de rentrer et reprendre notre vie de tous les jours après cette expérience ; nous ressentons tout de même de la fatigue après cette expérience!

E. D. : A votre retour chez vous, allez-vous parler de votre voyage à vos proches et amis et leur conseiller une expérience similaire ?

O. et L. : Bien sûr, et nous leur conseillerons, comme nous, de trouver un travail plutôt que de passer de simples vacances, pour mieux s’imprégner de la culture locale.

E. D. : Allez-vous revenir en Afrique ?

O. et L. : Nous avons envie de revenir au Sénégal, et aussi de découvrir maintenant un pays d’Afrique de l’Est, car nous savons que cela sera très différent.

E. D. : Souhaitez-vous continuer à soutenir Ecosen et ses différents projets ?

O. et L. : Nous avons proposé notre aide pour réaliser les traductions en espagnol du nouveau site internet de l’association et comptons bien apporter ce que nous pourrons.

Propos recueillis par Sophie Bour.


  solidaire | ecosen | ecosen djam | témoignage | voyageurs | volontaires
Comments 0Hits: 84  

26.10.2009 07:16:48
Ecosen DJaM

ECOSEN DJaM : Peux-tu te présenter ?

Yadwane Ngom : Je m’appelle Yadewane Ngom et je suis né le 4 août 1952.
Le commissaire aux comptes s’appelle Cheikh Diouf et est né le 13 mars 1946.

E. D. : Depuis quand fais-tu parti du GIE ?

Y. N. : Avec le commissaire aux comptes, nous faisons parti du NQEL JAB depuis 2002.
Au début, le groupement avait été créé pour les jeunes (n.b : les Jeunes Architectes du Bien (JAB)). Puis, il a été élargi au niveau du village puis des quartiers de la communauté villageoise.

E. D. : Quel est ton rôle ? A-t-il toujours été le même ?

Y. N. : Je suis Trésorier Général depuis 2002 : j’ai été nommé car j’avais déjà eu des expériences de trésorier par le passé.
En 1976, à la fin de mes études, j’ai été trésorier d’un club. En 1982, j’avais été trésorier d’une association dans le village ; en 1989 puis 1998, dans le cadre d’un projet DJIG-JAM, j’ai reçu une nouvelle formation de trésorier.
Cheikh Diouf a également été nommé par la majorité des membres en 2002 comme commissaire aux comptes général du groupement. Il participe à la gestion de l’argent, les entrées et les sorties, du NQEL JAB.
Tous les ans, nous demandons à chacun son opinion sur les personnes nommées. Depuis 2002, nous avons tous les deux été approuvés.

E. D. : En quoi consiste-t-il ?

Y. N. : Je suis responsable de la gestion de l’argent et des relations avec la banque.
Nous avons ouvert un compte au Crédit Mutuel en 2001 et un prêt de 300 000 F CFA nous avait été accordé, grâce à l’épargne que nous avions réalisée. Chaque groupe avait fait une participation mensuelle pour cette épargne.
En tant que trésorier, j’effectue les remboursements auprès de la banque : tel mois, échéance de tel crédit. J’informe les groupes à l’avance : « je suis le messager entre la banque et les groupes. »
Je contrôle aussi la gestion de l’argent de chaque groupe du NQEL JAB. Chaque mois, je fais le tour d’un groupe. Après cette visite, je passe chez le commissaire aux comptes pour faire connaître la marche du groupe.
Chaque groupe gère son propre compte et en tant que trésorier, je gère le compte général du groupement, et, je contrôle le Trésorier de chaque groupe.
Le commissaire aux comptes contrôle mon travail et je lui rends toujours des comptes sur mes démarches et actions.

E. D. : Comment sont gérés les comptes du GIE ?

Y. N. : Nous faisons des réunions groupe par groupe pour savoir comment prêter l’argent. Le groupe décide à quels membres doit être prêté l’argent.
Les emprunts dépendent de l’activité et des remboursements précédents. Ensuite, on distribue l’argent par groupe.
En 2002, il y avait un seul groupe. Aujourd’hui, nous avons environ 400 membres : nous avons donc décentralisé la gestion et appliqué la démarche du grand groupe aux petits groupes. (Président + trésorier)
Chaque fois que le Trésorier Général va voir les groupes, il contrôle les comptes tenus par le trésorier du groupe dans le petit livret de la banque (propre au groupe) tout en les conseillant sur l’épargne et les dépenses.
Après, le Trésorier général fait un compte-rendu de tous les livrets au commissaire aux comptes. Chaque groupe peut se tourner vers celui-ci pour lui demander son avis (Cheikh Diouf est le doyen : il est plus âgé que le trésorier, donc plus écouté.).
Au moment de remettre l’argent d’un emprunt, le Trésorier convoque groupe par groupe : il fait venir le commissaire aux comptes, 2 responsables de chaque groupe (le président et le trésorier) et des personnes ressources comme le Chef du Village. Nous avons ensuite une discussion ensemble sur la démarche des groupes sur l’année passée, ceux qui ont payé à échéance, avant, en retard. Nous faisons ensuite une synthèse des groupes puis nous discutons des actions à prendre par rapport à l’emprunt : diminuer ou augmenter les sommes par personne en fonction de l’année passée.
Par exemple, le groupe de la concession n’a pas cessé d’augmenter ses montants d’emprunts car il a toujours remboursé à échéance. Son premier prêt était de 200 000 F CFA, son deuxième de 300 000 F CFA et cette année, ils ont pu faire un emprunt de 1 500 000 F CFA.

Certains groupes commencent à pouvoir faire leurs emprunts eux-mêmes car ils ont atteint un certain montant d’épargne. Il y en a 5 exactement:
1. le groupe de Nidiaganiao Ndef Leng qui fait du petit commerce
2. le groupe du poulailler Mbind Niar
3. le groupe des femmes Mbind Niar femmes
4. le groupe Poudaye qui fait de l’embouche Bovine
5. le groupe Khodjilème qui fait également de l’embouche bovine
Mais, même pour ces groupes, le Trésorier doit donner son avis à la banque pour qu’ils puissent faire un emprunt. Après, seulement, la banque et le groupe travaillent ensemble

E. D. : Quelles sont les principales difficultés que tu rencontres au quotidien ?

Les déplacements sont très difficiles car certains groupes sont à 2 ou 4 kilomètres et quand je leur rends visite, je dois y passer la nuit.
Les moyens de communication sont mon principal problème dans mon travail. J’ai le temps de le faire, il me manque juste les moyens car je suis seul pour tous les groupes et les déplacements à la banque qui se trouve à Ndiaganiao.
Pour chaque livret, quand un groupe veut en faire un nouveau, je dois aller à la banque pour le faire car les groupes ne peuvent pas le faire tout seul. Au niveau du NQEL JAB dans son ensemble, certains groupes sont un peu en difficultés car ils manquent d’organisation. Actuellement, c’est moins difficile qu’au début.
Une autre principale difficulté est l’épargne : nous demandons à chaque membre de cotiser 100 F CFA par semaine pour sa part personnelle pour constituer l’épargne du groupe : celle-ci est ensuite reversée sur le livret du groupe. Il est parfois difficile de verser cette participation tous les mois.
Les prêts sont accordés selon le capital d’épargne, le problème est donc d’avoir le capital.

E. D. : Quelles sont les principaux changements que tu as pu remarquer depuis la création du GIE ?

Y. N. : Il y a eu beaucoup de changements.

La collaboration de Julien nous a beaucoup soutenus : sans lui, le groupe ne pourrait pas avoir ce niveau. Il a apporté des classeurs qui sont des outils de gestion pour chaque groupe : ils nous permettent de voir chaque mois où le groupe en est et également d’avoir une transparence sur nos activités.
Un autre changement depuis la création du NQEL JAB se trouve au niveau du capital pour l’épargne: au début, il n’était pas supérieur à 100 000 F CFA et aujourd’hui, il est évalué à quelques millions de F CFA.
Certains groupes ont commencé à faire leur propre prêt car ils ont beaucoup travaillé. Au début, aucun groupe ne pouvait faire un prêt lui même : seul le groupe général était autorisé.
Ici, au Sénégal, dans un village sans organisation, c’est difficile. Il faut s’organiser pour travailler dans la transparence et utiliser l’infrastructure villageoise.
Grâce au NQEL JAB, nous avons pu construire des greniers à mil. Une année, la saison a été catastrophique : les crickets ont tout ravagé. Suite à cela, Julien nous a donné l’impulsion pour construire ces greniers.
Enfin, nous avons plus à manger pour tout le monde. Ici, l’activité principale est l’agriculture.
Mais, quand l’hivernage est terminé, il n’y a pas d’activité. Grâce au GIE, les habitants ont développé des nouvelles activités qui donnent des revenus supplémentaires.

E. D. : Trouves-tu cette évolution positive ?

Y. N. : Le GIE NQEL JAB a pris une bonne orientation.
On a commencé par diviser le groupe général en petits groupes, qui dépendent du grand groupe. A partir de là, les gens se sont organisés et cela est devenu plus facile.
Actuellement, certains groupes dépendent encore du grand groupe mais d’autres sont devenus indépendants.

E. D. : Que penses-tu d’ECOSEN et de son partenariat avec le GIE NQEL JAB ? Trouves-tu que la venue de voyageurs au village est favorable pour le développement du village ?

Y. N. : Depuis que nous avons commencé à travailler avec ECOSEN, l’organisation de nos groupes s’est améliorée.
Quand des voyageurs viennent, une répartition équitable de la contribution solidaire des voyageurs est versée au GIE NQEL JAB.
ECOSEN est un très bon partenaire. Grâce à lui le GIE NQEL JAB bénéficie d’une activité économique rentable et pérenne, ce qui nous permet de progresser et d’avoir d’autres projets de développement.
La venue des voyageurs est favorable pour le développement du village : si on pouvait, chaque semaine, on accueillerait des voyageurs avec joie. En plus, c’est l’occasion d’un échange. Il y a des beaux moments : par exemple, une fois, un couple de belges est venu avec leur enfant : au début, il pleurait. Puis, avec les manifestations organisées au cours de la journée, l’enfant ne voulait plus partir.
C’est aussi un échange culturel : par exemple, les personnes du village n’avaient jamais vu danser des européens avant.

E. D. : Que souhaites-tu pour le futur du GIE NQEL JAB et d’ECOSEN?

Nous souhaitons travailler main dans la main et aller le plus loin possible. ECOSEN est notre partenaire privilégié et nous souhaitons que cela dure. Nous ne cherchons pas d’autres partenaires, celui-ci marche très bien.

Propos Recueillis par Natacha Bordier.


  développement | Sénégal | témoignage | ecosen | micro-crédit | GIE NQEL JAB | ecosen djam
Comments 0Hits: 61  

26.10.2009 07:11:52
Ecosen DJaM

ECOSEN DJaM : Peux-tu te présenter ?

Khangel Ngom : Je m’appelle Khangel Ngom.

E. D. : De quel groupe fais-tu parti ? Depuis quand fais-tu parti du GIE ?

K. N. : Je fais parti du groupe Mbin Niar. J’ai rejoint le GIE NQEL JAB en 2000. Avant, je faisais des travaux saisonniers à Mbour et à Dakar (laver le linge, aide-ménagère…), comme le font les jeunes aujourd’hui.

E. D. : Peux-tu me décrire tes activités dans ton groupe ?

K. N. : Au début, j’ai acheté des arachides, des haricots, du mil et quelques fois du petit bétail pour faire du commerce. Aujourd’hui, je m’occupe d’un poulailler et je fais du petit commerce à côté.

E. D. : Quel est ton rôle au sein de ton groupe ? En quoi consiste-t-il ?

K. N. : Depuis mars 2008, je m’occupe de gérer un poulailler qui a démarré en octobre. (n.b : il y a 3 poulaillers). La gestion du poulailler est un travail bénévole.
Je suis cogérante et nous alternons avec l’autre cogérante les productions. Notre projet s’appelle « Kokoriko ». Les autres du groupe m’ont choisie car elles ont confiance en moi.
Au début, c’est le trésorier Yadwane qui s’occupait de la gestion : il nous a formées avec la cogérante de mon poulailler pour que nous puissions nous en occuper nous-mêmes.
Pour gérer le poulailler, il faut se lever la nuit, mettre les aliments, l’eau, nettoyer l’endroit, surveiller l’élevage, allumer les lampes à gaz la nuit…

Nous gérons le poulailler et la vente en collaboration avec Yadwane. L’objectif est d’être autonome quand nous maîtriserons la gestion.

E. D. : Depuis que vous avez commencé le poulailler, l’activité a-t-elle augmenté ? Avez-vous plus de volailles ?

K. N. : Depuis que nous avons commencé, l’activité a augmenté : en octobre 2008, nous avions 78 poulets et aujourd’hui, nous en avons 100.

E. D. : Comment assurez-vous la vente de votre production ?

K. N. : De temps en temps, nous les vendons au marché, d’autres fois, ce sont des gens qui viennent au village qui achètent. Nous avons actuellement eu un début de partenariat avec la mission catholique Marie Médiatrice qui nous a acheté notre dernière production.

E. D. : Quelles sont les principales difficultés que tu rencontres au quotidien ?

K. N. : La vente des poulets n’est pas toujours facile car nous n’avons pas d’acheteur fixe.
Les aliments et le gaz coûtent cher. C’est pour cela que nous parlons d’énergie solaire.

E. D. : Qu’est ce que cette activité t’apporte ?

K. N. : Avant le poulailler, il y avait ECOSEN et le microcrédit pour faire du petit commerce.
Maintenant, tous les deux mois, je gagne quelque chose en plus. L’argent gagné par les poules est divisé en deux parties :
-une partie pour le compte aviculture du NQEL JAB
-une partie pour le compte personnel de la gérante : un livret pour mon compte personnel a été ouvert et je dois le gérer (achat nourritures poules,…)
En plus, maintenant, quand des voyageurs viendront, nous pourrons leur préparer des poulets de la concession.

E. D. : Quelles sont les principaux changements que tu as pu remarquer depuis la création du GIE ?

K. N. : Ca a changé : la pauvreté a diminué. Le microcrédit permet d’avoir de l’argent sans aller faire les travaux saisonniers en ville.
Pendant l’hivernage, il y a trop de maladies chez les enfants : ce que nous gagnons permet de payer des médicaments, du matériel scolaire et des habits.
Le plus difficile reste les périodes d’hivernage : nous aimerions être aidés pour les enfants.

E. D. : Que penses-tu d’ECOSEN et de son partenariat avec le GIE NQEL JAB ?

K. N. : J’en pense du bien et de la paix : j’espère que ce partenariat ira de l’avant.
J’espère que grâce à ECOSEN, on nous apportera des moyens et des connaissances pour faire diminuer la misère.

E. D. : Trouves-tu que la venue de voyageurs au village est favorable au développement du village ?
Je suis contente : la venue des voyageurs permet aux membres de se retrouver : je n’y crois même pas, c’est trop beau.
Je prie pour qu’ils viennent et repartent dans la paix.

E. D. : Que pouvez-vous souhaiter pour l’avenir de nos organisations ?

K. N. : Je demande et souhaite la santé, la paix et une longue vie, que la richesse et la chance augmentent pour nos deux organisations.

Propos Recueillis par Natacha Bordier.


  ecosen | Sénégal | développement | micro-crédit | GIE NQEL JAB | ecosen djam
Comments 1Hits: 117  

26.10.2009 07:08:01
Ecosen DJaM

Après plusieurs mois de sécheresse, les pluies tant attendues sont revenues.

Poussés par le vent, de lourds nuages ont assombri le ciel, les feuilles séchées ont été emportées. Le tonnerre a grondé.

La pluie a martelé le sol pendant plus de deux heures. Maintenant, tout reverdit dans la nature. L’eau est remontée dans les puits. Finies les corvées à la source lointaine ! la rivière , qui n’était plus qu’un mince filet d’eau, déborde maintenant. Les arbres s’égouttent, mais la route disparaît encore sous l’eau. Un petit coin du ciel apparaît timidement. Nous nous amusons à sauter à pieds joints dans l’eau boueuse qui recouvre la route. Nous nous éclaboussons et nous sommes couverts de taches rouges. Vivement la pluie !

Jean-Marie – 16 ans

Jean-Marie Sène est le fils de Birame Sène, coordinateur du GIE ECOSEN au Sénégal et de Félicité Dione, la gérante de notre auberge partenaire.

Jean-Marie a participé à un concours, réalisé par d’anciens voyageurs canadiens d’ECOSEN. Son oeuvre a été publiée avec les textes d’autres enfants, comme sa soeur Delphine, dans un livre intitulé « Mots de Terre ».


  témoignage | ecosen | ecosen djam
Comments 0Hits: 147  

26.10.2009 07:05:17
Ecosen DJaM

ECOSEN DJaM : Peux-tu te présenter ?

Yvette Dione : Je m’appelle Yvette Dione et j’ai 36 ans. Je suis la sœur de Félicité, la gérante de l’auberge partenaire d’ECOSEN.

E. D. : Où travailles-tu actuellement ?

Y. D. : Je travaille à Saly dans l’hôtellerie.

E. D. : Quelle formation as-tu suivie ?

Y. D. : J’ai fait une formation informatique et, actuellement, je fais une formation en comptabilité que je vais finir cette année.

E. D. : L’association ECOSEN t’a proposé de devenir comptable du GIE ECOSEN, qu’en penses-tu ?

Y. D. : Je veux bien. C’est une bonne chose pour moi. Merci de m’avoir choisie.

E. D. : Qu’attends-tu de cette mission (appréhensions, ambitions,…) ?

Y. D. : J’espère qu’ECOSEN pourra augmenter son activité pour que je devienne comptable à plein temps et arrêter mon travail à Saly. C’est vraiment mon rêve et c’est quelque chose qui peut se réaliser.

E. D. : Depuis le début de l’aventure ECOSEN, tu suis de près son évolution…Que penses-tu de celle-ci ?

Y. D. : Ca continue, ça a progressé, la structure commence à être plus organisée, on commence à avoir plus de voyageurs.

E. D. : Qu’est-ce qu’ECOSEN et son approche différente du voyage apporte aux membres et à la famille ECOSEN Sénégal ?

Y. D. : Cela nous apporte du travail, de la connaissance. Les voyageurs sont différents : ils s’intéressent à notre culture. C’est un vrai échange et une aide pour les enfants aussi.

E. D. : Que pourrais-tu souhaiter pour le futur d’ECOSEN ?

Y. D. : Une bonne continuation et une augmentation du nombre de voyageurs pour offrir nos services plus réguliers et profiter plus souvent des échanges entre cultures.

E. D. : Aimerais-tu ajouter quelque chose ?

Y. D. : Merci à ECOSEN et aux voyageurs. A bientôt !

Propos Recueillis par Natacha Bordier.


  ecosen | ecosen djam | développement | témoignage
Comments 0Hits: 95  

26.10.2009 06:44:45
Ecosen DJaM

Un nouveau trimestre s’est donc écoulé, l’occasion pour ECOSEN de faire quelques pas de plus vers une activité plus pérenne et soutenue.

L’occasion d’accueillir 12 voyageurs entre Juillet et Septembre, et de nous réjouir de ce fabuleux trimestre plein d’échanges et d’émotions !

Les travaux de structuration d’ECOSEN au Sénégal continuent leurs cours et les formations dispensées commencent à porter leurs fruits.

Si notre nouveau site Internet tarde à voir le jour, nous avançons là aussi pas à pas et nous serons bientôt capable de vous présenter nos actions de développement économique en partenariat avec le GIE NQEL JAB.

A ce sujet nous saluons Sophie Bour, une voyageur ECOSEN qui a fait son retour au pays de la Teranga, afin de monter un projet de maraîchage au sein de nos villages partenaires.

Et qu’aurait été ce trimestre sans nos amis espagnols et notre amie argentine, qui sont venus nombreux cet été et qui, nous l’espérons, permettront de proposer aux hispanophones de découvrir le Sénégal avec ECOSEN !

Aventure à suivre... au Sénégal !

Julien Potron
Coordinateur International ECOSEN


  ecosen djam | ecosen | voyageur | trimestre
Comments 0Hits: 59  

26.10.2009 06:40:15
Ecosen DJaM

Un été s’est écoulé...

Une nouvelle saison est arrivée. Celle des pluies qui alimentent les champs de leur plus riche tribut : l’eau.

L’occasion pour Yadwane, trésorier du GIE NQEL JAB, de vous présenter le fonctionnement du contrôle de gestion au sein de la communauté villageoise.

C’est cette communauté qui est la source ne notre engagement, et qui a fait germer l’envie d’y apporter notre soutien en créant Ecosen.
Soutenir cette action juste et intègre qu’est le micro-crédit est un véritable engagement pour les membres d’Ecosen et leur voyageurs.
Oui mais, comment ça marche Yadwane ?

Vous découvrirez aussi au travers de ce nouveau numéro de la Newsletter ECOSEN DJaM, le ressenti de Oscar et Lorena.
Ces deux jeunes espagnols sont venus à M’bour afin de mener un stage humanitaire dans le milieu médical, et ceci grâce à Ecosen et Vivre Ensemble (ONG locale). Retour sur une expérience de vie...

Nous envisageons d’ailleurs d’élargir notre offre dans ce sens: donner à ceux qui sont au Nord l’occasion de venir travailler au Sud.
Ceci permettra de répondre aux personnes qui désirent faire de leur congé formation un moment unique de leur vie.
Un moment qui leur permette de venir à la rencontre d’une culture, d’un mode de vie, mais aussi d’un peuple étonnant.

Avis aux intéressés et à bientôt au Sénégal...

Pierre Potron
Président de l’association Ecosen


  ecosen | ecosen djam
Comments 0Hits: 71  

26.10.2009 06:34:00
Extraits de Presse

Article publié dans La Presse du 26 Septembre 2009

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a insisté samedi à New York sur l'urgence de la lutte contre la faim, rappelant que la malnutrition s'était aggravée dans le monde depuis 2008.

«Il y a dans le monde plus de nourriture que nécessaire, et pourtant plus d'un milliard de gens ont faim», a souligné M. Ban lors d'une réunion organisée pour suivre les engagements du G8 de L'Aquila (Italie) en juillet dernier.

Les pays les plus riches avaient alors promis de consacrer 20 milliards de dollars sur trois ans au développement agricole dans les pays où sévit la malnutrition.

Cette initiative a été lancée par le gouvernement américain, qui y contribuera à hauteur de 3,5 milliards de dollars. Elle fait suite à un premier engagement d'un milliard d'euros de la part de la Commission européenne en 2008 et à un autre engagement de la même somme de la part de l'Espagne.

Ces différentes tentatives de soulager la crise alimentaire tentent de répondre à la hausse spectaculaire des prix de la nourriture survenue au début de 2008.

«Nous devons nous assurer que l'argent sera dépensé rapidement et efficacement», a lancé M. Ban devant un parterre d'experts, d'organisations non gouvernementales et de ministres représentant quelque 130 pays.

Selon l'ONU, la production agricole devra augmenter de 50% pour nourrir la population de la Terre dans 20 ans. Et le réchauffement du climat va compliquer ce défi: les experts des Nations unies estiment que chaque degré supplémentaire de température moyenne à la surface de la Terre conduira à une baisse de 10% de la production agricole.

La secrétaire d'État, Hillary Clinton, a en outre souligné lors de la réunion la baisse des fonds mondiaux attribués au développement agricole, au profit de l'aide alimentaire d'urgence.

Les délégués ont cependant entendu samedi l'exemple encourageant du Rwanda, présenté par son président Paul Kagame.

L'effort d'irrigation, d'accès au micro-crédit des paysans, de développement de débouchés locaux a permis «d'avoir depuis trois ans une production excédant les besoins», a-t-il rapporté.

Selon le gouvernement, 95% des foyers rwandais atteignent désormais le niveau recommandé par les Nations unies de 2100 calories par jour et par personne.


  presse | développement | Ban Ki-moon | micro-crédit
Comments 0Hits: 75  

26.10.2009 06:23:30
Extraits de Presse

Article paru dans La Presse du 23 Septembre 2009

En août dernier, de retour chez moi après cinq semaines en Europe, j'étais à la fois bronzée, ruinée et exténuée. Cinq vols intérieurs et autant de pays visités, une centaine de photos m'immortalisant dans une douzaine de lieux et un vague souvenir de mon périple m'ont donné envie de... prendre des vacances de mes vacances.

Le récit de mes péripéties en Croatie, à Berlin, à Vienne et à Amsterdam avait beau susciter les «ah, chanceuse!» des copains qui avaient passé leur été à Montréal, moi, j'enviais ceux qui avaient glandé tout l'été. C'est ainsi qu'a surgi en moi une nouvelle résolution: à l'avenir, je voyagerai autrement, je voyagerai lentement!Il semblerait que je ne sois pas la seule à lorgner le slow travel, une tendance à opter pour le less is more quand on prend le large. L'émergence du tourisme solidaire, de l'écotourisme, des circuits de cyclotourisme ou de voyages pédestres sont autant de manifestations d'une nouvelle mentalité dans l'art de voyager. Même que cette année, récession oblige, une nouvelle tendance est née, le staycation, qui consiste à prendre des vacances... sans bouger de chez soi!

L'histoire d'Ed Gillespie et sa compagne Fiona King qui, en 2007-2008, ont entrepris un tour du monde en vitesse «petit V», est un exemple intéressant de slow travel.

Virage crucial

Grand voyageur, Gillespie était pourtant conscient de la nécessité de modérer ses transports afin de minimiser sa contribution aux changements climatiques. Ainsi, pendant 381 jours, Ed et Fiona ont fait le tour du monde sans prendre l'avion. Ils ont donné la priorité aux transports en commun, navigué dans l'océan et vu du pays en train, en cargo, à vélos ainsi qu'à dos de chameau et de cheval.

«Nous avons redécouvert les joies du voyage terrestre. L'objectif de notre tour du monde était de voyager comme on le faisait autrefois, en prenant le temps d'apprécier les paysages, les cultures, la cuisine de chaque endroit visité.»

Consultant en communication dans le domaine des changements climatiques, Ed Gillespie tient désormais un blogue sur le slow travel. Pour lui, l'approche «lente» est un virage crucial pour freiner la dégradation de la planète. Intelligent, quand on sait que le transport aérien génère 13% des émissions de gaz carbonique (C02).

Carl Honoré, l'auteur de L'éloge de la lenteur et du récent Under Pressure, est souvent invité à donner des conférences sur le slow travel.

Joint à son domicile de Londres, l'ex-journaliste d'origine canadienne estime que le concept s'inscrit en réaction au «rythme effréné qui a contaminé chaque aspect de nos vies».

«À l'image des autres domaines du mouvement (le slow food, le slow parenting, le slow design, etc.), le slow travel s'inscrit en réaction contre une culture où la quantité a préséance sur la qualité, indique Carl Honoré. Le slow travel met l'accent sur la joie, le plaisir et la magie du voyage, plutôt que de se concentrer sur la seule destination.»

Soulignons que Carl Honoré prône aussi la contemplation comme antidote à la consommation.

Voyager lentement, mais comment?

Pour se convertir au slow travel, il est recommandé de bouder l'avion et de redécouvrir la langueur des longs voyages en train de Montréal à New York ou des balades en vélo dans la campagne autrichienne. Carl Honoré recommande aussi de réduire sa liste de «sites à visiter» ou encore d'opter pour un mode d'hébergement qui permet une immersion dans le quotidien.

«L'échange de maisons ou la location d'un appartement peut être une expérience très riche. Par exemple, cela permet de découvrir un quartier de Paris, de rencontrer ses habitants au café du coin. C'est le genre d'expérience qui reste gravée dans nos souvenirs», estime Carl Honoré, qui dit se rappeler davantage de ses vacances depuis qu'il s'adonne au slow travel.

Honoré encourage les aspirants à abandonner leur dépendance aux appareils photo, téléphones portables, Facebook et autres Twitter. «Avant l'ère technologique, l'une des joies de voyager était de délaisser son quotidien et de découvrir un nouvel endroit. Mais si on passe son temps à texter ses amis, à télécharger ses photos ou à relater ses moindres faits et gestes sur Facebook, on ne décroche jamais. Si on est pour passer son temps en ligne, on pourrait tout aussi bien rester chez soi!»

Dans la foulée, Carl Honoré déplore que les voyages soient devenus aujourd'hui des attributs pour rehausser son statut social. «On se vante de son dernier voyage à Barcelone comme on parle de sa nouvelle robe Prada ou de sa veste Armani», souligne-t-il.

Certaines agences de voyages comme Virtuoso ont commencé à proposer des forfaits aux voyageurs intéressés par l'idée du slow travel. L'auteur de guides de voyage Alastair Sawday a lancé une série d'ouvrages axés sur l'option lente (par exemple Go Slow Italy, etc.). Carl Honoré organise quant à lui des week-ends de retraite slow en Italie. Le webzine Faster Times publie désormais une chronique slow travel. Et des blogues sont consacrés à ce mode de voyage.

«Comme l'a écrit Marcel Proust, voyager est moins la découverte de différents pays qu'une façon de changer notre regard sur les choses», philosophe Ed Gillespie.

À méditer, la prochaine fois qu'on sera tenté de surcharger nos vacances...


  voyager | tourisme | autrement
Comments 0Hits: 94  

26.10.2009 06:15:37
Extraits de Presse

Article paru dans Le Soleil du 1er Avril 2009

De plus en plus, l’espace de la micro-finance s’enrichit de nouveaux acteurs, offrant ainsi aux usagers plus de possibilités d’accès aux crédits. Certains, reconnaissant l’importance du rôle de ces institutions, considèrent cependant que les taux appliqués restent encore élevés.

Le paysage de la micro-finance s’est considérablement développé en l’espace d’une quinzaine d’années. En 2006, les institutions de micro-finance avaient mobilisé une épargne de 70 milliards de francs Cfa. Leur multiplication a permis aux populations, surtout urbaines, de voir leurs offres de services s’élargir. Poussant ces institutions non seulement à diversifier leurs offres, mais également à assouplir les conditions des prêts pour faire face à la concurrence de plus en plus rude. Au Pamecas par exemple, il faut être adhérent et avoir épargné pendant un certain temps -généralement trois mois-, pour pouvoir prétendre à un prêt. La condition demeure, mais elle est assouplie. « Après avoir ouvert un compte, le client peut prétendre aussitôt à un crédit s’il dispose dans son compte du quart du montant sollicité », renseigne M. Gassama, en faisant remarquer toutefois que le demandeur doit présenter des garanties. Lesquelles, précise-t-il, sont très souples. « Si vous avez un frère salarié ou exerçant une activité qui peut se porter garant pour vous, on vous accorde un prêt si votre projet est bon », ajoute Moussa Gassama.

DES EXIGENCES ASSOUPLIES

En revanche, des structures comme Acep ou Microcred prennent seulement en compte l’activité économique. « L’épargne préalable n’est pas une obligation pour obtenir un crédit. Néanmoins, l’ouverture d’un livret d’épargne est obligatoire pour accéder aux autres produits et services », dit Mme Aïssatou Faye Fall de Microcred, la responsable marketing et communication. Souleymane Sarr de l’Acep dit la même chose. « Si vous avez une activité économique, vous pouvez bénéficier d’un prêt chez nous. » Mais avant d’accorder un prêt, ces deux structures font une enquête sur le terrain, en plus de l’entretien avec le demandeur. « C’est pour un complément d’information seulement », rassure Mme Fall qui note l’exigence de résidence de l’emprunteur d’au moins six mois au lieu de son activité et d’innocuité de celle-ci à l’environnement. « Ce dernier point est très important pour Microcred », insiste-t-elle.

Le montant du crédit est déterminé par la nature et l’importance de l’activité. Il diffère suivant les structures. Les sommes prêtées peuvent aller de 25.000 francs à des dizaines de millions. A titre d’exemple, elles sont comprises entre 25.000 francs Cfa à 3 millions de francs pour les caisses de base au Pamecas, c’est-à-dire les caisses de proximité. Alors qu’elles sont de l’ordre de 100.000 à 5 millions francs Cfa à Microcred.

Le taux d’intérêt constitue un autre élément de différenciation. A ce niveau, il est difficile d’avoir une idée réelle sur les taux appliqués, peut-être pour des raisons de stratégies commerciales. Une chose est cependant sûre, toutes les institutions de microcrédit respectent la législation en la matière. Les taux appliqués sont loin du taux plafond qui est de 27 %. Malgré tout, le chef de l’Etat trouve ce taux usurier. « Nous avons des charges à supporter, ce qui justifie le taux d’intérêt que nous appliquons qui est d’ailleurs dégressif », explique Moussa Gassama. Sans compter les prêts non remboursés que les structures de micro-finances doivent supporter, ajoute-t-il.

VIEUX DEBAT SUR LE TAUX D’INTERET

Sur ce point, les institutions de micro-finance ont su développer une approche novatrice basée sur la concertation, la conciliation et, dès fois, le rééchelonnement. « A chaque fois que nous avons un client qui n’honore pas ses engagements, nous essayons d’en voir les raisons », indique Souleymane Sarr. En ajoutant « nous privilégions le règlement à l’amiable pour permettre au client de se tirer d’affaire ». La même philosophie sous-tend la démarche de Pamecas qui a une méthode originale pour faire rembourser les mauvais payeurs ou les « récalcitrants ». Si un client reste quelques mois sans payer, sa photo est affichée au siège de la caisse où il avait effectué le prêt. « Ça marche si bien que certains se plaignent de la méthode », indique le chef du service social et communication, en insistant sur le fait que les agents de sa structure n’y ont recours qu’en dernier lieu.

Destinées à un certain public, les institutions de micro-finance ont vu leur clientèle s’élargir. Presque toutes les couches socioprofessionnelles ont recours à leurs services, avec une place de choix pour les femmes. Celles-ci représentent plus de 52 % de la clientèle et sont « souvent plus aptes à conduire un entreprenariat fécond ». « Elles ne sont pas moins de 72.000 femmes qui bénéficient de nos services », dit Mouhamet Ndiaye du Crédit mutuel sénégalais. A côté de cette catégorie de clients, il y a les agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, l’artisan, le petit commerçant installé au coin de la rue, etc. Les fonctionnaires font actuellement partie de leur clientèle. « Il y en a même certains qui ont domicilié leur salaire chez nous », révèle M. Ndiaye. Aujourd’hui, pour satisfaire une clientèle qui grandit de jour en jour, les institutions de micro-finances densifient leur réseau par une politique de maillage du territoire national.

Dans toutes les régions du Sénégal, on trouve une caisse d’épargne et de crédit de proximité. S’y ajoute une diligence dans le traitement des dossiers et un service d’accueil qui inspire confiance aux usagers. « Nous avons une charte pour l’accueil des clients, mais aussi nous tenons beaucoup à l’image de nos agences », déclare M. Ndiaye du Cms. « Nos grand-mères n’ont plus peur de s’arrêter ou d’entrer dans une institution financière », renchérit Moussa Gassama. Une politique qui s’insère dans la Lettre de politique sectorielle de la micro-finance.

Mamadou GUEYE et Amadou Maguette NDAW


  micro-crédit | Sénégal | développement
Comments 0Hits: 72  

26.10.2009 06:05:13
Extraits de Presse

Article paru dans SosFaim.be du 15 Janvier 2009

La Fédération paysanne sénégalaise FONGS.

Le 9 février dernier, à Dakar, au Sénégal, le musicien Youssou N’Dour a inauguré une société de microcrédit « Birima », du nom d’un roi sénégalais du XIXe siècle. L’objectif de l’institution Birima, soutenue par la marque de vêtements Benetton dans le cadre de sa nouvelle campagne « Africa works », est d’offrir des services financiers adaptés et - dans la mesure du possible sans garantie - aux PME et aux commerçants dont les besoins ne sont couverts ni par les banques, ni par les institutions de microfinance. Le lancement de ce projet ambitieux nous donne l’occasion de revenir sur les activités de microfinance au Sénégal avec Mass Gning, responsable microcrédit à la FONGS, fédération paysanne sénégalaise.

Comment la FONGS a-t-elle accueilli l’initiative de Youssou N’Dour ?

Nous pensons que c'est une bonne idée. Elle contribue à la diversification des acteurs du monde de la microfinance, que ce soit en milieu urbain ou en milieu rural.

Vous ne trouvez pas ça gênant que des grandes compagnies internationales comme Benetton ou des artistes s’investissent dans le secteur de la microfinance, qui nécessite pourtant une expertise pointue ?

Je pense que Youssou N'Dour sait où il va. Il s'est certainement entouré de personnes compétentes pour mettre en place Birima. Mais, dans le cadre de la mise en œuvre des microcrédits, il aura certainement besoin d'un accompagnement organisationnel, technique, institutionnel et peut-être financier afin d'atteindre ses objectifs.

Et Benetton ? Il s'agit tout de même d'une grande compagnie internationale, plutôt ancrée dans le secteur de la mode. Le fait qu'une société commerciale, connue par sa marque de vêtements, s'investisse dans le secteur de la microfinance peut-il causer des dérives ?

Bien sûr. Tout dépend des objectifs qu'ils visent et des stratégies qu'ils vont mettre en œuvre. Je pense que le fait d'être acteur dans un certain domaine n'interdit pas de travailler dans d'autres domaines. Si Benetton s'intéresse à la microfinance, c'est parce qu'ils ont certainement des objectifs très précis à leur niveau. Je ne pense pas qu'ils mélangeront leurs différentes activités….

Birima a pour ambition d’offrir des crédits sans garantie réelle et sans épargne préalable mais seulement en se fondant sur la parole de la personne ou du groupe qui fait une demande de crédit. N'est-ce pas un peu risqué ?

En effet, la structure de Birima ne permet pas un partage des risques par rapport aux crédits. L'absence d'épargne préalable n'encourage pas la participation des différents clients à la vie de l'institution. Si les clients réussissent à épargner, ils participent à la prise des risques et cela leur permet de toujours réfléchir à ce qui peut promouvoir l'institution ainsi que ses activités. Le partage des risques et la participation des membres à la vie de l'institution sont deux facteurs de réussite importants en microfinance.
En outre, l'absence de garantie n'encourage pas la prise d'initiative au niveau des citoyens. Convaincus d'être soutenus sans faire trop d'efforts, certains baisseront les bras et ne tenteront rien. Selon moi, les initiateurs du projet devraient davantage réfléchir à l'octroi de prêts avec garantie via la mobilisation de ressources internes au niveau des sociétaires ou des bénéficiaires afin que chacun se sente intéressé ou bien ils risquent de se retrouver dans un schéma fournisseur/clients.

N-y-t-il pas un risque que l’absence de garantie préalable désengage les emprunteurs de l’obligation de rembourser, créant pas là un effet boule de neige, ce qui mettrait en danger la viabilité des institutions de microfinance ?

En effet, si les gens décident de ne pas rembourser leurs crédits, ils ne prennent pas de risques par rapport à une garantie qui, en l'espèce, n'a pas été mise en jeu. Les gens ne vont pas se sentir responsables de quoi que ce soit. Ils peuvent se dire "moi, j'ai déjà pris un crédit, je suis servi, le reste, ce n'est pas mon problème". Ce genre de raisonnement, pouvant être facilité par la démarche de Birima, pourrait avoir des conséquences sur les procédures et les mécanismes mis en place par d'autres acteurs. En ce qui nous concerne, nous ne courons pas trop de risques car nous sommes présents en milieu rural. Ce sont surtout les acteurs du milieu urbain qui pourraient être pénalisés. Toutefois, la majorité d'entre eux ont mis en place des mécanismes qui leur permettent de partager les risques avec leurs sociétaires. En fait, les risques reposeront surtout sur Birima.

L'effet pervers de l'engagement de grandes compagnies internationales dans des activités revêtant une dimension sociale se situe peut-être à ce niveau là. C'est parce que Benetton peut engager de gros moyens financiers que Birima prend des risques que ne prennent pas les autres institutions de microfinance ?

Dans le cadre de la stratégie de la FONGS, nous ne créons pas de structures pour les gens. Nous pensons plutôt qu’il faut accompagner ces personnes qui ont des idées, en les aidant à créer leurs propres structures. Certes, la mobilisation de ressources additionnelles est souvent nécessaire mais chacun doit se sentir responsable par rapport au remboursement et aux risques encourus.

Est-ce qu'il y a déjà eu des initiatives de ce genre en milieu rural ?

Je n'en connais pas pour le moment. Mais j’espère que Youssou N'Dour sera sollicité pour lancer le même genre d'initiatives en milieu rural.

La FONGS serait-elle prête à collaborer avec ces nouveaux acteurs qui disposent de moyens financiers importants ? Pensons par exemple à l'offre de crédits d'investissements à long terme, qui sont les plus difficiles à mettre en œuvre car il s'agit de sommes importantes ?

Moi, je suis toujours motivé pour collaborer avec des gens qui ont une stratégie claire et dont les objectifs collent avec les miens. Les conditions sont toujours à négocier. Il est clair que certaines pratiques sociales de la microfinance doivent être respectées comme la participation et le partage des risques. En milieu rural, nous prenons des initiatives de développement depuis toujours. Nous savons que ce ne sont pas uniquement les crédits à court terme ou les petits crédits qui intéressent le monde rural. Mais comment réussir à financer les investissements en milieu rural ? C'est pourtant la seule façon de nous aider à bloquer le départ des jeunes pour l'Occident. Faciliter l'accès aux financements permettrait de fixer les populations dans leurs terroirs.

Dans une interview, Youssou N’Dour souligne que la microfinance permet aux gens de conserver leur dignité, qu’elle donne une image positive de l’Afrique. C'est vrai ?

C'est effectivement réel. Prenons un exemple concret. Trois familles d'agriculteurs vivent dans un village mais ne sont pas liées entre elles. La famille A vend des bœufs. Elle épargne l'argent au niveau de la caisse villageoise. La famille B, qui ne possède que sa production agricole, en vend une partie et épargne également à la caisse villageoise. La famille C demande un crédit. Si la famille C n'arrive pas à rembourser son crédit, elle met en jeu sa dignité. Mais si elle parvient à le rembourser, c'est une façon de renforcer sa dignité et de s'ancrer dans son village et son environnement.


  micro-crédit | Sénégal | Afrique | développement
Comments 0Hits: 55  

26.10.2009 05:30:29
Extraits de Presse

Article paru dans La Libre du 23 Septembre 2009

Caritas International apporte son appui à des associations de paysans pour accroître la sécurité alimentaire dans la province de Kinshasa.

Sur le plateau des Bateke
Il porte les vêtements couleur terre des paysans et des savates de plastique déformées. Mais, sur son visage rond danse un sourire que seule sa timidité empêche de s’épanouir. C’est que Franck Nzeza est un paysan qui réussit. Il est venu du Bandundu (ouest du Congo) sur ce plateau des Bateke, à une septantaine de kilomètres de Kinshasa, il y a quelques années. "Au Bandundu, pour avoir une terre, j’aurais dû défricher la forêt et je n’avais pas l’argent pour payer les machines pour le faire. Ici, il y a la route" qui permet de se rendre à Kinshasa en cas de besoin, "et j’ai pu avoir un crédit".

Caritas International aide des organisations paysannes à accéder au micro-crédit et au conseil, afin de travailler à la sécurité alimentaire de la province de Kinshasa. Le plateau des Bateke, vaste espace aux portes de la capitale congolaise, est peu fertile ("c’est essentiellement du sable, mais on peut y cultiver en apportant beaucoup d’engrais", explique le Pr. Eric Tollens de l’Université catholique de Louvain) mais offre des possibilités aux paysans que ses nouveaux habitants, de plus en plus nombreux, ne trouvent pas dans leurs provinces d’origine - Bandundu, Bas-Congo, Kasaï.

Franck Nzeza a entendu parler des possibilités de recevoir du crédit et des conseils "lors d’une opération de sensibilisation. Je suis venu à la formation".

Avec un crédit de 160 $, Franck a pu faire labourer et herser son champ par un tracteur loué à Caritas (et utilisé par 1600 ménages) pour planter des arachides et du manioc; il devra rembourser 168 $. "J’ai déjà payé 100$ grâce à la vente de 10 de mes 17 sacs d’arachides", qui a rapporté 500$. Et, surtout, "ma vie est meilleure".

Faire faire le gros travail par un tracteur lui a en effet permis d’ensemencer une plus grande surface que son quart d’hectare habituel: un demi-hectare l’an dernier, un hectare entier cette année. Grâce à l’appui technique qu’il reçoit et aux intrants qu’il a pu et su acheter, il a augmenté son rendement. "Maintenant je paie facilement le minerval de mes trois enfants" (120 $ par enfant). "Et puis on mange mieux". La famille Nzeza mange maintenant de plus grandes quantités ( on mange deux fois par jour; avant c’était le soir seulement") et a pu varier son ordinaire de manioc et feuilles en y introduisant des abats "et même une cuisse de poulet de temps en temps", ajoute le paysan avec un sourire radieux. "Les enfants sont plus gros - même leurs yeux sont gros! ", rit-il. Après la récolte, il fera des buttes, pour accroître le rendement, et plantera du manioc et du maïs.

Caritas participe aussi au financement de champs-école, cultivés collectivement une fois par semaine par des paysannes regroupées en association qui reçoivent, ce jour-là, les conseils d’un agronome. Elles ont ainsi appris à enrichir la terre avant de planter en y enfouissant les mauvaises herbes. Que l’éclaircissement des feuilles de manioc - aliment de base, ici - et la baisse de rendement de leurs champs 30 à 40% ) étaient dus à une maladie, la mosaïque, et non au mauvais sort qu’aurait jeté une voisine; elles savent désormais qu’elles doivent immédiatement arracher les plants malades, pour éviter la contamination de tout le champ et de ses voisins. La productivité de leurs champs personnels en est accrue.

Autre initiative pour améliorer la sécurité alimentaire: l’élevage de poules. Bienvenu Mayo en est à sa première année; il a reçu l’aide financée par Caritas - une formation et des conseils techniques pour construire un poulailler, où abreuvoirs et mangeoires, suspendus pour éviter les maladies, sont en bambou - et un capital de départ d’une association de 17 paysans qui aide tour à tour l’un de ses membres, grâce à la solidarité de tous, et partage les bénéfices. Il a fait vacciner ses pondeuses (les vaccins sont achetés en bloc) et a bien vendu leurs œufs (ce qui n’est plus le cas lorsqu’un gros arrivage d’œufs chinois ou indiens inonde le marché de Kinshasa) mais l’achat d’aliments spéciaux lui coûte cher, pense-t-il. Pour le moment, son niveau de vie ne s’est pas amélioré. On espère que cela viendra avec le temps", ajoute-t-il, en précisant que l’élevage de cochons lui rapporte plus, les bêtes ne nécessitant pas d’aliments spéciaux.

Marie-France Cros


  micro-crédit | développement | Afrique
Comments 0Hits: 79  

26.10.2009 05:06:39
Extraits de Presse

Article paru dans Le Matin Dimanche du 20 Juin 2009

A l’heure des vacances organisées et du tourisme durable, l’anthropologue Franck Michel milite pour le voyage «futile», «sans but précis», guidé par un désir d’autonomie et de nomadisme. Rencontre avec un homme engagé

Anthropologue et historien, Franck Michel vit entre l'Alsace, l'Indonésie et la Corse, où il enseigne la socioanthropologie du tourisme. Le magazine Psychologies l'a rencontré.

Franck Michel, votre dernier ouvrage fait l'éloge de l'«autonomadie». Vous lui aviez déjà consacré un livre («Désirs d'ailleurs», Ed. PUL) en 2005. En quoi est-elle d'actualité?
L'autonomadie propose un nouvel état d'esprit en reliant «autonomie», trop facilement évocatrice d'un repli sur ses terres, et «nomadisme», qui, de façon exotique, fait penser aux Touaregs. C'est un concept philosophique qui réinsuffle de l'audace et de l'imaginaire dans le quotidien, et invite à trouver d'autres manières d'exister et de «voyager» dans notre société en panne d'utopie. Il peut, par exemple, s'agir de déménager ou de démissionner à un moment a priori pas raisonnable. Cela suppose de prendre le risque d'être libre et marginal. A l'heure où le capitalisme est remis en cause, je crois que ce genre d'utopie, pétrie d'idées neuves et contestataires, permet de réfléchir à l'avenir.

Pour l'illustrer, vous proposez le «slow travel». De quoi s'agit-il?
C'est une pratique qui prône le voyage désorganisé. Comme Confucius, je pense que «le détour est la voie la plus droite». Les gens se frottent à l'ailleurs comme si c'était une nécessité impérative, mais ils refusent de s'attarder, de se laisser attendrir par les rencontres, de s'extasier devant tout et devant rien. Pour vivre plus intimement un itinéraire, il ne faut pas s'enfermer dans un programme, mais s'accorder des jours entiers à ne rien visiter. C'est la route qui prend l'homme, non l'inverse. Etre un slow traveller suppose d'être capable de vivre au jour le jour.

N'est-ce pas un fantasme?
Non, mais c'est un long cheminement. D'abord, il faut adopter une autre vision de la mort. Chez nous, celle-ci est une fin, ce qui induit des pressions à la fois sociales et personnelles. En Asie, c'est un passage, et cela modifie la perception des risques. A Bali, un chauffeur peut très bien refuser de travailler s'il estime avoir mieux à faire. La menace de perdre son job ne le touche pas. L'autonomadie invite à être à l'écoute de soi, doté de la force morale de soulever des montagnes. Mais ce sentiment grandit pas à pas. Arrêtez de vous dire: «Je n'ai pas le choix.» Quand vous êtes disponible au monde, vous êtes capable de changer vos plans du jour au lendemain. J'ai lu sur le blog d'un étudiant qui fait son tour du monde: «Je ne peux pas me permettre de tomber amoureux.» Il va passer à côté de plein d'expériences! La mobilité et la sédentarité sont aussi mentales que physiques.

Que nous apprend cette attitude?
D'abord, à mieux nous connaître. En se laissant guider par les découvertes fortuites, le slow traveller se surprend à créer des liens insoupçonnables avec son environnement. Il développe sa modestie, sa capacité d'adaptation et d'indépendance. Il réfléchit au sens qu'il donne à sa vie. Surtout, il «détemporalise» le temps, alors que règne sans cesse l'obsession du remplissage, y compris du temps libre. Il accepte de vivre ici et maintenant. Tout voyage met en péril nos habitudes. Le plus compliqué, c'est de franchir le pas.

Adopter cette forme de voyage nous fait peur, dites-vous, car elle renvoie à la précarité...
Les gens opposent le nomade et le sédentaire comme autrefois le sauvage et le civilisé. Le slow travel fait fantasmer, mais affronter l'instabilité dans un monde qui va mal est angoissant. Cela renvoie à l'image du SDF. Le nomadisme délibéré offre la possibilité de jouir du dépouillement sans en subir les contraintes.

Le slow travel est-il une nouvelle façon de voyager responsable et éthique?
C'est le voyage éthique par excellence, la seule forme de voyage vraiment désintéressée. Soutenir une famille birmane qui vous loge, plutôt qu'un tour-opérateur contraint de se plier à la dictature économique, crée un échange authentique. L'éthique consiste à être fidèle à soi-même et à prendre conscience du monde dans lequel on vit. Cependant, j'encourage le tourisme solidaire. Les voyages s'achètent comme des tomates, alors autant les préférer bio si le porte-monnaie l'autorise. Si vous souhaitez voyager organisé et éthique, choisissez les structures alternatives, comme celles du réseau de l'Association pour le tourisme équitable et solidaire.

Pourtant, vous dites que le tourisme solidaire s'inscrit dans une logique colonialiste!
Comme l'ingérence, il apporte ce que l'Occident pense être bien à des populations qui ont peut-être besoin d'autre chose. A son corps défendant, le tourisme solidaire peut encourager la corruption, la prostitution, la lutte féroce entre les groupes sociaux ou les ethnies. Partager la vie d'un village au Mali est louable, mais crée parfois des tensions avec le voisin qui ne bénéficie d'aucun partenariat. Et, au nom de l'éthique, des forêts sont privatisées et la nature domestiquée. Le tourisme utile a remplacé le voyage hédoniste. Soyons plus modestes. Redécouvrons le plaisir de flâner... et de voyager futile.

«Nos voyages commencent en rêvant autour d'une mappemonde. Et en changeant dix fois de projet avant d'acheter les billets d'avion! Pour cet été, c'est fait. Après être parti en famille au Maroc, à Cuba et à Bali, ce sera un mois au Vietnam. Ensuite, rien n'est prévu. On ne réserve pas d'hébergement. Et je ne feuillette le guide touristique que dans l'avion. Ça crée un grand choc qui permet de déconnecter très vite. Je n'ai jamais voyagé autrement qu'avec cette liberté de pouvoir dire, à 17 heures: «Tiens, si on changeait de ville?» Ou de trouver un beau paysage et de rester quatre jours dans le coin. Les sites «à voir» sont souvent déshumanisés. Le soir, tout ferme. Le voyage, c'est davantage que ça. C'est se rendre compte des conditions de vie des habitants en dormant chez eux après avoir récolté l'adresse au café, ou en discutant sur un escalier. Grâce aux enfants (18 mois, 7 et 10 ans), les rencontres sont plus faciles. On se parle entre parents.»

Agnès Rogelet


  voyage | tourisme | tourisme autrement
Comments 0Hits: 58  

26.10.2009 03:57:17
Extraits de Presse

Article paru dans Le Monde du 24 Octobre 2009

En 2005, le Forum de Davos avait donné lieu à une scène très émouvante, très médiatisée aussi. Après un discours du président tanzanien décrivant les ravages du paludisme dans son pays, l'actrice Sharon Stone, invitée d'honneur, s'était levée et avait offert 10 000 dollars pour l'achat de moustiquaires. Elle avait exhorté le reste de l'assistance à l'imiter. En quelques minutes, 1 million de dollars avaient été collectés auprès de patrons de multinationales et de banquiers, autant troublés par la beauté dominatrice de cette déesse de l'humanitaire que par la justesse de la cause. Embrassades, remerciements, larmes, une vraie cérémonie de remise des Oscars à Hollywood.

La suite est moins connue, moins reluisante aussi. La distribution gratuite de 300 000 moustiquaires a gravement perturbé le travail des organisations humanitaires présentes sur place, causé des dégâts collatéraux (marché noir, gaspillage, reconversion en filets de pêche), déclenché colère et incompréhension dans les régions voisines qui n'ont pas bénéficié de la mesure, enfin, elle a provoqué la ruine des fabricants locaux de moustiquaires et détruit des centaines d'emplois.

Sharon Stone, Bono, Bob Geldof, toutes ces belles âmes défendant le noble combat de l'aide occidentale à l'Afrique, tous "ces militants de la morale", l'économiste zambienne Dambisa Moyo ne les aime guère. "La pop culture a donné une impulsion considérable à la conception erronée (selon laquelle) l'aide peut remédier à la pauvreté généralisée."

C'est d'abord la colère qui traverse l'essai très dérangeant de Mme Moyo L'Aide fatale (éd. J.-C. Lattès, 250 p., 20 euros). Dérangeant par les thèses radicales qu'elle y défend et qui ont fait polémique à la sortie du livre aux Etats-Unis. Dérangeant aussi parce qu'on est habitué à ce que le discours économique sur l'Afrique soit tenu par des non-Africains, à ce qu'il soit monopolisé par les stars du rock, les économistes et les politiciens occidentaux, entre paternalisme et néocolonialisme, entre condescendance et mauvaise conscience.

Un exemple parmi d'autres, Gordon Brown, alors chancelier de l'Echiquier, lançant en 2005 : "Nous vous aiderons à être en mesure de commercer. Il ne s'agit pas seulement de vous ouvrir la porte, mais de vous donner la force d'en franchir le seuil." C'est une conséquence de la crise des subprimes : les certitudes économiques de l'Occident ont été tellement ébranlées qu'on écoute un peu plus les voix venues d'ailleurs et un peu moins les guitares.

Dambisa Moyo est née il y a quarante ans et a grandi en Zambie. Elle étudie la chimie à l'université de Lusaka, quand celle-ci ferme à la suite d'une tentative de coup d'Etat. Elle part aux Etats-Unis avec une bourse, travaille deux ans à la Banque mondiale à Washington avant d'aller à Harvard, puis à Oxford. Elle a été économiste chez Goldman Sachs, responsable de la recherche pour l'Afrique subsaharienne et a été désignée, cette année, par Time Magazine comme l'une des cent femmes les plus influentes de la planète.

"L'aide a été et continue d'être un désastre total sur le plan politique, économique, et humanitaire." Malgré les 1 000 milliards de dollars versés au Continent, le revenu réel par habitant dans l'Afrique subsaharienne est inférieur à ce qu'il était dans les années 1970, plus de 700 millions d'Africains vivent avec moins de 1 dollar par jour, et le taux de pauvreté extrême est passé de 11 % à 66 %. L'espérance de vie stagne, un enfant sur sept meurt avant l'âge de 5 ans, l'alphabétisation est inférieure à ce qu'elle était en 1980 et près de la moitié des pays vit sous des régimes non démocratiques. Enfin, il y a seulement trente ans, le PIB par habitant du Malawi, du Burundi et du Burkina Faso dépassait celui de la Chine.

L'aide a-t-elle été mal utilisée, a-t-elle été insuffisante ? Pas du tout, nous dit Mme Moyo. C'est l'aide elle-même qui a enfermé l'Afrique dans le piège de la pauvreté. C'est l'aide qui porte en elle le mal qu'elle prétend combattre. "Des millions de gens en Afrique sont plus pauvres aujourd'hui, à cause de l'aide internationale." Elle en décrit longuement les effets économiques dévastateurs. Corruption et irresponsabilité des gouvernements - l'aide arrive quoi qu'il arrive et elle est d'autant plus importante que les performances économiques du pays sont mauvaises ; épargne découragée au profit de la consommation ; inflation favorisée ; investisseurs privés étrangers évincés ; exportations étouffées par une sorte de "mal néerlandais", l'aide s'apparentant à la possession de matières premières.

Les solutions ? Le recours aux marchés internationaux de capitaux, comme l'ont fait des pays émergents asiatiques ; le développement des intermédiaires financiers - notamment par le microcrédit - ; que l'Occident mette fin à ses subventions à l'agriculture et qu'il imite la politique chinoise du donnant-donnant en Afrique (investissements dans les infrastructures contre matières premières). Dérangeant, en effet. "Que se passerait-il, se demande Dambisa Moyo, si, l'un après l'autre, chaque pays d'Afrique recevait un coup de téléphone pour l'informer que dans exactement cinq ans les robinets de l'aide seront définitivement fermés ?" Le pire adviendrait-il ? Mais le pire est déjà là, nous rappelle-t-elle. A essayer cette thérapie de choc, l'Afrique n'a rien à perdre et tout à gagner. Excessive ? Peut-être. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que l'économiste Niall Ferguson, qui a préfacé le livre de Dambisa Moyo, a bien raison quand il réclame plus de Moyo et moins de Bono.

Pierre-Antoine Delhommais


  développement | micro-crédit | Afrique
Comments 0Hits: 95  

JPAGE_CURRENT_OF_TOTAL
<< Début < Préc 1 2 3 Suivant > Fin >>