ECOSEN, une aure façon de voyager...
     

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30.07.2010 12:31:46
Extraits de Presse

Article publié dans lemonde.fr le 30 Juillet 2010

Les dérives et détournements du microcrédit

De belles photos d'emprunteurs pauvres ; une mission proclamée dès les premières pages : "éradiquer la pauvreté". Une croissance exponentielle : 6,8 millions de clients, contre 600 000 il y a quatre ans. La lecture des premières pages du rapport annuel 2010, clos à fin mars, de l'établissement indien SKS Microfinance est impressionnante.

Plus loin, cependant, une drôle de surprise apparaît. Des plans de stock-options, distribués au cours du dernier exercice, y sont détaillés. En effet, cette institution de microfinance (IMF) s'introduit à la Bourse de Bombay, où elle espère lever jusqu'à 354 millions de dollars.

Le placement de ses actions a commencé mercredi 28 juillet. L'initiative révulse Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank et Prix Nobel de la paix, pour qui elle "met en danger" la mission du microcrédit, l'engageant dans la voie des "requins du crédit". Lui, prône le "social business", l'entreprise à finalité sociale reposant sur l'équilibre de gestion et le "zéro profit". Ce devrait être cela, le microcrédit et la mission des IMF.

Or, ces dernières années, la croissance du microcrédit a été très rapide largement en raison de sa financiarisation, qui a mis sous pression son fonctionnement. Certains opérateurs ont dérivé : moindre suivi des clients, risque accru de surendettement, méthodes de recouvrement parfois très contraignantes...

La microfinance des origines avait été snobée par les financiers, pour qui l'adage était encore : "Celui qui prête aux pauvres prête à rire." Depuis, ils ont été alléchés par ses promesses de rentabilité. Des titrisations de créances de microcrédit sous la forme d'obligations adossées à des actifs ont même été menées, avant la crise, exactement comme pour les prêts subprimes américains...

Sur les marchés, les IMF se refinancent à des taux souvent proches de 10 %. Elles doivent aussi couvrir le coût de l'inflation locale, de leurs provisions pour risques et de leur fonctionnement. Viser en plus un objectif de rentabilité élevé les fait entrer dans une spirale dangereuse.

La cotation en Bourse de l'IMF mexicaine Compartamos, en 2007 - dont le cours avait été multiplié par quatorze -, a illustré à l'excès cette dérive: en abaissant le niveau de rentabilité de 56 % à 15 %, les taux facturés aux clients auraient pu être abaissés de près d'un tiers, a calculé Elodie Parent, chargée de mission chez Proparco (groupe Agence française de développement).

S'il doit tendre vers l'équilibre de gestion, le microcrédit peut difficilement servir, en même temps, ses clients pauvres et être un bon investissement boursier. Un engagement financier plus fort des institutions multilatérales et des agences de développement lui serait bénéfique.

Les ancêtres européens des IMF - établissements mutualistes, caisses d'épargne et de crédit - se sont progressivement enrichis avec leurs clients. Lentement. Beaucoup ont fini par banaliser leur mission, pas toujours avec bonheur. Certaines IMF, elles, n'attendent même pas.


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13.04.2010 18:30:16
Extraits de Presse

Article paru dans TGV Magazine du mois de Mars 2010

VACANCES ''UTILES''

DE L'HUMANITAIRE A L'HUMANITÉ

Solidaire, participatif; écovolontaire, alternatif... le voyage ''utile'' fait son chemin. Et semble apporter au moins autant aux voyageurs qu'aux populations des pays qu'ils visitent.

L'image du voyage, version farniente et cocktails exotiques au bord d'une piscine d'eau de mer chauffée par un soleil radieux serait-il en train de ternir ? Pas encore. Pourtant, un peu partout sur la planète tourisme, des voyageurs, toujours plus nombreux, choisissent de donner de leur temps pour creuser des puits, faire du soutien scolaire, dispenser des cours d'informatique ou mettre leurs connaissances médicales au service des populations des pays visités, le temps de leurs vacances. Le wwoofing, qui propose à de jeunes volontaires de travailler quelques heures par jour dans des fermes pratiquant l'agriculture biologique, en échange du gîte et du couvert, est le dernier exemple en date. Qu'on l'appelle solidaire, responsable, participatif, écovolontaire, le concept de voyage ''utile'' fait de plus en plus d'adeptes.

''Des hommes ont rencontré des hommes''...

Motivation de ces nouveaux voyageurs : ''au-delà de l'aide qu'ils apportent, ils veulent prendre le temps d'approfondir les échanges, de découvrir un pays de l'intérieur, de ne pas être toujours en mouvement, mais de se poser dans un lieu'', explique Aurélien Seux, cofondateur de Double Sens. Cette agence propose, depuis 2006, des voyages solidaires au Bénin. ''En étant en contact avec les populations, en travaillant avec elles au quotidien, les voyageurs ne se sentent plus cantonnés dans un rôle de touristes.'' Tant mieux : le voyageur ''utile'' ne cherche plus seulement à voir, photographier et découvrir, mais souhaite comprendre, donner du sens à son voyage. ''En partant hors des circuits du tourisme de masse ou de luxe, en refusant l'exotisme artificiel, ces vacanciers veulent soutenir des initiatives locales, analyse Jean-Pierre Vets, président de l'association Belgique-Madagascar, organisatrice de séjours solidaires dans la grande Île de l'océan Indien. Leur perception des besoins prioritaires de développement des populations est éclairée d'un jour nouveau. Ils n'ont pas fait de l'humanitaire, ce qui serait un piège pour un court séjour, mais ils ont voyagé dans l'humanité. Des hommes ont rencontré des hommes.''

Une leçon de géopolitique illustrée

L'intérêt principal de la formule réside certainement ici : les témoignages de ces nouveaux touristes insistent autant sur ce qu'ils apportent que sur ce qu'ils reçoivent. Une réflexion sur le développement, une leçon de géopolitique illustrée sur les rapports Nord-Sud, une parenthèse éclairante dans leur quotidien. Et, bien sûr, la satisfaction d'avoir contribué à construire ''quelque chose de positif''.''Le tourisme s'est toujours cherché des utilités, rappelle Jean-Didier Urbain, auteur de plusieurs essais sur les pratiques touristiques. Jadis, on voyageait pour s'instruire, se soigner. Les touristes ont sans cesse voulu donner une valeur morale à cet acte d'agrément et de loisir. Il ne faut pas oublier que notre société marchande s'est construite sur la négation de l'oisiveté. La nouveauté est que l'utilité est maintenant tournée vers la nature, la planète, les autres. C'est une utilité altruiste, qui s'explique en partie par l'augmentation de la conscience planétaire des voyageurs actuels, de mieux en mieux informés des aléas du monde.''

Voyage utile contre voyage futile ? Ces nouveaux voyageurs ont choisi leur camp. Reste à savoir ce que les populations concernées pensent réellement de ces initiatives...

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Olivier Cirendini


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21.02.2010 05:03:31
Extraits de Presse

Article publié dans lemonde.fr le 17 Février 2010

Dakar ville en pleine transformation

VIVRE A DAKAR

Lorsque d'anciens diplomates européens décident de construire à Dakar la maison de leurs rêves pour y passer les longs mois d'hiver, lorsque des expatriés acceptent le statut financièrement moins avantageux de résident pour continuer à travailler à Dakar, lorsque des retraités français choisissent d'y passer leurs vieux jours, on est en droit de se demander si cette ville, ancienne capitale de l'Afrique Occidentale Française du temps de la colonisation, n'est pas en train de se forger un nouveau destin.

Dakar, cette ville qui, en un siècle, est passée du statut de gros village d'à peine 10 000 habitants logés dans des cases souvent insalubres à celui de capitale du Sénégal regroupe désormais près de 3 millions d'habitant (banlieue comprise). Dakar, après des décennies d'engourdissement où elle s'est fait dépasser par sa rivale Abidjan, qui doit son surnom de « petit Manhattan » à ses nombreux gratte-ciel est désormais en plein chantier, et voit cette terre que, selon la coutume, nul ne pouvait s'approprier, devenir l'enjeu de rivalités croissantes se traduisant par d'innombrables litiges fonciers, une flambée du prix des terrains et un accroissement des inégalités sociales.

La croissance démographique élevée du fait d'une natalité encore importante et d'une mortalité en chute libre s'est conjuguée à l'exode rural pour exercer une forte pression sur l'espace. Toute la presqu'île sur laquelle est bâtie Dakar est animée de cette frénésie, aussi bien le centre où les anciennes maisons sont démolies pour faire place à des immeubles modernes de plus en plus hauts, que la périphérie où de nouveaux quartiers résidentiels ou populaires émergent, grignotant peu à peu les espaces sableux où trônaient les majestueux baobabs, arbres multiséculaires et sacrés, typiques du Sénégal et que, aujourd'hui encore, on hésite à abattre, par crainte et respect des esprits qui pourraient les hanter.

Le m2 de terrain qui se négociait à 5 euros aux Almadies (quartier à l'extrémité de la péninsule) dans les années 80 est passé à plus de 200 euros et le prix du m2 en centre ville a explosé atteignant 1 500 euros dans le neuf. Mais le prix de la main d'œuvre restant sans commune mesure avec celui des pays développés, (le salaire minimum mensuel est d'environ 100 euros) il est encore possible de se faire construire une agréable villa pour moins de 125 000 euros à condition d'être très vigilant pendant les travaux pour éviter les surprises désagréables. Mais pour combien de temps encore ? Les loyers eux aussi s'envolent et varient désormais dans les quartiers résidentiels entre 1000 et 3 000 euros par mois car Dakar, jouant la carte de l'ouverture internationale et de la démocratie, attire les sièges des organismes internationaux.

Peu à peu, la ville s'éloigne de son centre historique créé par les colons français, où se concentrent les bâtiments administratifs, le quartier des affaires, les immeubles résidentiels dont les derniers étages offrent une vue incomparable sur la baie. Un centre rythmé par les horaires de travail, animé et embouteillé le jour, calme le soir, le dimanche et les jours fériés.

Les quartiers nouveaux, qui s'étendent jusqu'au bout de la presqu'île, accueillent la nouvelle bourgeoisie sénégalaise enrichie par le commerce, l'émigration, les affaires plus ou moins licites et parviennent à s'organiser de manière désordonnée mais efficace grâce à l'installation d'écoles privées, de restaurants, de commerces aux activités diverses qui s'adaptent spontanément à la nouvelle demande. L'initiative individuelle s'étant développée bien plus rapidement que la politique de l'urbanisme, on assiste à ce spectacle surprenant d'édification de nouveaux quartiers aux maisons de grand standing auxquelles on ne peut accéder que par des pistes défoncées et qui, la nuit, seraient plongées dans l'obscurité totale si l'éclairage individuel ne suppléait aux carences de l'éclairage public. Dans ces quartiers de nouveaux riches, où chacun semble avoir construit sans tenir compte des maisons voisines, la végétation luxuriante et les grappes multicolores des bougainvilliers finissent par masquer l'absence d'unité architecturale.

Les rémunérations dérisoires qui permettent l'emploi d'un important personnel de service pour le ménage, la cuisine, l'entretien des jardins et la surveillance des maisons, la douceur du climat tempéré par les alizés venus de la mer toute proche, le haut degré de civilité et de cordialité qui imprègnent la vie sociale rythmée par les salutations et palabres enjouées, tout se conjugue pour y créer une indéniable qualité de vie.

Par contre, dans les quartiers populaires, faute de moyens financiers, les maisons restent le plus souvent inachevées, le ciment étant déjà en soi un signe extérieur de richesse par rapport aux baraques en bois ou en tôle ondulée où vivent les familles plus pauvres. Dans ces quartiers surpeuplés où chacun doit se débrouiller pour survivre, c'est le règne de la rue et de sa joyeuse animation mais la vie peut y devenir un calvaire lorsque les pluies abondantes de l'hivernage transforment les rues non goudronnées en cloaques nauséabonds. La sécurité est assurée par la présence de jeunes, souvent chômeurs, qui passent leurs nuits à palabrer, jouer aux cartes et boire du thé. Les appels à la prière émanant des innombrables mosquées, les bêlements des moutons, les klaxons, les interpellations des marchands ambulants y rythment le temps.

Grâce aux différents programmes sectoriels financés par les bailleurs de fonds, la réalisation d'infrastructures collectives se met progressivement en place. Il y a urgence ! Cette ville péninsulaire qui ne peut s'étendre que d'un seul côté étouffe malgré l'air marin. L'insuffisance des transports collectifs a multiplié le recours aux transports individuels. La ville est envahie de véhicules de toutes sortes et de tous âges. Entre les calèches, les camions, les voitures, les taxis, les « clandos », (taxis clandestins) les mobylettes, les « cars rapides » (assurant les transports en commun), rejoindre le centre ville en passant par les rares voies d'accès, où les policiers vite dépassés, essaient de se substituer aux feux tricolores souvent en panne, s'avère une épreuve redoutable pour les nerfs et pour les bronches, vu le niveau de pollution.

C'est ce constat qui a amené le président Wade à projeter de transférer la capitale à 60 km de Dakar. Le terrain a été délimité, les maquettes de la ville nouvelle sont en cours d'élaboration mais la population dakaroise, attachée à sa ville, ainsi que les bailleurs de fonds restent pour le moins sceptiques.

En attendant un éventuel transfert de la capitale, le Sénégal a profité de l'organisation de la conférence islamique qui s'est tenue en 2008 pour obtenir de larges financements de la part des bailleurs de fonds arabes afin de transformer radicalement le plan de circulation. La Corniche route principale de liaison entre l'aéroport, la périphérie résidentielle et le centre a été élargie, dotée de ronds points, d'un tunnel de 300 m, embellie par la présence de palmiers et l'aménagement d'espaces fleuris, des échangeurs ont été construits pour fluidifier la circulation à diverses intersections.

La réalisation de ces travaux confère indéniablement une modernité toute nouvelle à cette ville en attendant que l'autoroute, en construction, lui permette d'être reliée plus facilement aux villes de l'intérieur et notamment au futur aéroport Blaise Diagne (du nom du premier député africain élu au parlement français en 1914) lui aussi en construction à une cinquantaine de kilomètres et qui devrait voir ses premiers avions décoller d'ici 2012.

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Sylvie C.


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10.01.2010 12:16:11
Extraits de Presse

Article publié dans lemonde.fr le 9 Janvier 2010

Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se dégrade, se désintègre ou alors il est capable de susciter un meta-système à même de traiter ses problèmes : il se métamorphose. Le système Terre est incapable de s'organiser pour traiter ses problèmes vitaux : périls nucléaires qui s'aggravent avec la dissémination et peut-être la privatisation de l'arme atomique ; dégradation de la biosphère ; économie mondiale sans vraie régulation ; retour des famines ; conflits ethno-politico-religieux tendant à se développer en guerres de civilisation.

L'amplification et l'accélération de tous ces processus peuvent être considérées comme le déchaînement d'un formidable feed-back négatif, processus par lequel se désintègre irrémédiablement un système.

Le probable est la désintégration. L'improbable mais possible est la métamorphose. Qu'est-ce qu'une métamorphose ? Nous en voyons d'innombrables exemples dans le règne animal. La chenille qui s'enferme dans une chrysalide commence alors un processus à la fois d'autodestruction et d'autoreconstruction, selon une organisation et une forme de papillon, autre que la chenille, tout en demeurant le même. La naissance de la vie peut être conçue comme la métamorphose d'une organisation physico-chimique, qui, arrivée à un point de saturation, a créé la méta-organisation vivante, laquelle, tout en comportant les mêmes constituants physico-chimiques, a produit des qualités nouvelles.

La formation des sociétés historiques, au Moyen-Orient, en Inde, en Chine, au Mexique, au Pérou constitue une métamorphose à partir d'un agrégat de sociétés archaïques de chasseurs-cueilleurs, qui a produit les villes, l'Etat, les classes sociales, la spécialisation du travail, les grandes religions, l'architecture, les arts, la littérature, la philosophie. Et cela aussi pour le pire : la guerre, l'esclavage. A partir du XXIe siècle se pose le problème de la métamorphose des sociétés historiques en une société-monde d'un type nouveau, qui engloberait les Etats-nations sans les supprimer. Car la poursuite de l'histoire, c'est-à-dire des guerres, par des Etats disposant des armes d'anéantissement, conduit à la quasi-destruction de l'humanité. Alors que, pour Fukuyama, les capacités créatrices de l'évolution humaine sont épuisées avec la démocratie représentative et l'économie libérale, nous devons penser qu'au contraire c'est l'histoire qui est épuisée et non les capacités créatrices de l'humanité.

L'idée de métamorphose, plus riche que l'idée de révolution, en garde la radicalité transformatrice, mais la lie à la conservation (de la vie, de l'héritage des cultures). Pour aller vers la métamorphose, comment changer de voie ? Mais s'il semble possible d'en corriger certains maux, il est impossible de même freiner le déferlement techno-scientifico-économico-civilisationnel qui conduit la planète aux désastres. Et pourtant l'Histoire humaine a souvent changé de voie. Tout commence, toujours, par une innovation, un nouveau message déviant, marginal, modeste, souvent invisible aux contemporains. Ainsi ont commencé les grandes religions : bouddhisme, christianisme, islam. Le capitalisme se développa en parasite des sociétés féodales pour finalement prendre son essor et, avec l'aide des royautés, les désintégrer.

La science moderne s'est formée à partir de quelques esprits déviants dispersés, Galilée, Bacon, Descartes, puis créa ses réseaux et ses associations, s'introduisit dans les universités au XIXe siècle, puis au XXe siècle dans les économies et les Etats pour devenir l'un des quatre puissants moteurs du vaisseau spatial Terre. Le socialisme est né dans quelques esprits autodidactes et marginalisés au XIXe siècle pour devenir une formidable force historique au XXe. Aujourd'hui, tout est à repenser. Tout est à recommencer.

Tout en fait a recommencé, mais sans qu'on le sache. Nous en sommes au stade de commencements, modestes, invisibles, marginaux, dispersés. Car il existe déjà, sur tous les continents, un bouillonnement créatif, une multitude d'initiatives locales, dans le sens de la régénération économique, ou sociale, ou politique, ou cognitive, ou éducationnelle, ou éthique, ou de la réforme de vie.

Ces initiatives ne se connaissent pas les unes les autres, nulle administration ne les dénombre, nul parti n'en prend connaissance. Mais elles sont le vivier du futur. Il s'agit de les reconnaître, de les recenser, de les collationner, de les répertorier, et de les conjuguer en une pluralité de chemins réformateurs. Ce sont ces voies multiples qui pourront, en se développant conjointement, se conjuguer pour former la voie nouvelle, laquelle nous mènerait vers l'encore invisible et inconcevable métamorphose. Pour élaborer les voies qui se rejoindront dans la Voie, il nous faut nous dégager d'alternatives bornées, auxquelles nous contraint le monde de connaissance et de pensée hégémoniques. Ainsi il faut à la fois mondialiser et démondialiser, croître et décroître, développer et envelopper.

L'orientation mondialisation/démon-dialisation signifie que, s'il faut multiplier les processus de communication et de planétarisation culturelles, s'il faut que se constitue une conscience de "Terre-patrie", il faut aussi promouvoir, de façon démondialisante, l'alimentation de proximité, les artisanats de proximité, les commerces de proximité, le maraîchage périurbain, les communautés locales et régionales.

L'orientation "croissance/décroissan-ce" signifie qu'il faut faire croître les services, les énergies vertes, les transports publics, l'économie plurielle dont l'économie sociale et solidaire, les aménagements d'humanisation des mégapoles, les agricultures et élevages fermiers et biologiques, mais décroître les intoxications consommationnistes, la nourriture industrialisée, la production d'objets jetables et non réparables, le trafic automobile, le trafic camion (au profit du ferroutage).

L'orientation développement/envelop-pement signifie que l'objectif n'est plus fondamentalement le développement des biens matériels, de l'efficacité, de la rentabilité, du calculable, il est aussi le retour de chacun sur ses besoins intérieurs, le grand retour à la vie intérieure et au primat de la compréhension d'autrui, de l'amour et de l'amitié.

Il ne suffit plus de dénoncer. Il nous faut maintenant énoncer. Il ne suffit pas de rappeler l'urgence. Il faut savoir aussi commencer par définir les voies qui conduiraient à la Voie. Ce à quoi nous essayons de contribuer. Quelles sont les raisons d'espérer ? Nous pouvons formuler cinq principes d'espérance.

1. Le surgissement de l'improbable. Ainsi la résistance victorieuse par deux fois de la petite Athènes à la formidable puissance perse, cinq siècles avant notre ère, fut hautement improbable et permit la naissance de la démocratie et celle de la philosophie. De même fut inattendue la congélation de l'offensive allemande devant Moscou en automne 1941, puis improbable la contre-offensive victorieuse de Joukov commencée le 5 décembre, et suivie le 8 décembre par l'attaque de Pearl Harbor qui fit entrer les Etats-Unis dans la guerre mondiale.

2. Les vertus génératrices/créatrices inhérentes à l'humanité. De même qu'il existe dans tout organisme humain adulte des cellules souches dotées des aptitudes polyvalentes (totipotentes) propres aux cellules embryonnaires, mais inactivées, de même il existe en tout être humain, en toute société humaine des vertus régénératrices, génératrices, créatrices à l'état dormant ou inhibé.

3. Les vertus de la crise. En même temps que des forces régressives ou désintégratrices, les forces génératrices créatrices s'éveillent dans la crise planétaire de l'humanité.

4. Ce à quoi se combinent les vertus du péril : "Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve." La chance suprême est inséparable du risque suprême.

5. L'aspiration multimillénaire de l'humanité à l'harmonie (paradis, puis utopies, puis idéologies libertaire /socialiste/communiste, puis aspirations et révoltes juvéniles des années 1960). Cette aspiration renaît dans le grouillement des initiatives multiples et dispersées qui pourront nourrir les voies réformatrices, vouées à se rejoindre dans la voie nouvelle.

L'espérance était morte. Les vieilles générations sont désabusées des faux espoirs. Les jeunes générations se désolent qu'il n'y ait plus de cause comme celle de notre résistance durant la seconde guerre mondiale. Mais notre cause portait en elle-même son contraire. Comme disait Vassili Grossman de Stalingrad, la plus grande victoire de l'humanité était en même temps sa plus grande défaite, puisque le totalitarisme stalinien en sortait vainqueur. La victoire des démocraties rétablissait du même coup leur colonialisme. Aujourd'hui, la cause est sans équivoque, sublime : il s'agit de sauver l'humanité.

L'espérance vraie sait qu'elle n'est pas certitude. C'est l'espérance non pas au meilleur des mondes, mais en un monde meilleur. L'origine est devant nous, disait Heidegger. La métamorphose serait effectivement une nouvelle origine.

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Edgar Morin : Sociologue et philosophe. Né en 1921, est directeur de recherches émérite au CNRS, président de l'Agence européenne pour la culture (Unesco) et président de l'Association pour la pensée complexe. En 2009, iI a notamment publié "Edwige, l'inséparable" (Fayard). A lire également, "La Pensée tourbillonnaire - Introduction à la pensée d'", de Jean Tellez (éditions Germina)

 


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26.10.2009 06:34:00
Extraits de Presse

Article publié dans La Presse du 26 Septembre 2009

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a insisté samedi à New York sur l'urgence de la lutte contre la faim, rappelant que la malnutrition s'était aggravée dans le monde depuis 2008.

«Il y a dans le monde plus de nourriture que nécessaire, et pourtant plus d'un milliard de gens ont faim», a souligné M. Ban lors d'une réunion organisée pour suivre les engagements du G8 de L'Aquila (Italie) en juillet dernier.

Les pays les plus riches avaient alors promis de consacrer 20 milliards de dollars sur trois ans au développement agricole dans les pays où sévit la malnutrition.

Cette initiative a été lancée par le gouvernement américain, qui y contribuera à hauteur de 3,5 milliards de dollars. Elle fait suite à un premier engagement d'un milliard d'euros de la part de la Commission européenne en 2008 et à un autre engagement de la même somme de la part de l'Espagne.

Ces différentes tentatives de soulager la crise alimentaire tentent de répondre à la hausse spectaculaire des prix de la nourriture survenue au début de 2008.

«Nous devons nous assurer que l'argent sera dépensé rapidement et efficacement», a lancé M. Ban devant un parterre d'experts, d'organisations non gouvernementales et de ministres représentant quelque 130 pays.

Selon l'ONU, la production agricole devra augmenter de 50% pour nourrir la population de la Terre dans 20 ans. Et le réchauffement du climat va compliquer ce défi: les experts des Nations unies estiment que chaque degré supplémentaire de température moyenne à la surface de la Terre conduira à une baisse de 10% de la production agricole.

La secrétaire d'État, Hillary Clinton, a en outre souligné lors de la réunion la baisse des fonds mondiaux attribués au développement agricole, au profit de l'aide alimentaire d'urgence.

Les délégués ont cependant entendu samedi l'exemple encourageant du Rwanda, présenté par son président Paul Kagame.

L'effort d'irrigation, d'accès au micro-crédit des paysans, de développement de débouchés locaux a permis «d'avoir depuis trois ans une production excédant les besoins», a-t-il rapporté.

Selon le gouvernement, 95% des foyers rwandais atteignent désormais le niveau recommandé par les Nations unies de 2100 calories par jour et par personne.


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22.10.2009 03:31:13
Extraits de Presse

Article paru dans Le Monde du 21 Avril 2007

Zoom Pour y voir clair dans la multitude des propositions, chartes et engagements des professionnels

Quelle différence y a-t-il entre tourisme responsable, durable, solidaire ou éthique ? Tourisme humanitaire et tourisme solidaire relèvent-ils de démarches similaires ? Depuis le 16 mars, un label « Tourisme responsable » permet un peu de s'y retrouver.

L'apparition de cette manière de « voyager autrement », au même sens qu'acheter autrement » ou « consommer autrement », s'est en quelque sorte officialisée en 1995, lorsque l'Organisation mondiale du tourisme (OMT) a organisé sa première conférence sur le tourisme durable.

Devant la demande pour ce type de séjours où sont privilégiés le contact avec les populations et le respect des ressources locales existe, l'offre des voyagistes laisse souvent perplexe. Comment s'y retrouver ? Existe-t-il des labels ? Où va l'argent ainsi dépensé ?

Une récente enquête confirme que cette notion de tourisme responsable reste finalement mal connue, comme le montre une enquête réalisée par l'institut de sondages TNS-Sofres du 9 au 13 mars, à la demande de Voyages-sncf.com et Routard.com.

Les résultats ne sont pas à l'avantage de ce type de tourisme. Ils sont assez comparables à ceux de l'enquête menée par l'Union nationale des associations de tourisme et de plein air (UNAT) sur le même sujet à la fin 2004.

A l'époque, 28,8 % des personnes interrogées avaient entendu parler de ce type de tourisme. Dans l'enquête TNS, cette catégorie tombe aujourd'hui à 27 % des sondés parmi lesquels 12 % seulement reconnaissent en avoir une bonne connaissance ! Enfin, toujours selon cette enquête, 2 % des personnes interrogées disent avoir « voyagé responsable ».

Pour Pascal Languillon, président et fondateur de l'Association française d'écotourisme (AFE) et auteur d'un petit guide intitulé Itinéraires responsables pour le compte de l'éditeur spécialisé Lonely Planet, il y a une notion très importante à retenir : « ll faut cesser de confondre tourisme solidaire et humanitaire. Le principe qui prévaut, c'est qu'il faut passer de bonnes vacances tout en sachant qu'une partie de l'argent qui sera dépense bénéficiera à certains projets des populations locales, ce qui est la définition d'un tourisme solidaire. »

Petit à petit, des labels dont les critères sont déterminés par la profession et agréés par l'Afnor, commencent à sortir. Le dernier en date est celui obtenu par Agir pour un tourisme responsable (ATR). Yves Godeau, fondateur et président de cette association et ancien PDG de Club Aventure s'en félicitè, mais il reconnaît que les démarches sont longues. « Tous les labels sont encadrés par le code de la consommation, explique-t-il. Ils doivent être élaborés en collaboration avec un organisme certificateur - du type Afaq/Afnor, Ecocert ou Flo - avant d'être examinés par la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) avant d'être publiés au Journal officiel. »

L'Association du tourisme équitable et solidaire (ATES) est sur le point d'obtenir le sien. « Les pouvoirs publics ont un moment essayé de réunir l'ATR et ['ATES au sem d'un même label, maîs cela a échoué », déplore Yves Godeau, pour qui « un seul et même label pour toute une profession aurait eu une meilleure visibilité ».

En France, plusieurs associations se sont lancées dans l'organisation de ce type de voyages, avec des ambitions et des systèmes différents C'est par exemple le cas de l'Association du tourisme équitable et solidaire (ATES) ou d'Agir pour un tourisme responsable (ATR) qui regroupe une dizaine de voyagistes spécialisés dans le tourisme d'aventure et de marche a pied Voyages Développement Solidarité, elle, se charge d'assurer la liaison avec des ONG qui oeuvrent dans certains pays et assurent la prise en charge d'éventuels touristes.

L'Association française d'écotourisme (AFE), créée en 2005 afin de diffuser le concept d'écotourisme en France, se propose d'accompagner le développement de projets et la mise en place de stratégies de territoire liées au tourisme durable Une preuve que cette activité ne se situe pas toujours dans le cadre des relations Nord-Sud.

« Ces associations peuvent utilement donner des conseils aux futurs voyageurs, note M Languillon Car trouver ce type de voyages dans une agence classique est quasiment impossible A moins de se tourner vers un voyagiste spécialisé dans l'aventure ou le voyage à pied ».

Deux questions reviennent souvent à propos du tounsme durable La première concerne les tanfs • est-il plus cher de voyager solidaire ? La réponse de Pascal Languillon est nuancée « Si l'on compare le voyage solidaire à un produit de masse "tout compris" comme ce que proposent de grands voyagistes à Cancun au Mexique ouen Republique dominicaine, c'est plus cher, estime M Languillon En revanche, à destination et à catégorie d'hébergement égales, il n'y a pas de différence de prix entre les deux types de tourisme ».

Les adeptes de ce type de vacances insistent aussi sur le fait qu'elles ne sont pas réservées aux aventuriers adeptes d'un confort Spartiate. Il existe, en effet, des structures d'accueil haut de gamme qui peuvent même accueillir des familles avec enfants.

La seconde question porte sur l'utilisation de l'argent déboursé par le touriste solidaire « Il faut encourager les voyageurs à questionner leurs hôtes, pas forcément en leur parlant finances, mais les faire parler sur révolution des projets, par exemple », explique M Languillon.

Pour Marianne Didierjean, responsable du département Voyager autrement, une structure spécialisée dans le tourisme solidaire au sein de l'opérateur associatif Vacances bleues et qui a travaillé pendant huit ans dans des actions de développement, l'objectif est de promouvoir les pays du tiers-monde tout en faisant redécouvrir le sens du voyage et la notion perdue du lien d'échange « Le point de départ, c'est le tourisme, le développement n'intervient qu'après», explique Mme Didierjean.

Sur le plan local, Vacances bleues ne finance pas de projets spécifiques, maîs elle reverse l % du chiffre d'affaires de cette activité à des associations à Madagascar, au Pérou ou au Vietnam Les sommes versées sont faibles elles avoisment au total 10000 euros par an.

« Voyager autrement » revendique 500 clients par an à comparer aux 80000 qui voyagent avec Vacances bleues. Ces voyageurs, pour la plupart, sont enseignants, retraités, occupent une profession libérale et surtout ils cherchent à « ne plus voyager comme ils le faisaient avant ».

Conscients de l'impact positif que cela peut avoir pour leur image, les grands opérateurs n'ont pas voulu laisser le monopole du tourisme solidaire aux seules associations Ce qui laisse leurs responsables sceptiques Pascal Languillon salue la démarche des opérateurs, mais déplore qu'ils n'aient pas davantage de projets, compte tenu des moyens dont ils disposent par rapport aux petites structures « Ils peuvent ainsi se donner bonne conscience en finançant des micro projets », lance- t-il.

François Bostnavaron


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